Jeudi 16 avril 2009
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10:09
Je reprends - en retard - le
relais que me propose
Marie-l'Ange.
Je ne saurais dire quels livres me correspondent. Par contre je peux vous parler de ceux qui marquent mon quotidien en ce moment.
D'abord il y a eu ce livre reçu en cadeau pour Noël. En ouvrant le paquet, j'ai aperçu d'abord les couleurs puissantes de l'illustration. Un perroquet aux couleurs chamarrées, bleu nuit, rouge
sang, jaune soleil. Ses plumes lisses et parfaites. Effet d'une madeleine de Proust, je me suis retrouvée adolescente sur le chemin de la bibliothèque de mon village, mon butin sous le bras,
dévorant des yeux cette magnifique couverture, impatiente de découvrir les merveilles qu'elle habillait de si belles couleurs. Lire c'était la fenêtre de ma vie, l'exploration de tous les pays, le
plaisir esthétique, l'élan puissant de l'aventure, la nostalgie, la réflexion, et la seule liberté qu'il m'était permis de m'approprier.
J'ai tremblé, voyagé, pleuré, imaginé... j'ai vécu les livres que j'ai lu, particulièrement à cet âge-là. Mais on court quelques risques à ne vivre que dans sa tête. Le pli a fini par prendre,
c'est tout naturellement que je me suis cachée pour écrire, que j'ai été outrée de la découverte puis de la lecture "publique" d'un texte, et des éloges cuisants comme des encouragements stériles
qui ont suivi. Naturellement aussi, j'ai dissimulé mes sentiments, qu'au moins ma pudeur reste intacte. Il faut bien vivre au milieu de ses semblables, un petit effort enfin ! J'ai continué à me
soumettre moi-même : m'adapter aux autres, à un travail, avoir une vie sociale, et une vie amoureuse (dans l'ordre).
Sauf qu'on ne se cache jamais qu'à soi-même, chat et souris tout à la fois, un petit jeu qui m'aura entraîné dans une série de méprises parfois très malheureuses.
Et puis un jour j'ai rencontré celui avec qui les paroles se délient (dé-lis ?). Et ça m'a bouleversée, et ça a changé le cours de ma vie.
C'est tout cela qui m'est revenu d'un coup, dans cette grande pièce jonchée de papier cadeau. J'ai levé les yeux vers les siens, attentifs et joyeux : tu connais ?
J'ai de nouveau scruté la couverture ; sous le perroquet, un titre. Une éclaboussure, un souffle qui se fige, un filet qui se détend et laisse imprimé sur la peau le souvenir de son étreinte
douloureuse.
Je connais. Plutôt bien même - assez pour savoir que je n'en ai pas fait le tour.
Pourtant, croyez-moi, cent ans c'est long...
J'ai savouré sa (re)lecture pendant les vacances, et je crois que je baigne encore un peu dans cette écriture généreuse, dans son univers coloré et mouvant, près des personnages qui le modèlent et
l'animent. J'ai vécu ce livre, active et présente dans le récit, accompagnée de l'impression, parfois, que le reste de ma vie n'était qu'un à-côté un peu terne et pourtant incontournable, comme
avant, comme quand j'avais seize ans.
(à suivre, 5 autres livres, là je n'ai plus le temps !)
vos mots