Vendredi 16 mai 2008
Avec la santé qui s'améliore, le rythme bat de nouveau son plein. Je suis heureuse d'être dans cette danse. Vigilante, quand même - mes derniers tracas m'ont trop marquée pour que je m'abandonne.
Les réunions succèdent aux groupes de travail qui débouchent sur divers rendez-vous... Entre deux, on nous dit des choses qu'on voudrait ne jamais avoir eu à entendre - et pourtant il va bien falloir ouvrir les yeux sur les erreurs passées pour apprendre à marcher sur ces oeufs ! Par ailleurs une impression forte se dessine : celle de faire mes premiers pas dans un nouveau monde, un monde pourtant honni, celui de la politique. J'apprends, les yeux tout ronds, que cette activité était noble, au début. Et puis c'est comme tout : c'est devenu ce qu'on a bien voulu en faire... Je comprends aussi que la plupart de mes gestes quotidiens sont des engagements politiques : le fait de travailler là où je travaille, malgré les conditions difficiles avec lesquelles nous devons composer ; l'engagement associatif, et la volonté d'agir dans mon quartier ; les choix de (non-)consommation ; les projets, des plus simples aux plus élaborés... A partir du moment où l'acte est pensé en fonction de l'environnement dans lequel il s'inscrit (les autre, le territoire, l'air, les cours d'eau, le marché, les institutions...), il prend une dimension différente. On ne va plus simplement travailler, on n'est pas juste adhérent quelque part, on ne fait pas que manger bio, les plans ne sont pas sur la comète, même s'ils ne se réaliseront peut-être jamais complètement... Quelque chose se met en marche, quelque chose qui ne fera probablement pas la différence mais marque un champ de force, si modeste soit-il, dans le mouvement impétueux de l'aventure humaine.
Quoi qu'il en reste à la fin, on aura participé.

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Vendredi 9 mai 2008
Il y avait les départs en week-end prolongé, un match décisif de la saison de rugby, et une circulation d'enfer. On est restées coincées au moins une demi-heure dans la voiture, un record depuis que nous vivons, travaillons et nous activons diversement dans une seule et même ville !


Et puisqu'on y est, voici le point de la situation en matière de transports polluants...
Nos déplacements les plus longs sont de 16km (aller), la distance entre la ville voisine et celle où l'on vit, nous y allons deux à trois fois par mois. Lorsque nous allons à Toulouse, le plus souvent nous empruntons le train. Je laisse croire que Mamzelle a moins de 4 ans (c'est mal, demain j'arrête) et pour ma part j'ai opté pour une carte de réduction. Nous rechignons de plus en plus à prendre la voiture, les distances nous paraissent plus grandes maintenant qu'on ne parcourt plus que quelques rares kilomètres... La moyenne annuelle était, depuis l'achat de la voiture il y a plus de 3 ans, de 35000 km... soit beaucoup trop, même avec une machine anorexique !
L'Homme des bois covoiture depuis décembre. La petite voiture que nous avions achetée d'occasion (très d'occasion, en fait) avait un moteur déficient que nous avions dû changer (contre un moteur d'occasion mais quasi neuf) l'an dernier. Le "nouveau" moteur a encore cassé. La voiture a été vendue une misère pour ses pièces détachées. Forts de cette expérience, nous avons décidé d'attendre que son installation de travailleur indépendant se concrétise pour faire le point de nos besoins. Et ce soir nous apprenons qu'une voiture de la famille (achetée par l'Homme il y a 6 ou 7 ans, cédée pour rien à sa soeur il y a 3 ans) devrait de nouveau être disponible. Attention attention, nous allons bientôt nous pavaner dans une Mercedes beige intérieur jaune et marron typique des années 80. La grande classe ! (Mais au moins, ce matos là, il dure longtemps...)
Comme quoi, c'est pas mal de prendre le temps de réfléchir avant d'acheter...

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Mardi 6 mai 2008
D'un coup de baguette magique, me voilà replongée dans les équilibres à retrouver, les clés de répartition à calculer et les tableaux de bord à inventer. Les réunions sont redevenues productives : avec ces nouveaux collègues du hasard, le travail court d'un point à l'autre, sans pause, fluide et entraînant. Un drôle de courant qui me mène par mouvements alternatifs de la source - plan comptable et factures à l'appui - au fleuve - sur les berges des réflexions stratégiques.
Dorénavant, j'envisage dans le calme la boulimie de mon agenda et l'adoption future d'une des montres qui se meurent depuis 4 ans dans une jolie boîte en bois. Entre deux rendez-vous, je cherche l'angle de communication propice pour le jour de la rencontre avec les financeurs.
Dans mes moments de lucidité, je me demande comment je parviens à revenir dans ce moule-là, et pourquoi j'y trouve la satisfaction qui me faisait tant défaut quand j'étais payée pour ce travail exactement.
Quoi qu'il en soit, on a beau être motivés, la route sera longue. Enfin, on en est à l'espérer...

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Jeudi 24 avril 2008
C'était ma première réunion en tant qu'administratrice. Ayant à peu près tout à apprendre du fonctionnement de la structure, je m'étais promis d'y faire un saut en touriste, au milieu de mes vacances. J'en profiterais même pour laisser Mamzelle chez GrandMamie, et pourquoi pas faire un tour à Toulouse juste avant, ou prévoir une sortie en amoureux juste après... voire même les deux, chiche !
C'est ainsi que j'arrivai sur place, dans la douceur nonchalente de ces soirées orangées qui m'ont fait abandonner, il y a quelques années, une petite vie bien rangée. C'était presque dommage de s'enfermer dans la salle de réunion, mais nous avions tous besoin d'élire le Bureau, de parler du quotidien de l'association, des projets... Pendant que chacun prenait la parole, j'observais et faisais mentalement mon marché. Celui-là serait parfait comme Président. Je me demande bien qui osera se proposer à la Tréso, ce poste mal-aimé. S'ils insistent un peu, peut-être que je me laisserai tenter par la place de Secrétaire adjointe...
Les conversations allaient bon train. Les membres de droit, certaine récemment élue municipale, d'autres partenaires de longue date de l'association, présentaient leurs points de vue. Au fond dans le coin, les Anciens nous contaient l'Histoire de la structure, avec force détails. Des digressions courante, peut-être même incontournable, de ce que j'en vois - tous nous sommes bénévoles, il faut parfois autre chose qu'une soirée orange pour donner l'envie de rencontrer, de réfléchir, de décider. On décide au bout de plus d'une heure de procéder à ce pour quoi nous étions réunis : l'élection du nouveau Bureau, la précédente équipe ayant démissionné en masse.
Celui que je pressentais Président se lance Secrétaire. Ce qui plait beaucoup à l'élue municipale qui attend, regards appuyés, qu'une Présidente se lance après ce beau départ masculin. Je souris à ce concept simpliste et balaye la table du regard. Les nez pointent vers la table et les mouches volent. Plus un Ancien pour dire quelque chose, d'un coup. Un Vice-Président sort poussivement sa candidature. Puis il demande, personne par personne, tu ne peux vraiment pas !? Qui a un emploi trop prenant et trois enfants, qui habite trop loin et a d'autres engagements, qui n'y connaît encore rien à ce qui s'y passe (ça c'est moi)...
Plus personne ne rigole : on a un problème. Une association n'existe pas sans, au minimum, un(e) Président(e), un(e) Secrétaire et un(e) Trésorier(rière). Et cette association-là, si elle ne trouve pas une solution, licenciera le lendemain 15 personnes. Sans compter les projets d'insertion, le lien social, la dynamique du quartier, la médiation, le soutien scolaire, les ateliers, les groupes de parole... qui passeront à la trappe. Aïe.
Le candidat Secrétaire que je pressentais Président, ajoute un mot sur notre responsabilité. Et puis il se lance. Il veut bien monter Président. Qui l'aime le suive...
Le temps de tourner trois fois la langue dans ma bouche, et ma voisine me dame le pion en se proposant Secrétaire. L'élue municipale ne pipe mot : un Président c'est moins bien qu'une Présidente, un Secrétaire ç'aurait été mieux qu'une Secrétaire, mais l'essentiel n'est-ce pas, c'est d'avoir les deux. Quoi que, on s'en fiche un peu, si on n'a pas de Trésorier(rière).
Là les choses se gâtent un peu, les fronts perlent et les gestes nerveux se multiplient. Chacun répète ses impossibles. La feuille d'inscription du Bureau commence à circuler. Elle échoit dans mes mains, alors j'annonce que je me serais sentie plus à ma place comme Secrétaire adjointe, mais que je ne veux pas voir la fermeture de l'association. Et que je me propose donc comme Trésorière.
Le vote fut des plus rapides : l'unanimité soulagée. Pour les quatre élus, un peu d'inquiétude, une vague conscience du temps à consacrer, et une certaine lucidité sur nos limites... Et malgré tout, une grande motivation.
Je suis même plutôt contente d'avoir suivi le mouvement, en fin de compte...

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Mardi 15 avril 2008
A l'occasion d'une fin de journée poussive, où j'étais un peu trop dans la lune et l'Homme des bois trop fatigué pour bien voir, Mamzelle s'est nantie d'un stylo qui s'illumine de bleu quand on écrit, et a savamment décoré le canapé du salon.
J'ai pris ma grosse voix, je l'ai menée dans sa chambre pour qu'elle réfléchisse pendant que lui et moi déciderions de la punition qui serait sienne. Elle sortira penaude quelques minutes plus tard, et je lui annoncerai solennellement qu'elle sera privée de DVD pendant toute la durée des vacances.

*

Et maintenant voici la face B de l'enregistrement, la version officieuse de l'évènement, mes petits secrets à moi de Maman.
Elle était dans le bureau à me piquer en ricanant la place à l'ordinateur quand j'ai vu l'exploit. Je me suis dit qu'elle est vraiment quelqu'un, et qu'elle a sacrément bien choisi sa journée (qui me fut belle, si belle). J'ai souri de son imagination, de ses si jolis dessins, et de tout le bazar dans l'appartement, signe de cette grande vie dans une une toute petite personne, près de nous depuis maintenant quatre ans... J'ai pris ma grosse voix, je suis allée la voir dans le bureau, elle avait son petit visage têtu de pénitente mécontente. Je l'ai menée dans la chambre avec l'injonction de réfléchir à son acte vandale. Je suis retournée dans le salon en chuchotant à l'Homme des bois, rhoo, quand même, quelle coquine, j'te jure, la provoc' quand même... Je suis retournée dans le bureau en me disant que Raffa aurait sûrement une solution. Puis j'ai flâné ailleurs et elle est venue me voir, une caresse dans la main pour m'attendrir. J'ai déguisé mon rire en sanglots indignés pour lui signifier sa condamnation. Sa bouche s'est mise à peser trois tonnes aux commissures, elle a émis une plainte d'animal blessé. D'un geste, je lui ai fait comprendre que je n'étais plus fâchée, et je lui ai expliqué que ce sera l'occasion de (re)découvrir ses jouets. Elle est partie dessiner sur une feuille.
Elle ne sait pas que nous partons dès la fin de la semaine. Elle ignore aussi tous de mes projets de jeux et de promenades avec elle... Et puis elle est ainsi faite, notre Mamzelle, que les débordements doivent être activement cernés sous peine de nous noyer tout entiers, grands et petits, tous autant qu'on est. Il nous aura fallu du temps pour le comprendre, encore un peu pour l'accepter, et un chouia plus pour apprendre à réagir comme elle l'attend, finalement...
Depuis lors, les horaires se sont rigidifiés, les champ des négociations a diminué, et de nouveaux personnages se sont composés. Moi qui ne supporte pas la routine, j'en suis devenue Grande Conservatrice. L'Homme des bois, un peu déboussolé, choisit de veiller à l'exécution des Consignes. La part du Roi, puisqu'elle comprend les entorses complices au régime de fer instauré par Nos Majestés.
Quant à mon idéal de démocratie, il se fait tout petit et remballe humblement son grand dé...

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Jeudi 10 avril 2008
Fichier hébergé par Archive-Host.com
le petit montage du jour

Côté graphisme, j'ai le sentiment de remonter une rivière... D'être partie du compliqué, de l'élaboré (la prouesse technologique qu'est le fait de prendre un sujet en photo, de retoucher puis de publier l'image sur la toile) pour finalement retrousser mes manches, affûter mes crayons, dégainer une paire de ciseaux. J'ai eu comme une révélation aussi au rayon jeunesse d'une médiathèque, en feuilletant un ouvrage traitant des bases de l'infographie avec force illustrations rigolotes - le style de petit bouquin assez clair pour s'adresser à un enfant de 6 ans. Et moi, campée dans l'allée, le livre dans la main, les yeux écarquillés, me souvenant que j'ai toujours 6 ans, quand je brûle de comprendre.
Je ne l'ai pas emprunté parce que je n'étais pas dans ma ville mais un peu à côté, et que cela aurait été compliqué de le ramener (je me suis aussi un peu dit que j'avais assez de projets en cours, ahem).
Et au bout du compte, je termine mon petit tour de la question par les traits, les courbes et les couleurs de... Mamzelle. Bah oui. Une telle fraîcheur dans l'approche du cadre de papier, l'inspiration gigantesque qui la traverse (des dizaines de crobards par jour, ça force le respect) et son assiduité, sa joie à réaliser... Et puis c'est beau. Vraiment, aussi objectivement que possible, je peux dire que ses dessins sont très réussis.
Dès que je peux, promis je vous montre...

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Mercredi 26 mars 2008
"Tu es sûre !? Tu as bien réfléchi !?" me demandait-il hier, en miroir.
Après moult hésitations, réflexions et tentatives de décrochage d'emplois salariés se terminant toujours par des vrais-faux contrats payés en liquide, l'Homme des bois a envoyé hier le courrier qui le mènera dans quelques mois à devenir travailleur indépendant.

De mon côté, l'association qui m'emploie renouvelle mon contrat. Avec la volonté de me proposer un CDI dans un peu plus d'un an. Bien sûr, avec une municipalité défavorable aux actions cluturelles, rien n'est joué, hormis l'année supplémentaire de contrat aidé dont je bénéficie. Mais ça sera toujours ça de gagné... pour mon CV, pour une année de programmation, et pour les actions de sensibilisation aux enjeux environnementaux. Un an, ça peut être beaucoup, finalement !

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