le monde merveilleux de l'association (2)

Publié le par Caco

Pauvres lecteurs. Je vous ai laissé de longs jours dans un suspens terrible, je suis vraiment une blogueuse sans pitié.

Comme promis, j'en reviens donc à ces séances de réunions en petit-moyen-grand comité, ça dépend des fois... Parce que, il faut le savoir, la vie d'un bénévole est celle de Madame-Monsieur Toutlemonde en cela qu'elle lui laisse parfois peu de temps pour s'investir dans les projets personnels. Et les travaux associatifs s'inscrivent naturellement dans cette catégorie-là.

Mais les rythmes minimums des réunions sont en général prévues dès la fondation de l'association, alors les réunions ont lieu même si certains seront absents, et même si (au hasard) la Trésorière broie du projet noir ou le Président est de méchante humeur. Charge aux autres membres de prendre le relais quand ils le peuvent, ou de se caser dans un coin de la pièce en prenant consciencieusement des notes inutiles. La plupart du temps, toutefois, chacun vient pour travailler et y met du sien... Réflexions pertinentes ou redondantes, questions timides, avis tranchés, tableaux nuancés et longues digressions de ceux qui ont besoin de parler.
Il n'est pas rare que les réunions s'étirent tard dans la nuit : elles commencent en général après les heures de bureau, à l'heure précisée sur les convocations (plus un quart d'heure).
Le/la Secrétaire a pour mission de prendre des notes. Le compte-rendu est LE document qui indique à tout un chacun les décisions concernant l'ensemble de la structure. Un rôle clé, et assez délicat puisque la prise de note cohabite difficilement avec une éventuelle participation au débat.

Mais revenons-en à ces décisions cruciales, souvent prises entre 23h30 et minuit 10.

Supposons que l'ordre du jour est simple et que la situation de l'association n'est pas difficile (schéma qui se raréfie, mais supposons). Quelques questions, de longs quarts d'heures de digression et tout le monde est d'accord à la fin, le compte-rendu comprendra une page recto, tout va bien dans le meilleur des mondes.

Maintenant, imaginons que l'ordre du jour est complexe mais que l'association n'est pas sous le coup d'une menace quelconque. Les Administrateurs se sentent confortable tout de même, posent quelques questions, s'émeuvent de la difficulté d'appréhender certaines notions et illustrent copieusement le tout de leurs anecdotes personnelles. Il n'est pas rare que des petits groupes discutaillent entre eux des nouvelles du petit dernier ou du copain qu'on n'a pas revu depuis, houla.

Un exemple de ce type de réunion : l'élection du Bureau. Qu'es aquo le Bureau ? C'est un groupuscule d'Administrateurs qui se donnent pour mission de préparer le terrain des décisions. Présence sur le terrain, analyse des situations, proposition d'outils ou de solutions... A minima, on y retrouve un(e) Président(e), un(e) Trésorier(e) et un(e) Secrétaire. Dans la troupe des gentils bénévoles prompts à nous labourer un coin de terre qui fera la vie plus belle, ils sont un peu comme des experts supposés et généralement de peu d'expérience... quand ils en ont.
Et puisqu'ils se proposent de se rendre disponibles plus souvent que les autres, ça ne se bouscule pas au portillon !

Mais revenons à nos réunions de Conseil d'Administration et évoquons à présent le cas où l'association est menacée. La menace peut prendre diverses formes : suppression d'outils (subvention ou local ou personnel détaché), conflits avec les employés (ou entre eux), missions qui ne sont pas remplies... Un nuage plane sur le coin de terre patiemment manié par toutes ces énergies conjuguées. L'ordre du jour n'est alors jamais simple, les participants ne sont pas à l'aise dans leur place de décisionnaire, la peur se propage, les attitudes-réflexes se révèlent et les divergences d'opinion apparaissent.
De ce que j'ai vu (en tant qu'Administratrice voire membre du Bureau, puisque les employés sont rarement conviés aux CA ou alors à titre consultatif, donc sans pouvoir voter les décisions) l'opinion du Bureau est souvent suivie, pour peu que celui-ci prouve son expertise "terrain". Au mieux elle sera tempérée, on demandera un complément d'information et on diffèrera telle décision. Mais on peut difficilement contrecarrer d'un bloc l'avis d'un Bureau au risque de voir les démissions tomber.

Et c'est là,  amis lecteurs, que le con-s'en-sus entre en scène.

Un tel est en désaccord mais son temps est compté et il ne peut prétendre faire le travail à la place du Bureau. Au mieux il le dira, avec forces précautions. Au pire, il se renfrognera sur son fauteuil en acquiesçant à contre-coeur. Telle autre est ulcérée par des orientations contraires aux missions statutaires de l'association, mais ne veut pas affronter la personnalité ténébreuse de la Présidente.

Alors un tel et une telle rongent leur frein, se disant qu'ils trouveront bien un autre moment où exprimer leur potentiel humain pour mener à bien ce qui leur semble juste. Tel autre osera peut-être une idée audacieuse, qui fera peut-être son chemin dans les esprits, mais en attendant chut, on n'écrit rien, ça reste entre nous et on y réfléchit.

Le Secrétaire pondra, plus ou moins rapidement, un compte-rendu tout rond et sans nuance : le CA est réputé en accord avec ses propres décisions.

Et le CA, dans toute association, c'est le chef. Ce qui peut surprendre quand on connaît les autres structures du secteur privé : il n'y a aucun organigramme hiérarchique, les décisions relèvent toutes de ce collectif d'Administrateurs.
Au jour le jour, pour les presque 2 millions d'employés du secteur associatif français, l'équation se résume donc à :

Administrateur = Chef

C'est là que ça devient juteux... On peut croiser un nombre considérable de chefs dans une même journée, chacun donnant des directions allant de difficilement conciliables à carrément contradictoires. Et quand un chef met à mal notre travail et/ou la façon de le réaliser, il est inutile d'opposer la bouche en coeur "Mais Machin m'a demandé de faire ça c'est pour ça que je l'ai fait !". On vous renverra au compte-rendu du CA du mois n-8, ou à l'absence de ce type de travail sur votre fiche de poste...
Pareil quand on veut vous voir réaliser un travail titanesque en complet décalage avec les moyens dont vous diposez pour ne serait-ce qu'y songer sans plonger dans un moment de pure panique. On essaiera de vous avoir à l'usure avec force raisonnements, puisque tout ça c'est pour le bien commun, donc pour votre bien ; on fait appel à votre conscience du travail bien fait, voire à votre militantisme... Un jour quelqu'un m'a même dit "On l'a pas écrit mais on l'a dit !".

La mauvaise foi est polymorphe et tu n'auras jamais raison, jeune Padavoine* !
Le CA ne lèvera pas les mauvais lièvres des con-s'en-sus parce qu'il faut que le CA reste soudé, et tu en feras les frais !
Sus au con qui ne l'eût su !

Travailler dans une association c'est aussi fouiller les sous-sols peu ragoûtants d'une terre aux relents parfois nauséabonds, c'est suivre les sillons tortueux de qui ne veut pas perdre la face devant son employé.
Travailler dans une association c'est être forcément plus compétent que tes chefs.
Travailler dans une association c'est avoir une bonne douzaine de chefs, voire plus, et être souvent tout seul, voire pire**.

Travailler dans une association, c'est tout ça. Tout ça, aussi...


* (c) Mamzelle, qui a tout compris en quelques jours, elle.

** A titre d'exemple votre humble rapportrice cumule en ce moment les avantages d'un travail à temps partiel aux responsabilités élargies, d'un salaire rikiki et d'une collègue aussi délicieuse qu'une moissonneuse-batteuse.

 

Publié dans les yeux ouverts

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François 17/10/2009 00:21



De passage sur ton blog à l'invite de quelqu'une, je ne résiste pas à l'envie d'intervenir…


Alors là, chapeau pour la photo : les consensus mous, la foire aux chefs, les décisions les plus importantes entre 23h30 et minuit. Les recoupements multiples d'influences, les collèges de
bénévoles, les collèges de membres de droit, les administrateurs importants et jamais là. Les mecs et les nanas motivés qui ont de la gueule, mais pas de mains. Les copains qui ne veulent pas se
froisser, mais qui se déchirent.


Bref, l'inénarrable bordel ambiant…


Cependant, je préfère ce merdier au système de primogéniture mâle de notre famille princière nationale.


Et puis, ça fait 15 ans que je vis un drôle de truc qui, pour être bousculé dans sa survie par la logique des marchés publics, n'en reste pas moins vivant. 


C'est une association qui prend ses décisions et fonctionne sur le mode de la démocratie directe. L'assemblée générale est souveraine et composée de salariés et de non salariés. Le CA et le
bureau ne comportent que des membres élus, qui ne sont pas salariés, mais ne se réunissent jamais hors de l'assemblée générale mensuelle. Le vote se fait à bulletins secrets, et non à main levée.


Les soucis d'une telle organisation sont différents. Probablement moins radicalement absurdes…


Mais finalement, même avec une telle force, nous en venons aussi à patiner. Le frein est le suivant : le pouvoir est assez parfaitement identifié au pouvoir de faire. Chez nous, ouvrir sa gueule
ne sert pas à grand chose, si ce ne peut être suivi d'actes ; mais, du coup, d'aucuns hésitent à l'ouvrir : c'est donc le silence et la peur de se saisir de l'action qui nous sidèrent parfois. Au
moins, on ne peut pas se cacher derrière de futiles débats, et on ne peut non plus s'en prendre à une autorité extérieure, un manitou quelconque. Si ça merde, c'est nous, et nous seuls. Le
recours à un avis extérieur ne devient utile que lorsque nous sommes prêts ensemble à agir et réagir. Notre organisation empêche toute attribution causale externe, et aussi toute attribution
causale interne ; la ressource est clairement située dans notre capacité actuelle de relation.


Ce "monde parfait" se vide à intervalle régulier de son sens lorsque nous sommes épuisés, lorsque nous sommes trop peu nombreux à adhérer en actes.


Mais, je l'atteste, il est possible de débarrasser l'association de sa gangue de bienséance, et de la rapprocher de la capacité à réaliser ensemble. Il faut juste le savoir et l'expérimenter un
peu pour avoir envie d'y revenir.


Comme ce blog, d'ailleurs.


À plus !



Caco 11/01/2010 10:27


Punaise François MERCI de ce commentaire. Je crois bien que je t'ai relu cent fois !
D'abord, parce que j'ai bien rigolé, c'est si "vrai" comme tu le décris, ce "bordel" !
Ensuite, parce que justement c'est si vrai.
Et puis aussi parce que l'idée de fonctionner différemment ne vient pas de soi, et que ça ouvre des perspectives (je crois que je ne suis pas loin de récidiver en matière associative, de toute
façon je suis dedans au moins pour 5 ans, en tous cas je l'espère, avec l'école de Mamzelle, bref).
A la lumière de nos échanges de cet été, j'analyse aussi mieux ce qu'il se passe ici, le démontage pierre à pierre du projet par la municipalité, le poids du temps qui a passé sur les
contradictions larvées, et l'explosion (sans bruit parce qu'ici...) finale du collectif. En tous cas, pour ma part, je n'en suis plus...
Et il m'aura fallu tout ce temps pour le mettre en mots, la vache.
Pardon d'avoir été si longue à répondre.
Et merci encore de ce partage si riche.
La bise à toute la famille :)


Akä 12/10/2009 13:32


Ben en tant qu'administratrice, ça pose des jalons de te lire!


Caco 12/10/2009 15:56


N'talo : Ah oui tu me trouves enthousiaste !? Pour te répondre, suivant les périodes et les assos, j'ai été bénévole, administratrice, Trésorière (ou adjointe), et employée...
En ce moment je suis employée par ici et bénévole par là et par là-bas aussi ;)
(Mais à part ça, je n'en vaux pas deux, pas ces jours-ci - j'aurais plutôt dit même pas la moitié d'une :/ )

Akä : Si ça peut servir les réflexions... Ce rôle qui est tien n'est pas évident, j'en ai conscience aussi pour l'avoir pratiqué.


n-talo 10/10/2009 09:59


un bel enthousiasme !
et là je me dis, une femme avertie en vaut-elle deux ?
... c'est toi maintenant qui mitonne ?