Mardi 26 février 2008
La nuit était, pour nous, magique. Les mille visions et rumeurs du jour se faisaient plus rares, plus abordables. Elles se décantaient, se scindaient, cessaient de s'embrouiller, et des choses se produisaient dans l'ombre qui n'auraient jamais eu lieu au soleil. Quoi de plus habituel que de converser la nuit avec un réverbère ? Faites-en autant de jour, et on appellera l'ambulance.

"J'aime bien le soleil, dit Anna, mais il éclaire si fort qu'on ne voit pas très bien."

Je tombai d'accord. Le soleil est parfois si éblouissant qu'on en est aveuglé. Mais ce n'était pas ce qu'elle voulait dire.

"Ton âme, elle va pas loin, le jour, parce qu'elle s'arrête à ce que tu vois."

"Tu crois que ça veut dire quelque chose ?"

"La nuit, c'est mieux. Ça étire ton âme jusqu'aux étoiles. Et ça, dit-elle lentement, c'est très très loin. La nuit, rien ne t'empêche de sortir. Comme tes oreilles. Le jour, il y a tellement de bruit que tu n'entends rien. La nuit, si. Elle t'étire."


Anna et Mister God, Fynn
Seuil, 1976

~

J'ai toujours échoué à décrire l'ivresse qui me gagne la nuit. Cette petite fille met des mots bien proches sur mon ressenti. Et là je suis bouleversée - ainsi je pourrais partager ces sensations avec mes soeurs et frères humains !? Il ne s'agirait alors pas d'un simple ressenti, mais d'une expérience qui nous dépasse et nous transcende ?...
Comme le soleil, au matin, change la glace en eau
, il nous laisserait changer d'état, en rangeant ses rayons derrière l'horizon.

(Et vous, la nuit... ?)
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Vendredi 22 février 2008
Dans cette rue de l'East End, ce soir-là, je tenais une enfant dans mes bras et je contemplais la cellule solitaire où vit l'homme. Aucun livre, aucun cours ne m'en auraient appris autant. Solitaire comme elle est, cette cellule n'est jamais sombre. Sous l'écran des larmes filtrait une ardente lumière. Et si Dieu a fait l'homme à son image, ce n'est certes pas en beauté, ni en intelligence, ni par les yeux, les oreilles, les mains ou les pieds, mais en intériorité. Là était l'image de Dieu. Ce n'est pas le Diable qui rend l'homme solitaire, mais sa ressemblance avec Dieu. Oui, c'est la plénitude de Dieu, qui ne peut s'exprimer, et qui ne peut rejoindre son espace parfait, qui fait la solitude de l'homme.

Anna et Mister God, Fynn
Seuil, 1976

~

...
Il m'est difficile de poser mes mots après cet extrait. J'ai peur de nuire à son éclat. Il faut dire qu'il m'a fallu franchir une barrière avant de l'apprécier à sa juste hauteur. C'est à cause du Diable. Dieu, s'il existe, il est bon, omnipotent et omniprésent. Il ne saurait souffrir un engin à cornes qui tourmente son oeuvre. Il suffirait juste à Dieu de ne pas exister pour que l'humanité puisse faire de son terrain de jeu un incommensurable chaos, semant les mensonges, la bêtise et les complots pour récolter l'avarice, la soif de pouvoir, la violence aveugle...

Finalement j'ai réussi à m'extraire de ma logique d'athée pour me dire que peut-être, le Diable serait aussi un concept, et pas cette figure risible et simpliste qui a contribué à endiguer nombre de révoltes légitimes, dans cette Histoire qui ne me rend pas fière, quand j'y pense.
Je m'en suis donc un peu libérée, le temps de comprendre que si on croit en Dieu, c'est peut-être à cause de cette lueur que je ressens aussi, tout au fond de moi, l'impression de n'être pas seule, ou plutôt de ne pas être tout à fait moi-même dans les plus grandes épreuves. Le sentiment, ensuite, de revenir de loin, d'avoir traversé les âges et de n'être plus tout à fait la même non plus...


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Mardi 19 février 2008
Quant au langage, Anna était d'avis qu'il pouvait, en gros, se diviser en deux : la partie question et la partie réponse. Des deux, c'était la partie question qui avait le pus d'importance. La partie réponse offrait certaines satisfactions mais ne pouvait rivaliser avec sa voisine. Les questions étaient une sorte de démangeaison intérieure, une impulsion à aller de l'avant. Les questions, les vraies, avaient ceci de spécial qu'elles étaient dangereuses, et passionnantes. On ne savait jamais très bien où on allait atterrir.

Anna et Mister God, Fynn
Seuil, 1976

~

J'avais déjà commencé ce livre il y a un an, mais je crois que je n'étais pas tout à fait prête. C'est que je suis athée, alors... J'ai peut-être cru qu'Anna bousculerait mes fragiles certitudes. Je crois que je le suis toujours - il me semble qu'y croire ou pas, relève d'un acte de foi, dans les deux cas. Puisque son existence est invérifiable, je ne puis que croire que le personnage de Dieu n'existe pas !
Toutefois, le besoin de prendre du recul sur certains évènements de ma vie m'a conduit à une certaine forme de recherche spirituelle, enfin je crois. Rien de bordé ni de vraiment théorisé - je fuis la littérature mystique comme la peste et toute sacralisation tend à me donner des boutons. C'est devenu épidermique avec le temps.
Bien sûr il n'y a rien de tout cela dans ce petit livre. Un livre tout simple qui raconte la parole d'une enfant de moins de 8 ans. Beaucoup de questions, évidemment. Des réponses aussi parfois, n'en déplaise à Anna - ou plutôt des éclairs de lucidité qui font converger sur eux de nombreuses interrogations.
Comme : pourquoi cette croyance, partout dans le monde ?
(D'autres extraits à venir...)

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Mardi 5 février 2008
Je reviens à ce livre dont je vous ai déjà présenté un extrait.
Durant leur périple, le groupe de lapins a rencontré différentes garennes, organisées de façons très différentes. L'une de ces sociétés a retenu mon attention à bien des égards, et me semble présenter bien des similitudes avec la nôtre. D'ailleurs l'extrait qui suit éclaire certaines de mes interrogations d'un jour nouveau...
Mais je vous laisse lire d'abord !

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Il était une fois une belle garenne au bord d'un bois, surplombant les prairies d'une ferme. Elle était grande et grouillait de lapins. Puis un jour, ceux-ci eurent les Yeux-Blancs, devinrent aveugles et moururent. Comme toujours, quelques-uns en réchappèrent. La garenne fut donc décimée. Un beau matin, le fermier se dit : "Je pourrais faire prospérer ces lapins ; ils enrichiraient mon domaine, leur chair et leur peau seraient pour moi. Pourquoi se donner la peine d'élever des lapins au clapier ? Ils sont très bien là où ils sont." Il fit la chasse à tous les vilou - aux prétor, aux hombou, aux hermines et aux hiboux. Il déposa de la nourriture, mais pas trop près des terriers, pour que les lapins prennent l'habitude de courir à travers ses champs et son bois. Puis il tendit des lacets ; pas trop : suffisamment pour attraper les lapins dont il avait besoin, mais en évitant soigneusement de les effaroucher ou de détruire leur garenne. Ils devinrent gros et vigoureux et se portèrent à merveille, car il veillait à ce qu'ils eussent d'excellentes choses à manger, surtout en hiver, et qu'ils n'eussent aucun sujet de crainte - sauf le noeud coulant qu'il dissimulait dans la haie et sur le sentier du bois. Ils vécurent donc comme il l'entendait, et tout le temps quelques-uns disparaissaient. Ils devinrent différents à beaucoup d'égards, différents des autres lapins. Ils n'ignoraient rien du sort qui les attendait. Mais même entre eux, ils faisaient comme si de rien n'était, car la chère était exquise, ils étaient protégés et ils n'avaient rien à craindre, sauf un seul danger, qui frappait ici ou là, jamais au point de leur faire peur et de les contraindre à quitter leur canton. Ils oublièrent les moeurs des lapins sauvages. Ils oublièrent Shraa'ilshâ, n'ayant que faire désormais de malices ni de ruses, puisqu'ils vivaient sur les terres de l'ennemi et lui payaient un cruel tribut. Ils découvrirent des arts merveilleux pour remplacer les subterfuges et les récits de l'ancien temps. Ils dansaient pour saluer rituellement leurs visiteurs. Ils chantaient comme les oiseaux et gravaient des formes sur les murs. Tout cela ne les aidait qu'à passer le temps, à se répéter à eux-mêmes qu'ils étaient des créateurs magnifiques, la fine fleur de toute la gent lapine, des êtres plus intelligents que la pie. Ils n'avaient point de Maître de garenne. A quoi bon d'ailleurs ? Celui-ci doit être un autre Shraa'ilshâ pour ses compagnons et les préserver de la mort. Or sur ces terres, la mort n'avait qu'un seul visage, et quel Maître de garenne aurait su la conjurer ? Mais Krik leur envoya à la place de singuliers poètes, beaux et morbides comme la galle du chêne et comme le bédégar de l'églantier. Et ne pouvant supporter la vérité, ces chanteurs, qui auraient su en d'autres circosntances faire preuve de sagesse, furent écrasés sous le poids du secret terrible de cette garenne jusqu'à ce qu'ils finissent par régurgiter de splendides extravagances - chantant la dignité et la résignation, et tout ce qui pouvait accréditer l'idée que le lapin aimait le fil de lumière. Mais il y avait une règle absolue, une règle inviolable, personne ne devait jamais demander où était un autre lapin, et quiconque se risquait à prononcer le mot "où ?" ailleurs que dans une chanson ou un poème, devait être réduit au silence. Quant à parler ouvertement des lacets, c'était un crime intolérable, dont le châtiment était le coup de griffe ou la mort.

Richard Adams

Les Garennes de Watership Down
Rex Collings Ltd., 1972
Flammarion, 1976
~

"Shraa'ilshâ" est un lapin, ou plutôt le lapin de la mythologie des garennes sauvages. Il arrive toujours à ses fins, qu'il s'agisse de piller un potager sous garde rapprochée ou de protéger son peuple de la guerre. Ses aventures intègrent aussi les bons tours imaginés par un Maître de garenne bien vivant - parce que les lapins sont très malins, on ne le sait pas toujours. Ainsi les récits qui en découlent mêlent-ils légendes et faits divers. Shraa-ilshâ est donc en fait le personnage phare de toute la tradition orale de la garenne sauvage.

"Krik" est leur Dieu - l'incarnation du soleil.

Le "fil de lumière" est le piège, probablement fait de fil de métal, une matière inconnue des lapins, une "chose d'homme" qui brille à la lumière.

~

Le passage des lapins dans cette garenne me laisse un champ de questions, un peu en friche... Quel est le prix de la sécurité ? La place de la mort dans ce type de vie, disons, sécuritaire ? Je comprends dans l'histoire ci-dessus que les tabous existent pour dissimuler ce qui menacerait l'équilibre du système dans lequel ils naissent.
Et surtout, cette histoire évoque la naissance et le développement des arts. Ce qui est bien avec l'art et la culture, c'est que plus on se penche sur eux, plus on se rend compte à quel point on ne sait rien. Je crois savoir que les arts sont nés dans les grottes, et que les fresques préhistoriques représentaient les besoins des tribus humaines (troupeaux, chasses victorieuses) et étaient liées au sacré (dessinées pour protéger, porter chance).
Aujourd'hui nos préoccupations sont différentes, et toutes les formes d'expression artistiques ne se rapportent pas forcément à la sécurité, à l'alimentation ou nos autres besoins de base. J'y vois autre chose en tous cas : toutes formes d'émotions, qui ne sont pas forcément provoquées par leur (non-)satisfaction.
L'idée que l'asservissement à un système et aux tabous qu'il véhicule pourrait sous-tendre ses expressions artistiques, est nouvelle pour moi.
Et sans que je sache pourquoi, elle m'interpelle...
Que dites-vous de tout cela ?
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Dimanche 3 février 2008
Je tiens un livre fabuleux entre les mains. Il relate l'aventure sauvage et pénétrante de quelques lapins en mal de garenne, chassés par l'homme et ses lotissements de parcelles.
Voici le premier extrait que je voulais partager avec vous.

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La pleine lune, déjà bien haut à l'est dans le ciel sans nuage, enveloppait de sa clarté les solitudes du coteau. Pour nous, le jour n'est pas ce qui chasse l'obscurité. Le jour, lors même que le soleil n'est voilé par aucun nuage, nous somble l'état naturel de la terre et de l'air. Quand nous pensons aux collines, nous les voyons en plein jour, de même que nous ne nous représentons jamais un lapin sans sa fourrure. Le dessinateur Stubbs imaginait le squelette qui se trouve à l'intérieur du cheval, mais la plupart d'entre nous oublient son existence : de même, nous concevons rarement les collines sans le jour, alors que le jour ne fait point partie des collines et que le cuir fait partie du cheval. Le jour va de soi. Mais non le clair de lune. Le clair de lune est inconstant. La pleine lune décroit et puis revient. Les nuages peuvent l'obscurcir bien davantage qu'ils n'obscucissent la lumière du jour. Nous ne pouvons nous passer d'eau ; nous nous passons de la cascade. Celle-ci, lorsque nous la rencontrons, est un surcroît, une parure. Il nous faut le jour, chose utile de ce fait, mais non le clair de lune. Celui-ci, quand il descend, ne satisfait aucun besoin. Il transforme. Il se pose sur les talus et les prairies, et sépare la longue tige de sa voisine ; d'un seul monceau de feuilles roussies, toutes couvertes de givre, il fait une myriade de pétillants éclats ; il file son trait tremblant le long des ramilles humides comme si la lumière elle-même était ductile. Ses longs rais blancs et durs versent entre les hêtres leur clarté qui pâlit à mesure qu'elle s'éloigne, la nuit, dans le coeur des futaies voilées de poudre et de brouillard. Au clair de lune, deux arpents d'agrostis, dont les tiges rugueuses, hirsutes comme le crin des chevaux, ondulent à hauteur de cheveille, semblent un golfe houleux tout creusé de replis et de trous ténébreux. Le tapis est si dru et si serré que même le vent ne peut l'agiter, mais c'est le clair de lune qui paraît le pétrifier. Le clair de lune ne va jamais de soi. Il est comme la neige, ou la rosée des matins de juillet. Il transforme ce qu'il recouvre, et ne le révèle pas. Sa pâleur même, tellement plus blême que celle du jour, nous invite à penser qu'il s'est surajouté à la colline pour lui donner, l'espace d'un instant, une propriété singulière et merveilleuse que nous devons nous empresser d'admirer, car elle est vouée à disparaître en peu de temps.

Richard Adams
Les Garennes de Watership Down
Rex Collings Ltd., 1972
Flammarion, 1976
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J'ai redécouvert le clair de lune à la faveur de cette promenade, et je ne suis pas loin de penser qu'il s'agit d'une des plus belles choses qui me soient arrivées l'année dernière. Je souhaite renouveller l'expérience cette année - guetter le prochain clair de lune, et m'aventurer sous sa lumière argentée, les yeux écarquillés. Même si je suis fatiguée, même si j'ai des choses à préparer. Cette beauté n'attend pas. La vie n'arrête pas de passer, pendant que je me croûle sous la répétition des mêmes gestes, jour après jour, clair de lune après clair de lune. Une course éperdue qui n'a aucun sens, si je ne vois qu'elle. La beauté du monde me guide depuis des années. Cela doit continuer...


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Lundi 20 août 2007
J'ai entamé la lecture de Femmes qui courent avec les loups (Histoires et mythes de l'archétype de la Femme sauvage) de Clarissa Pinkola Estès. Si on investit les différentes parties de son mental comme les pièces d'une maison, voici un livre qui montre les accès dérobés, les coins dissimulés et mal-aimés. Leurs portes sont ouvertes depuis toujours. Une bougie à la main, il suffit de s'y aventurer. Certains seuils alimentent la flamme et on découvre alors des murs dont chaque pierre raconte les étapes de sa construction, un plafond qui enferme, et de drôles de fantômes. D'autres endroits sont si grands qu'on n'y voit guère avec sa frêle lueur tenue à bout de bras... Dans certains autres, c'est un petit courant d'air qui souffle votre flamme… demi-tour, la visite sera pour un autre jour !
L'auteur explore les symboles de contes traditionnels du monde entier pour nous livrer les messages puissants de ce qu'elle appelle la Femme sauvage, archétype instinctuel résidant dans les tréfonds de chacune d'entre nous. La Femme sauvage renferme notre puissance de vie, notre créativité, l'immensité de nos possibles, notre guide initiatique. Elle est la petite voix au fond de nous qui nous met en garde de temps en temps, le rire immuable et nos hurlements silencieux.
Chaque paragraphe de ce livre est intense, émouvant, drôle ou tragiquement triste.
Je ne vous donnerai pas plusieurs extraits, comme j'aime à le faire habituellement, parce qu'ils ne livreraient qu'un puzzle de l'architecture de mon monde intérieur, et qu'il me semble réducteur de présenter ce livre ainsi. Il est bien trop riche pour cela. Toutefois, je ne résiste pas à vous en donner juste un, pour le plaisir…
 
*
 
L'idée que se fait notre culture du corps en tant que sculpture et rien d'autre est fausse. Le corps n'est pas de marbre. Son but est de protéger, de contenir, de soutenir, d'enflammer l'esprit et l'âme qu'il renferme, d'être un reposoir pour la mémoire, de nous remplir de sensations – c'est la plus haute forme de nourriture psychique. Il est là pour nous élever, nous propulser, nous prouver que nous existons, que nous avons un poids et le sol sous nos pieds. On se trompe en le considérant comme un lieu qu'il faut abandonner pour s'élever vers l'esprit. Sans le corps, on n'aurait pas l'impression de franchir des seuils, de s'élever, d'être délivré de la pesanteur. C'est lui qui nous le fait ressentir. Le corps est la fusée de lancement et dans le nez de cette fusée l'âme, éblouie, contemple par le hublot la nuit constellée d'étoiles.
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Mardi 24 juillet 2007
Dès la naissance, l'instauration d'une relation stable et aimante entre l'enfant et sa famille va lui procurer pour la vie une grande confiance en lui-même. Croître dans un milieu accueillant et satisfaisant donne une sensation de sécurité interne. A partir de là, l'enfant va pouvoir par l'expérimentation découvrir ses capacités et le monde extérieur. Ainsi, de préférence, se construit la créativité qui existe en chaque personne et qui trouve son expression, avant tout, dans le jeu libre. Winnicott rappelle :

"C'est en jouant, et seulement en jouant, que l'individu, enfant ou adulte, est capable d'être créatif et d'utiliser sa personnalité toute entière."

Le jeu est un espace privilégié de découverte de soi et des autres et un enfant qui ne joue pas est dans une réelle souffrance physique et psychique.

Toute personne possède des capacités créatives qui se révèlent et s'expriment, de préférence, dans des contextes bienveillants, chaleureux, où enfants et adultes se sentent soutenus, accompagnés et libres d'entreprendre. Les regards  positifs valorisent, encouragent et libèrent les personnes qui deviennent alors plus actives, plus inventives, plus soucieuses de l'autre.


Gérard Bonnefon, Penser l'éducation populaire (Humanisme et démocratie), Chronique Sociale 2006

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Le jeu, c'est l'ensemble des activités que pratique spontanément un enfant lorsqu'il est libre de ses mouvements, en sécurité et en bonne santé. C'est un besoin que lui dicte l'élan vers l'extérieur et vers lui-même (ses compétences, son autonomie progressive). La valeur du jeu se délite lorsqu'on grandit, le jeu devient quelquechose de pas sérieux dont il convient de s'éloigner pour être plus productif dans ses études, son travail...
Pourtant je crois qu'on garde ce moteur, cet élan prodigieux qui fait que toute notre vie nous aurons envie d'explorer le monde alentour, et de mieux nous connaître (si toutefois on est en bonne santé, en sécurité et libre de nos mouvements !).
Pour en revenir à la créativité, c'est bien en jouant avec mon appareil photo, par exemple, que j'en ai découvert les possibles. Le cadre photographique m'a demandé de focaliser mon regard sur des sujets, et le traitement graphique (un grand jeu, aussi !) de le prolonger ou le renforcer...
Concrètement, mon Homme des bois m'a vue sortir en pleine nuit pour prendre des clichés improbables, il m'est même arrivé de le sortir du lit pour qu'il vienne appuyer sur un bouton ! Combien m'auraient ri au nez, combien m'auraient envoyé promener ? Grâce à la sécurité dans laquelle me place son amour et sa bienveillance, j'ai pu exprimer une créativité qui me permet de mieux affronter le quotidien et ses inévitables aléas.
Je veux aussi offrir ça à ma fille.
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