un pas après l'autre


Lundi 14 décembre 2009 1 14 12 2009 09:50
Il est venu presque par surprise, dans l'un de ces élans dont lui seul a le secret. Il fallait oser rompre le silence, il fallait oser aller réveiller le félin qui hibernait dans sa tanière ; lui seul le pouvait, alors il l'a fait.
Remarquez, même lui paraissait étonné d'être là, à réchauffer ses doigts sur la tasse de café, le dos posé dans un canapé sous la liseuse verte où l'on s'apaise, soir après soir, après les rudes combats de la journée. Il fallait que je lui explique, que je lui raconte de ma voix rauque ces doutes, mes inquiétudes, les déceptions, la colère qui me tiennent éloignée de tous, et de tout, presque. Peur de mordre au hasard dans la rage qui m'habite, trop envie d'en découdre pour m'exposer aux fragiles, et peur, finalement, dans la grande force qui se lève, de souffrir plus sur mes plaies à vif...
Il m'a longtemps écouté, les raisons et ses différents temps, les lames d'émotions qui m'emportent et toutes les digues où je m'échoue, déchirée et douloureuse, continuellement.
Je lui ai narré aussi les rencontres dans l'état lamentable où je me trouve, ces gens qui voudraient savoir qui je suis pour peut-être travailler avec moi, je suis ce fantôme qui titube en essayant de reprendre allure d'un geste de la main, avec des lambeaux de celle que j'ai été, il y a longtemps, il m'en souvient. Tresser trois pans déchirés de cette étoffe et l'enrouler autour de mon cou, éclaircir ma voix, relever la tête et entrer dans l'arène. Y être attentive, tourner mes réponses, peser les silences qui la suivent, guetter les moindres réactions de ceux qui me font face, tenter d'habiter mes réponses de la conviction avec laquelle j'ai l'habitude de travailler, enfin j'avais... Ajouter un mot sur une compétence qui n'était pas notée sur le CV, préciser les limites d'une autre, remercier et, le plus dur peut-être, à ce stade, tenter de soigner ma sortie. Il m'arrive de grimacer de douleur, la poitrine comprimée par ce coeur que je retiens et qui ne voudrait qu'exploser. Il m'arrive, la porte fermée, de me retenir à la poignée, vacillante, avant de me souvenir que je ne suis pas sortie de l'entreprise et que je suis potentiellement entourée de recruteurs. Repérer la sortie, et se diriger vers elle, vite. Marmonner une politesse, avaler l'air du dehors, se laisser porter par un souffle jusqu'à la voiture, et s'écrouler.
Je ressors exsangue de chaque entretien.
Il m'écoute toujours, vissé au canapé, quelques rires d'étonnement sur son front que surplombent les flocons de ses cheveux. Il faudra que je pense à lui demander, après que j'aurai arrêté de parler, il faudra que je pense à lui demander comment il fait pour garder ces éternelles étincelles de joie au milieu de ses yeux de glaciers. Cette chaleur qu'aucune ascension ni aucune mauvaise saison n'ont su faire flancher. Lorsque le débit de mes paroles s'est calmé et que la chute de mon discours est arrivé, il a souri d'un air tendre et coquin et m'a annoncé, le rire au bord des yeux : "Ma Caco, le jour de ta démission, je veux être là pour voir." Et de me rappeler, en trois mots, l'incongruité de la situation, et de reconnaitre, honnête et abrupt, à la fois mon travail et la position de mes employeurs. Avant de partir, dans un soubresaut tectonique, d'un puissant éclat de rire à faire pâlir les montagnes.
Et à me faire trembler avec lui.
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Samedi 12 septembre 2009 6 12 09 2009 11:38
Voilà quatre ans que cet espace existe.
Quatre ans d'écrits et d'images, de déménagements, de réflexions, de rencontres, de projets...
Un sacré bout de chemin et plusieurs vies où il fut une amarre, un espace de liberté, tous les possibles que j'avais envie de créer. Un outil dans mes mains, aussi, entre ses petites ficelles techniques et le trajet secret des mots du hasard au partage, un sacré jeu de miroirs.
Alors pour fêter ça, une découverte à partager, et le faire-part d'une naissance dont les préparatifs m'ont bien occupée depuis le retour des vacances !
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Samedi 20 juin 2009 6 20 06 2009 13:59
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Lundi 13 avril 2009 1 13 04 2009 14:27
Dans la véranda, il y a les boîtes de conserves de récup qui n'attendent que quelques coups de peinture pour devenir un jeu de massacre.
A côté d'elles, sur le bureau d'écolier défraîchi à poncer-peindre-vernir, un couvercle de carton déjà peint, lui, et qui deviendra la première pièce de la maison de poupées modulable que j'ai imaginé, un jour où je m'ennuyais !? Ce sera la salle de bains, d'ailleurs, parce qu'une barquette de fruits en plastique et un morceau de papier bulle seront du meilleur effet pour accueillir les poupées à l'heure des ablutions.
Dans nos esprits qui s'échauffent vite, nous avons aussi conçu de réaliser les décors, le costume et la mise en scène d'une histoire qui trotte dans nos têtes depuis quelques petites semaines.
Et depuis peu un sac de coquillages travaillés de sable et de sel, cailloux précieux et bois flottés n'attend que nous pour se monter en mobiles ou carillons.
...
Et v'là-t-y pas qu'en même temps que je comprenais qu'on ne pourra pas repartir cette semaine comme j'en avais rêvé, je replonge dans les travaux entamés il y a longtemps déjà, mis sur pause par manque de motivation, puis repris pendant les dernières vacances de Noël (grâce, encore, à l'exellent site du zér0)... J'ai nommé l'apprivoisement de la chose codée qu'est la transmission de données sur le web. Création de site, propulsion de blogs, pages xhtml ou client FTP, designs CSS ou choix d'hébergement... Les informations se mettent en place une à une dans mon esprit, et je franchis un palier de plus dans ce qui pourrait se voir comme un parcours d'escargot, sauf que l'escargot n'avance que pendant les vacances scolaires. Le reste du temps, il fuit le champ de course du quotidien et tous les nuages menaçants qui planent au-dessus de sa coquille !
Ce qui m'a remis le pied à l'étrier ? Cette initiative généreuse de blogueurs éclairés qui, comble du bonheur, se présente sous forme de blog. Accessible, convivial et joli en outre. Avouez que ça fait envie !
Au passage, je re-tombe par hasard sur cet article aux indications judicieuses pour organiser proprement ses documents sur son ordi.
...
Avec tout ça je n'ai même pas pris le temps de charger les photos de vacances... patience, patience !
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Vendredi 28 novembre 2008 5 28 11 2008 14:21

Retour en catimini, le temps de me réapproprier cet espace si longtemps délaissé...


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Samedi 7 juin 2008 6 07 06 2008 22:31
Je me passe ce morceau en boucle, du moins quand ma confiance a besoin d'un coup de pouce.




Il y a toujours de la lumière. La résistance s'organise, mais sans nous, qui planchons sur le vif du sujet - le procès, les employés qui craquent, ceux qu'on va devoir licencier, les groupes de travail. Parce qu'à deux on risque de fatiguer sous peu...
J'ai enfilé mes vieilles défroques de gestionnaire (pas le tailleur, hein, faudrait pas exagérer non plus). Je me réveille avec le visage des employés, je m'infuse au petit-déj les politiques sociales, je bataille un peu au travail dans la journée, je dîne des réunions et je me couche sur des compte-rendus.
Entre deux, je souffle un peu - dans la clarinette c'est encore mieux.
Un comité de soutien s'est créé et nous organise quelques festivités : rassemblements, manifestations. C'est sympa, ça nous sort un peu. On rencontre des nouvelles personnes aussi, et je passe devant l'objectif. Nos bouilles ont fait le tour des journaux locaux, la famille me charie, je suis venue leur révolutionner le département !
De temps en temps, un éclair de lucidité - mais qu'est-ce que je fiche ici !? - et puis le mouvement l'emporte. Celui que je suis depuis le début, celui que m'inspire ce bout de terre à portée d'ombre de la Montagne noire, celui qui m'a fait revenir de mes vacances toulousaines pour assister à une réunion, celui qui m'a hasardeusement placée au bureau de l'association. Je fais peut-être rien, je fais peut-être n'importe quoi, je fais peut-être ce qu'il faut, ou pas... à vrai dire je ne saurais pas faire autre chose de moi, ici et aujourd'hui.

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Samedi 31 mai 2008 6 31 05 2008 07:56
En début de semaine, l'attente anxieuse. Les coups de fil à des gens très importants qui refusent de prendre la ligne. Mille questions, et pas de réponse. Des requêtes, des refus. Et l'attente, et l'espérance quand même. La conférence de presse - l'affaire sent le roussi. Le Conseil municipal. Nous étions nombreux, salariés, usagers, bénévoles, administrateurs. Baptême politique pour beaucoup d'entre nous. L'épreuve du feu. Des années de travail traînées dans la boue. Mais qu'ont-ils à toujours à s'acharner sur les mêmes, bon sang de bois ? Les élus censés connaître nos dossiers ne pipent mot. Le Maire refuse de redonner la parole aux élus de l'opposition, soumet au vote et scande la délibération, vote majoritaire, affaire suivante.
En fin de semaine, les dossiers les coups de fil l'inspection du travail le cabinet du Maire (ah tiens on me rappelle à présent...) l'huissier de justice la presse les partenaires les administrateurs les habitants le débrayage...
Et enfin, la pétition qui recueille près de 1000 signatures en deux jours, un collectif qui se monte sans qu'on sache qui quoi comment, les amis qu'on ne se connaissait pas, les bénévoles qui apportent leurs richesses, maigres en espèces, immenses en savoir-faire. Un bouillonnement joyeux, la reconnaissance du travail de terrain par ceux qui l'ont tous les jours sous les yeux, les tranches de vie sur le livre d'or, enfants et grands, familles et personnes âgées...
Je ne saurais dire combien de fois les larmes, si je les avais laissées faire, me seraient venues. De colère et d'impuissance, et puis de la reconnaissance subite qui vous tombe dans les bras entre deux pas de course. De l'utilité première des actions menées, de la profondeur des liens qui se nouent, dedans et autour. De voir les vocations politiques naissantes et l'implication citoyenne de tout un quartier.
Toutes ces choses qui comptent tant.
Comme il disait, "On aura au moins vécu ça"...


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