les mille et une...


Jeudi 26 mars 2009

Il compte et recompte, les jours, les semaines et les années. Son image de l'équité qui lui ferait presque croire, quand il se laisse aller, qu'on peut tout partager en deux, même un enfant. Il compte les biens qu'il possède, ceux qu'il n'a plus mais qui ont dû se muer en montagnes dorées sur lesquelles il imagine qu'il s'assoit, à la fin de ses journées de travail, pour compter et recompter les petites pièces, et les paysages qu'on voit de là-haut et qui sont peut-être plus gais. Alors il s'agrippe à sa calculatrice, compte et recompte froidement ce qu'il a et qui parfois appartient à l'autre, mais chut ! C'est pas sa faute. Il faut le comprendre. Son bonheur est parti en claquant la porte, dans un fracas étourdissant. Il en ressent encore l'onde de choc, tous les soirs en rentrant.

Peut-être qu'il essaie mesurer ce qui lui a échappé, entre cet avant et cet après qu'il voudrait figer. Peut-être qu'il a besoin de cette rigidité pour regarder le passé une dernière fois avant de l'envelopper dans son blanc linceul.

Il ne voit pas le masque effrayant qu'il enfile pour pratiquer l'autopsie financière de ces années parcourues ensemble. Le rictus satisfait qui lui vient malgré lui quand je lui rappelle le vol dont il s'est rendu coupable. Il ne peut deviner mon cœur qui se rétracte et mes souvenirs qui frissonnent. Si seulement il avait su compter avant ! Compter le nombre de nuits sans sommeil où lui dormait sur toutes ses oreilles, les ombres inquiètes qui passaient dans le regard de mes proches, le nombre d'hommes qui ont traversé ma vie comme dans un songe alors que notre couple se délitait, tous mes accès de larmes, le nombre de soirées passées côte à côte et chacun dans un monde à part, bien délimité, le nombre de celles que j'ai passé à cuisiner, pour un nombre de repas à produire chaque soir après ma journée de travail, le nombre de discussions qu'il a refusées, le nombre de dénis dont il m'a frappée, le nombre d'enfants que l'on n'a pas eu, le nombre de fois où je les ai fui.

Je m'en rends compte en l'écrivant : auparavant, c'est moi qui faisais les comptes. Moi qui reprochais. Moi qui souffrais.

En regardant bien en face toute la vie qui hurle derrière les petits chiffres sages, il aura peut-être une chance de comprendre, de ne pas enterrer vivant ce passé à la fois si fragile qu'il se laissera faire sans broncher, et si grand qu'il saura revenir le hanter. Et le cauchemar de revenir s'inviter dans sa réalité.

Ce que je suis à deux doigts, certains jours, de lui souhaiter.

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Mardi 30 septembre 2008
Il était une maman qui tenait sa petite fille par la main, longeant la rivière et les buissons plein d'épines et de fleurs. La petite fille s'arrêtait souvent pour inventer un nouveau bouquet. Il serait pour Maman, ou pour Papa, mais peut-être qu'on le mettrait dans un joli verre sur la table de sa chambre, quand même.
Il était une maman qui laissait ses pensées errer, sur les chemins. Sa tête remplie d'histoires jamais commencées et qu'elle écrira peut-être, un jour.
Il était une maman qui un jour aperçut une fleur fragile sur le point d'éclore. Comme elle en devinait l'histoire, elle commença à la délier du bout de la plume, d'abord en son for intérieur, et puis sur une page gris-bleu. Les mots posés devaient l'aider à regarder ailleurs. Détacher son regard de la texture délicate de ses corolles, détourner son attention de ce parfum subtil, oublier la douce vibration du vent sur sa tige. Elle essaya, vraiment. Croyant que les circonstances l'aideraient, puisqu'il y avait soudain fort à faire.
Et pourtant.
Il était une maman jardinière qui se surprenait à soigner ses plants. Lorsque enfin ses yeux consentirent à s'ouvrir, elle le vit, lui. Ses regards aigus, ses cheveux bouclés, ses gestes enveloppants. D'un coup le vent en elle s'est levé. Et elle se surprit à le voir menacer de tout emporter, presque sans ciller.
La tempête s'est rapidement déchaînée. Les boucliers se sont levés, un homme s'est armé. Il a tiré.
Il était une maman en guerre, titubant sur un tapis de cendres brûlantes. Il était une maman en ruines, loin de la douce main de sa petite fille, perdue dans une chambre trop froide aux draps trop blancs.
Et pourtant.
Elle n'était plus seule. Elle était restée fidèle à elle-même. Elle demeurait droite et fière.
Il était une maman heureuse au milieu de la tourmente. Et sur cet élan prodigieux, elle prit la main tendue de son amoureux, et se mit en quête d'un toit pour les accueillir tous les trois, ou tous les deux, ça dépendrait des fois.
Et ils trouvèrent, et ils s'installèrent. Sans heurts, ou presque.
Avec le temps des rentrées, ils virent leur objectif atteint. Accueillir en grande pompe une petite fée des toits, pouvoir s'acquitter des mille travaux à accomplir, avoir un espace où se ressourcer.
Où il était une maman, où il était un homme amoureux d'une maman, où il était une petite fille.
Tous trois un peu essoufflés de la traversée de l'été. Parfois pris de vertige devant le paysage qui s'offrait à leurs yeux. De temps en temps pris entre deux feux. Et avec ce bonheur insensé qui leur courait après, et qui n'en finissait pas de les rattraper...


(Merci de vos commentaires, de vos visites, de vos e-mails... J'en suis surprise et touchée. Merci...)
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Samedi 31 mai 2008

Il y a des présences qui vous bouleversent. Et leur manque plus fort que le quotidien et les imprévus tout ensemble, qui s'impose à la fatigue, à la famille. Plus fort que le temps, plus fort que la distance. J'ai prévenu un peu à l'avance et le jour dit, j'ai juste pris l'étui, les partitions, l'appareil photo et le sac à dos, j'ai rejoint la voiture et roulé la vitre ouverte et le soleil pile en face. Il m'a fallu dépasser les vallons dans la brume et parcourir cette terre aride et pourtant fertile. Les couleurs changeaient à chaque kilomètre, c'est toujours beau dans ce coin-là... J'ai éteint la musique en contournant l'étang de Thau pour mieux m'imprégner des courbes douces, des vagues lisses. Le ciel a envahi le pare-brise, la mer couchée dessous. J'allais arriver. La revoir. Enfin...
Elle serait peut-être dans un petit café à la devanture fanée, grifonnant un petit carnet, à moins qu'elle flâne sur le port avec son appareil photo. J'irai d'abord arpenter la plage, saluer cette mer, complice et étrangère, elle qui saurait peut-être m'attraper et m'entraîner, je le sais. On se connaît, alors je ne m'approcherai guère, elle le sait.
J'ai sursauté à un cri haut perché, au contact de deux mains fraîches sur mes paupières. Elle était là, et c'était comme un hasard, comme un miracle, comme un mirage. Il a fallu bien se regarder. La trace d'une ombre derrière ses yeux. L'étincelle dans les miens. Nos mots qui sous-entendent. Nos rires... Bras dessus, bras dessous, nous avons longé la plage frangée de tamaris sous le vent. Elle semblait voler au-dessus du sable, et j'essayais de capturer son image furtive, nourriture nostalgique de mes demains.
Et puis on a trouvé le café à la devanture fanée pour déguster un thé et des chocolats qu'elle avait pensé à prendre avec elle. Les confidences ébauchées se sont complétées des lambeaux de vie qu'on passe loin l'une de l'autre. Nos yeux ont brillé, nos sourires ont tremblé, et nos rires les ont emportés.
Nous sommes ressorties ivres du temps qui nous appartenait encore. Les ombres jouaient avec les persiennes entr'ouvertes, le vent claquait les voiles, les chats somnolaient, les perrons fleurissaient et nous battions le pavé sans autre but que de se perdre un peu pour être encore mieux à deux, dans notre escapade heureuse et égoïste. Chasser la pluie de nos souvenirs. Enfermer les reflets de nous, ceux qu'on gardera au fond, toujours.
On a volé des fruits, on a mangé sur la plage, j'ai joué pour elle quelques Klezmers pendant qu'elle dansait pieds nus dans l'eau fraîche. Et puis on a fait semblant de ne pas sentir la nuit approcher. On a continué de discuter, en marchant pour ne pas que le froid nous rattrape. L'obscurité a enveloppé nos mots, et on s'est dit ce que personne n'avait entendu, jamais.
Plus tard, on se quittera sur un quai et mille promesses. Mon coeur se serrera, parce que je l'ai déjà vue partir et que je sais ce qui m'attend. Je regagnerai mon territoire dans la nuit remplie de ses étoiles. Je passerai des jours dans la spirale de nos souvenirs. On passera des bouts de nuits à nous écrire. Je la soufflerai entre l'anche et le bec, et elle se fera notes, et en fermant les yeux je la reverrai danser. Quand le soleil me fera face je monterai un peu la musique. Et dans tout ça, je serai un peu là, avec toi...

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Vendredi 23 mai 2008
(Ma contribution à l'histoire en Matriochkas - retrouvez le premier et le dernier chapitre ici !)

Chapitre 2

Elle se prit la tête entre les mains. Se dirigea en fulminant vers son bureau, hésita devant la porte puis fit volte-face. Pas la peine d'insister, elle ne voulait pas répondre. Cette histoire n'aurait jamais dû s'inviter dans sa vie, elle voulait la fuir encore un peu, pour se rattraper peut-être de ne l'avoir fait avant... avant qu'il ne soit trop tard...

Sans comprendre comment elle y était arrivée, elle se retrouva dans la rue. Elle marcha comme une automate, avec la clé de sa porte dans la main. Un film se rembobinait dans un coin de sa tête. Ses yeux tournés vers l'intérieur ne voyaient pas les passants ni la rue ni les voitures. Pendant que son corps se fondait dans le mouvement de la foule, ses yeux regardaient l'intérieur de la petite salle obscure dans le méandre de son cerveau où se déroulait en accéléré chaque scène de cette sordide histoire. La rencontre incertaine, la conversation qui se débride, les confidences qui se pointent. Pourquoi diable avait-elle accepté de donner son numéro de téléphone ? Il n'avait pas pris la peine de le noter. "J'ai la mémoire des chiffres", avait-il annoncé. Comment aurait-elle pu deviner ? Plus tard elle s'étonnerait de ne pas réussir à lui soutirer le sien. De l'abonnement en cours de résiliation au portable perdu puis retrouvé mais en réparation, tous ses amis semblaient avoir un téléphone à lui prêter. Il n'appelait jamais avec le même. Mais quand les doutes commencèrent à la titiller, il était déjà trop tard. Sans qu'elle s'en doute, il l'avait embarquée dans un de ces plans obscurs dont lui seul avait le secret. Petit à petit elle avait appris ses combines, ses ficelles. Il avait fini par lui faire confiance et même par lui donner son numéro, au moment où elle comprenait qu'elle n'en voulait plus. Ah, comme elle aurait voulu ne jamais le connaître !

Elle marchait toujours, avec l'impression que c'était tout le paysage autour d'elle qui avançait, comme dans ces dessins animés d'un autre temps dont elle aurait été le personnage immobile. "Une image qui résume bien ma vie" se dit-elle avec amertume.
Elle décida de chasser ces pensées parasites et de rentrer chez elle en profitant du timide rayon de soleil qui pointait, des devantures colorées et des sourires des voisins qu'elle croisait. C'est au moment où elle s'y attendait le moins que la nouvelle la cueillit. Tout près de sa porte d'entrée, alors que ses yeux papillonnaient, elle se figea soudain à la vue de la photo en gros plan du visage honni. Juste à côté de son visage, une mariée en larmes, la robe tâchée de sang.
"Mariage funèbre" titrait le journal à sensation. Elle déglutit avec peine. De deux choses l'une : soit elle nageait dans un délire paranoïaque, soit la situation était encore pire.

Hébétée, elle inséra sa clé dans la serrure. Puis elle se figea. Un frisson glacé courut dans son dos : si ce n'était pas lui, alors, qui essayait de la joindre avec autant d'insistance ?

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Mercredi 2 avril 2008

Je ne sais pas où il est, je ne sais pas qui a eu cette brillante idée ni qui a pris la photo, mais si je savais où le trouver, j’y courrais derechef. Retrouver ces couleurs pour de vrai, enliser mes pieds dans le sable jusqu'à ce que mon souffle court ralentisse mes jambes. Me jeter sur le sable frais, y enfouir mes doigts. Laisser mes cheveux au vent, comme la dernière fois. Je comprendrais que là, le désert ne s'arrêterait pas sur le déferlement des vagues. Le ciel s'épaissirait  au soleil couchant, juste comme sur la photo. Les voiles pressées me dépasseraient dans un sifflement, sans me voir. Ce serait l'heure où les hommes juchés sur leurs chars rejoindraient le campement. L'heure incertaine où ils chercheraient la voile têtue montée au zénith, avant que la nuit les suprenne, et avec elle le froid, la peur, la solitude sacrée du désert. Il en resterait peut-être un pour s'allonger sur un carré de la toile qui l'aurait porté d'un souffle d'air jusque-là. J'imagine sa reconnaissance, ses tremblements, la faim qui tenaille, la nuit entrecoupée, le silence envahissant et la chapelle du firmament. Sous le bivouac, tous les autres, la discussion qui se veut rassurante, on le retrouverait bientôt, demain à l'aube, s'il le faut on partirait tous azimuts chercher le compagnon égaré. Foin de la course, on n'est pas si futile, la nuit au milieu du désert. J'imagine le repas qui plombe, les yeux qui piquent un peu, le feu qui réchauffe les doigts une dernière fois, le sac de couchage et les respirations qui s'assoupissent les unes les autres.
Alors non, je ne sais pas qui a pris cette photo, je ne sais pas qui a pensé ce périple... Mais je voudrais bien d'une téléportation suivie d'une pastille bleue qui me ferait caméléon. Me transformer en tas de sable frais sous le vent, juste pour ce soir, dans ce crépuscule vécu en pensant à Papa, au fin fond de son désert, sous sa voile, ou bien dessus, peut-être...

(Humeur du soir et sablier de printemps, amorce 10 et dernière signée Samantdi... merci, merci, merci...)

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Mardi 1 avril 2008
Notez, je vous prie, que j’aurais résisté longtemps avant de finalement céder sur un malheureux coup de tête hier soir dimanche, aux alentours de minuit. C'est une drôle d'heure, ou un drôle de jour, à moins que ce soit le fait de replonger à cette heure-là ce jour de la semaine ? Toujours est-il que la conjonction de la date, de l'heure et de l'évènement me conduisent invariablement à cette sensation amère de non-sens. J'aurais pu choisir un autre moment. Après ces cinq ans, comment ai-je pu encore ressentir le manque et ses affres, à ne pouvoir différer ce geste tant de fois répété, qu'il est resté machinal, comme ancré dans mon corps ?
Nous sortions d'une répétition, et je terminais un week-end assez souriant pour me faire oublier la semaine grisâtre qui l'avait précédé. (Voyez, mardi, par exemple, cela aurait paru plus logique, après cette réunion désastreuse, ces mots malheureux et la porte qui se referme en claquant... mais non, j'ai bien eu une petite pensée coupable, je l'avoue, mais pas l'intention de la mettre à exécution.)
Dimanche soir après la répétition, rien n'aurait pu anticiper mon geste insensé, ce mouvement du poignet vers Alex qui sortait son paquet, son regard surpris, ses yeux navrés qui prolongeaient un "Non..." secoué de la tête... Mon regard en réponse, la moue de ma bouche. Le scénario muet s'est reproduit encore une fois, puis le frottement du briquet m'a offert ma première taffe depuis cinq ans.
Il n'y a pas idée de se remettre à fumer un dimanche soir, sous une lune ronde, alors qu'on sort d'une répétition de théâtre... Mais comme on ne sort jamais réellement des filets d'une ancienne addiction, je crois que je me suis prise au piège de mes tentatives d'évasion, de cette confiance en ma résistance qui s'est tissée après les premières semaines de sevrage, et du quotidien répétitif. J'ai baissé la garde sans m'en apercevoir, et je fumais avec délices une clope râpeuse qui allait me tatouer cette odeur honnie entre toutes pendant plusieurs heures.
Je ne suis pas fière de moi. C'est pourquoi cette fois, j'ai décidé en pleine conscience de la date à laquelle je m'autoriserai à replonger mes doigts dans un paquet et à porter leur butin à mes lèvres.
Ce sera dans cinq ans, un dimanche, et à minuit.

(Amorce 9 par Samantdi du Sablier du printemps.)

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Lundi 31 mars 2008
Et puis un jour, on ose relever la tête. Enfin, pour moi, cela s’est traduit comme cela : j’ai commencé à arpenter la vie en ne contemplant plus le sol, courbée que j’étais sous le poids de mon encombrant boulet, mais redressée, regardant les autres dans les yeux, et l’horizon vers lequel j’allais... Il était tel que je l'imaginais, tel que je le voyais dans les films ou que les livres me le décrivaient - l'horizon. Aussi droit et stable que j'étais voûtée et tremblante. D'un coup, en me redessant de toute ma hauteur, je le vis. Et lui, aussi. Il me dit que la vie était là, tout autour de moi, et qu'il ne servait à rien de regarder constamment ses pieds. J'avais tout à réapprendre. La couleur du ciel, les bruits de la rue, le contact de la pluie sur mon visage... J'ai acheté un appareil photo parce que même en me tenant bien droite et les yeux grands ouverts, je n'arrivais à voir qu'une partie de la scène qui se déroulait sous mes yeux. N'écoutant que mon instinct, je photographiais à la volée chaque instant qui m'arrêtait. Plus tard je découvrais sur un écran lumineux les mille détails de cette vie que j'arpentais.
C'est ainsi que j'ai croisé un jour le regard de ma boulangère. Sur une photo floue, son visage apparaissait comme voilé d'une tristesse insondable. J'ai commencé à lui sourire dans les yeux, en lui commandant ma baguette. La première fois, elle ne répondit pas, gardant son visage triste et ses yeux un peu perdus. Mais déjà, j'avais envie de recommencer. Au fil des jours, elle se dérida. J'avais l'impression que nous nous offrions à chaque fois une minuscule étincelle de joie.
Je n'en avais pas tout à fait conscience, mais après l'horizon, les arbres et la ville, je commençais à voir les autres...
C'est à ce moment-là que tu m'es apparu, je veux dire, tel que je ne t'avais jamais vu. Quand avais-je cessé de regarder ces yeux ? D'un coup ils me transperçaient comme des rayons laser. Pourquoi t'imaginais-je si grand ? Je ne serais pas si perdue que ça entre ces bras. Il n'y a que tes mains qui me semblaient familières. C'est peut-être pour ça que ce fameux après-midi, j'en ai pris une dans la mienne. Ton regard m'a perforée. Je ne savais plus que sourire, pourtant j'ai dû arrêter, parce que tu étais en train de m'embrasser...

(Troisième participation au Sablier du Printemps de
Kozlika, sur l'amorce 8 qui nous vient d'Agaagla. Merci à toutes les deux !)

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