le paradis, c'est les autres


Jeudi 19 février 2009
Les jours rallongent doucement et en rentrant du travail, je peux attendre devant ma fenêtre qu'arrive l'heure bleue, calée sur le canapé, un mug de thé entre les mains. Rien de tel pour se sentir au chaud au creux de l'hiver...

tombelanuit.jpg

Les jours rallongent doucement et la frénésie n'a toujours pas repris mon rythme de travail. Entre deux chargements de couleurs, formes et fonds, s'est glissé un petit-montage-photo-pour-voir qui n'a pas pu attendre. Et que je vous livre, sur demande téléphonée de la douce Lise. Elle qui a décroché le combiné sur la fin de l'heure bleue et qui ô miracle m'a trouvée complètement disponible, et mieux que ça, surprise et ravie. L'énoncé de son prénom a suffi à faire tomber tous les murs d'argile, culpabilité, honte et regrets amalgamés qui m'éloignaient encore plus de ce combiné que je ne parviens plus à décrocher. "C'est Lise !" Et la joie a tout emporté...
Merci :)

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Samedi 20 décembre 2008
Son nom apparaissait sur une liste de contacts, élément phare d'un réseau tissé avant que je n'arrive, et l'on m'avait chaudement recommandé de l'appeler pour lui proposer un lieu de conférence. "Tu verras, il a toujours un thème à partager, tu peux l'appeler tous les ans, tu verras..." Et j'ai donc appelé, pour voir. D'une voix posée et de ses mots triés sur le volet, il m'a proposé un sujet qu'il a qualifié "d'actualité". Je me suis retenue de pouffer de rire quand il m'a parlé du 120ème anniversaire de la naissance de la poète dont il proposait de raconter la vie. Une poète du cru morte il y a "juste" 64 ans...
Mais il est des gens à ne pas froisser, des habitudes qui ramènent du public, une ouverture à conserver. Et puis j'ai bien survécu à l'exposé sur les cimetières protestants, qui nous a en outre valu un pic de fréquentation. Alors allons-y pour "l'actualité" littéraire locale. Ca me fait un peu mal au passage, sûre que je suis de l'existence d'écrivains bien vivants sur ces terres, et sûrement non reconnus, en train de ramer à contre-courant.
Mais la dame était Occitaniste, et il y aurait peut-être, dans les souvenirs poussiéreux de sa vie, deux ou trois vers pour me faire vibrer. Moi qui n'aime guère la poésie... Le monsieur est donc venu pour parler d'elle. Et avant qu'il ne parle d'elle, il a fallu que je parle un peu de lui. Un petit discours de présentation du conférencier, c'est peu de choses pour le remercier de mettre son savoir au profit de notre public. "Je dois vous présenter en quelques mots, voulez-vous me parler un peu de votre parcours ?". Il m'a donné ces quelques mots, et ils sont tombés comme une musique dans mon oreille : journaliste, écrivain, biographe. Les yeux baissés, j'ai noté, puis je l'ai présenté, et enfin je me suis sagement assise au fond de la salle, comme toujours au début des conférences, m'assurant du bon fonctionnement technique et logistique.
J'aurais dû me lever au bout de quelques minutes mais je n'ai pas pu. Le discours était fluide et précis, puissant et sensible. Cet homme semble parler comme il écrit. A moins qu'il ait encore plus de talent au bout de la plume ? Il faudra que je vérifie.
Et en plus il a parlé de cette femme. Louisa Paulin. Sa vie hors époque, le triple drame de sa maternité, son divorce, son exil volontaire, sa vocation au milieu de la maladie, ses échanges épistolaires. Il a ponctué son discours de quelques poèmes, et les larmes me sont montées aux yeux.
Mais d'elle, je parlerai plus tard.
J'ai chaudement remercié le conférencier, encore émue de ce moment vécu comme une double rencontre.
D'un fil de conversation à l'autre, une prochaine date s'est dessinée. Une belle idée, j'étais soudain enchantée de cette actualité littéraire locale qui nous permettrait de parler encore, et d'écouter, ses mots à elle, ses mots à lui.
C'était au mois de mai.
Deux saisons plus tard, il est revenu en grande compagnie. Une troupe au verbe un peu fier, parlant trop haut en écoutant sonner ses propres mots. Snobisme honni de la culture, particulièrement malvenu le jour où Louisa Paulin nous réunissait, elle qui n'usait dans son art que des mots simples et honnêtes du quotidien.
Après la conférence, la même sensation d'urgence à lui parler, et ma bouche qui refuse de me trahir. C'était un chouette rendez-vous, un partage entre passionnés mais pas le moment de grâce que j'espérais revivre. Peut-être parce qu'il n'était pas seul à parler - on ne choisit pas ses cordes sensibles.
Entre deux sollicitations - le monsieur a sa petite célébrité, qu'il ne semble guère entretenir, tout en simplicité - c'est encore lui qui m'a proposé une autre rencontre littéraire autour d'une autre femme qu'il a jadis connue. Et d'en reparler par téléphone. Une conversation qui s'est échappée très vite du cadre du travail pour rompre tous bâtons. Echanger sur d'autres conférences qu'il a animé et auxquelles j'ai assisté pour le journal. Continuer par justifier avec pudeur son attrait  pour les écritures féminines. Me voir embrayer sur ma propre écriture, sa source, son élan, et ce lien tendu avec ma condition de femme. Et lui dévoiler celle de blogueuse à temps perdu...
(Pas mal du tout, pour celle qui creuse toutes les tranchées possibles pour veiller aux frontières entre le monde de son travail et celui de son blog !)
Il m'a encouragée avec un entrain tout en bienveillance. Saluant la justesse de ce que je lui avais décrit juste avant.
Je n'en ai retiré aucune fierté, je n'ai pas plus essayé de flatter son ego en retour. C'était un échange à coeur ouvert comme j'en connais rarement avec les inconnus. En raccrochant, la même joie tranquille de nous savoir bientôt discuter ensemble, même rapidement, même pour régler des questions techniques. Il y a un fil mystérieux qui semble se tresser ; nos mots qui se rencontrent échappent aux convenances et empruntent des raccourcis connus d'eux seuls pour trouver d'instinct le chemin de l'authentique, de l'essentiel.
"A bientôt, alors."
"Oui, à bientôt !"
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Dimanche 14 décembre 2008
J'avais pourtant cru relever le courrier hier. J'ai dû y aller entre le passage du porteur des nouvelles fraîches et celui du facteur. Ce qui m'arrive régulièrement, n'ayant que peu de goût pour les correspondances administratives, et ne  nourrissant guère d'échange de mots amis. Pourtant je sais que des surprises m'arrivent régulièrement. Mais je feins de l'ignorer, imaginez que chaque matin je prie en tournant la petite clé blanche pour tomber toujours sur l'abonnement de Monsieur et les factures du jour... Intenable pas vrai ?
Alors je laisse les papiers colorés et les petits paquets faire bondir mon coeur.
Là c'était une enveloppe jaune, nanti d'une grande étiquette blanche où des lettres bâtons dessinaient mon nom et mon adresse. Des lettres alignées pas sagement du tout, des lettres vertes qui écrivaient à hue et à dia le drôle de chemin biscornu qui allait mener, de mains en mains, jusque chez moi. Et elle me connaît bien, celle qui les a tracées. Elle connaît même mon adresse que je ne lui ai pas donnée...
Mais c'est en détachant le rabat que j'ai su, sans l'ombre d'un doute... Elle qui n'oublie jamais une date ou un évènement passé, elle qui sait arrêter la course de ses jours, et aussi blanchir ses nuits pour donner sans compter ses précieux moments. Elle qui offre tout, en entier, libre des rancoeurs d'hier et des promesses des lendemains. Elle pour qui je n'ai jamais eu assez de mots pour dire merci. Elle qui offre son présent.
Des chaudoudoux au creux de mes mains, et sous les yeux un album tout droit tiré de ses tiroirs à notes. Tout ça, pour moi. Parce qu'elle sait les épreuves des jours derniers. Elle a illuminé cette fin de journée, celle de la semaine qui est toujours teintée de nostalgie. Mamzelle et moi avons dîné aux arpèges dans la douce lumière du salon de Noël. Et c'était comme si une fée traînait là avec sa baguette, qui calmerait les sanglots d'une petite fille fatiguée, qui laisserait la musique se terminer juste à l'heure du cours d'Occitan d'une maman, qui nous rappellerait la chance qu'on a d'être si bien entourée.
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Dimanche 22 juin 2008
Ils manquaient d'eau, nous en étions couverts.
Nous manquions de soleil, ils en avaient à revendre.
La perspective de fêter la musique a rapproché nos agendas et nous avons passé un bienheureux week-end
avec eux...

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Mardi 20 mai 2008
C'était un soir comme un autre ou presque, avec un peu plus de vent peut-être, et des effluves d'ailleurs dessus qui d'un coup se sont tues. Le besoin urgent d'en saisir des bribes avant que les couleurs s'éteignent, que les réverbères se fassent trop crus et que les mots s'évanouissent sous la couette.

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merci Cécile...

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Dimanche 18 mai 2008
Comme pour à peu près tout, on l'a géré en dilettante, ne prenant pas le temps d'exhumer le fond de nos cartons. Par contre la solidarité a bien fonctionné : qui a pris notre inscription tardive, qui nous a placé notre stand près de celui de la copine, qui nous a rapporté un carton de vaisselle et deux de vêtements, qui a pioché dans son débarras pour en extraire quelques pièces choisies...
Mamzelle a participé au tri de ses vêtements trop petits, avec un enthousiasme croissant à mesure qu'on lui expliquait que ce qui serait vendu pourra nous permettre de racheter d'autres pièces. Ensuite elle a rassemblé avec Papa ce qui dans sa tirelire allait nous servir de fond de caisse - le tout dédommagé d'un gros billet qui fit sa fierté. Et puis nous l'avons confiée à Maman et à son Amoureux, qui l'emmèneront à la fête de famille, avec tous les enfants de la grande tribu tarnaise.
Ce matin, une trentaine d'exposants s'affairaient lorsque nous sommes arrivés. Un connaisseur (voire un antiquaire à l'affût) passait d'un carton à l'autre. Il nous a pris presque toute notre verrerie ancienne avant même que nous ayons pu la poser sur la planche... Nous avons ensuite tendu une jolie nappe printanière que nous avons amoureusement garni des objets les plus hétéroclites, des lots les plus incertains. Les ventes se firent plus rares. Une jeune femme décidée nous prit un cactus et un bibelot moitié moins cher que ce qu'ils valaient. Deux tee-shirts et une robe de Mamzelle plus tard, je commençais déjà à honorer ma promesse et à glaner une tunique ou un gilet.
Mais les stands de jouet avaient ma préférence. Pas vraiment pour acheter, plutôt pour féliciter la jeune fille qui offrait son enfance soignée aux mains des passants, ou le garçonnet rêveur aux magazines comme neufs. Je les félicitais, m'extasiant de la qualité de leur marchandise, et parfois même j'achetais une pièce, mais sans marchander, jamais. Il n'y avait qu'eux pour connaître le prix juste...
J'ai aussi discuté avec les autres exposants, une occasion de rencontrer quelques voisins - celle qui arrivait juste de Lyon et paraissait un peu perdue dans sa nouvelle vie, celui dont le dernier petit avait grandi trop vite, ceux qui avaient réservé deux emplacements pour débarrasser leur appartement avant une mutation au Gabon, celui qui voulait m'offrir tous ses livres parce que la matinée avait été généreuse et qu'il ne voulait plus que rentrer le plus léger possible, et qui m'a laissée partir avec trois appareils photo antiques et tout plastique, celle qui préférait vendre les vêtements de ses enfants à des Français, parce que vous comprenez, celle qui bradait tous ses articles à quelques centimes parce qu'elle déménageait pour un appartement plus petit, la dame à la caisse enregistreuse d'un autre temps récupérée au commerce de son mari, à l'époque où celui-ci...
En début d'après-midi, après deux heures passées à ne rien vendre, nous avons remballé ce qu'il restait - à charge de revanche. Nous nous sommes enrichis de dizaines de sourires, d'un beau rayon de soleil, de gens à revoir, de jolis vêtements pour Mamzelle, d'un bocal à kéfir pour GrandMamie, d'un presse-purée, de petits jeux et d'une minuscule poignée d'euros.C'est sûr, on recommencera bientôt...


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Vendredi 2 mai 2008
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Merci Tatie ! :)

Après la princesse rose, voici la fée bleue.
Du bonheur à photographier !


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