Vendredi 13 avril 2007 5 13 /04 /Avr /2007 22:07

Quand je travaille (comprendre quand j'exerce une activité salariée), voilà ce qui se passe :

On respecte mon activité professionnelle
Mes compétences semblent faire partie de ma personne, et paraissent naturelles et indiscutables (sauf rare cas de conflit important, ce qui ne m'est jamais arrivé)
Certains admirent, ou envient, mes responsabilités
On me parle normalement - je veux dire comme à une adulte en pleine possession de ses facultés mentales
On me fixe des objectifs à peu près réalisables, ou au moins en partie
Je peux même les négocier un tantinet
Seul mon supérieur hiérarchique se permet de mettre en doute ouvertement mon appréciation d'une situation
Il me fait ce genre de remarques en privé
Pareil s'il veut me remonter les bretelles

A part ça :

Sauf projets particuliers ou réalisations imminentes, j'ai le temps de prendre une pause pour déjeuner, et même une ou deux de plus pour un café
Mon travail peut être interrompu de temps en temps par le téléphone, une demande urgente, un ordre émanant des instances supérieurs
On se montre reconnaissant de mes investissements horaires et humains
On apprécie mon sourire, que l'on me rend
Du coup, je peux demander un service, ça passe toujours tout seul
Lorsque je suis débordée, mes interlocuteurs font en sorte d'attendre pour me demander de travailler sur les dossiers moins urgents
Je peux espérer une valorisation (quelle qu'elle soit) de mes efforts
Si cela ne vient pas, je peux manifester mon mécontentement, signer mon désaccord par un reconcement à certains sacrifices, voire même démissionner

~

Et quand "je ne travaille pas" (comprendre, quand je reste à la maison à m'occuper de la merveilleuse petite fille que j'ai conçue avec mon homme), vous savez ce qui se passe ?

Je remets tout en question et tout le temps (puisque je suis tout le temps avec l'enfant) parce qu'il faut s'adapter aux besoins d'un tout-petit et que c'est bien connu, un tout-petit ça grandit vite
Pour cela, outre les approfondissements personnels et la mise à jour de certains blocages, je dois effectuer des recherches auprès de spécialistes éclairés (une fois que je les ai repérés)
Je compulse les lectures, j'échange et je discute, au prix parfois de dévoilements douloureux
Je n'ai parfois pas le temps de manger
Une pause ? Ça s'écrit comment déjà ?
Je repousse mes limites physiques et mentales, et acquiers une résistance que je n'aurais pas cru détenir un jour
Les objectifs tacites de ma mission sont impossibles à remplir tous en même temps et sur une longue durée
Je suis tenue pour responsable de tous les cafouillages, grains de sable dans l'engrenage, pleurs, cris, maladies, bobos...
L'indulgence a disparu du vocabulaire de mon entourage, parfois même la plus élémentaire des compassions

Et pourtant,

Je deviens soudainement et assez miraculeusement je dois dire, une incompétente frappée d'irresponsabilité évidente
Mon environnement immédiat se donne donc pour mission de m'inculquer les bases de la vie, pauvre mère que je suis
On souligne bien en ma présence que les tâches subalternes comme accompagner la prunelle de mes yeux dans l'aventure de la vie, ou garantir à cette graine d'avenir le respect de ses besoins élémentaires, peuvent être déléguées à des inconnues aux compétences et motivations floues (en tous cas pour une non recruteuse)
Aux yeux de tous je suis censée être corvéable à merci dans l'enceinte de ma maison
On me parle souvent comme à une débile mentale
Les remarques sont acerbes, pleines de certitude, et toujours en ma défaveur
Elles jaillissent de préférence devant un auditoire pris à parti
Je n'ai pas le droit de me plaindre, après tout j'ai voulue l'avoir, ma fille, alors quoi !

~

Dans les faits, aujourd'hui, je retire de cette expérience la satisfaction d'être allée au bout de mes convictions. Je constate par ailleurs que je suis plus capable d'adaptation que jamais, plus sûre de moi aussi : les remises en question m'ont grandement permis de mieux me connaître - et ça sert bien, quand il faut se rendre disponible pour quoi que ce soit, et aussi pour mieux être en relation avec l'autre -, la notion de gestion du stress me fait sourire, je suis sereine quasiment en toutes circonstances.

Je me suis lancée dans ce billet sur une suggestion de Mema, et je ne savais pas que j'avais autant à dire ! Et je précise que je ne livre pas une étude comparée, mais ma seule expérience, vue par mes yeux. Par contre ce qui me paraît évident, c'est que la maternité est un atout qui permet l'ouverture à des capacités personnelles élargies, et qu'il est absurde qu'elle soit vue autrement par un recruteur.
Pour ce qui est de l'environnement, j'ai un temps cru que la vision d'un bébé peut rendre fou. Des passants venaient mettre leurs mains sur la joue de mon bébé, posé au creux de ma poitrine dans l'écharpe. Certaine digne aïeule devenait une hystérique incontrôlable à la vue de ma fille. Et non, cela ne me rassurait pas sur sa capacité à tenir ma fille dans ses bras. D'ailleurs même à 3 mois ma petite manifestait vivement son désaccord. Alors pas touche, parce que je mords.
Par contre un truc qui m'aurait rendu service, c'est qu'on me prête, de temps en temps, une oreille attentive et non jugeante. Qu'on me laisse pleurer un coup, parce que je me serais sentie mieux après. Même sans rien dire, sans se fatiguer à me chercher des solutions, surtout pas... juste être là pour entendre mon âme palpiter.
Enfin bon, je sais aussi être une lionne, après tout c'est à eux de voir.

Et aussi, je revendique le droit me plaindre de tout ça parce que tout le monde devrait pouvoir s'exprimer, quelles que soient les circonstances. Pourtant lorsque je souffrais j'en faisais part à un groupe de mamans, me sentant incomprise ailleurs.
Et j'ai fini par envoyer promener sans ménagement les conseilleurs et autres regards peu bienveillants. Ce sont des services dont je me passe, merci.

Malgré tout, mon choix s'est affirmé dans ce climat, le temps que Mamzelle grandisse. Et je vais vous dire pourquoi : ce matin, nous avons laissé notre petite fleur pour la journée à des personnes dont nous ne connaissons même pas les prénoms. Ça va qu'elle a 3 ans et que nous sommes sûrs qu'elle nous le dira clairement et sans attendre, si cela ne lui convient pas...

Avant, cela nous a été impossible.

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Commentaires

J'imagine bien, quand tu est mère au foyer, tu n'as pas le droit de te plaindre...après tout, tu l'as bien voullu, et c'est zen comme job (houps! pardon, ce n'est même pas un job...)


Merci pour ces reflexions...bises et bonne nuit

Commentaire n°1 posté par Mema le 14/04/2007 à 01h22
Bises aussi :)
Réponse de Caco le 15/04/2007 à 09h58
je l'avoue, je n'ai pas tout à fait tout lu ... une diagonale ... trés intime ce billet ... mais me rappelle tellement !
j'avoue, j'ai 45 ans, mes filles ont 14 et 17 bientôt (des ado !) et j'ai enfin le sentiment d'être, il m'a fallu beaucoup, beaucoup de temps pour me construire, me comprendre et cicatriser les plaies de l'enfance
biz caco
bien à toi
Commentaire n°2 posté par n-talo le 14/04/2007 à 15h13
Ah oui tu trouves ce billet intime ! Je n'ai pas eu ce sentiment en l'écrivant... comme quoi ;)
Bises à toi aussi
Réponse de Caco le 15/04/2007 à 09h59

salut caco,


dans tes billets qui parlent de vie professionnelle, j'ai tjrs l'impression que tu culpabilise... il y aura tjrs des "bons penseurs", des donneurs de leçons... allier maternité et vie professionnelle n'est pas simple... laisse dire les gens, tu sais ce que tu fais, et pourquoi, il y aura partout et toujours des rabats joie. laisse les dire, c'est sans importance.


tu as choisie (enfin d'après ce que j'ai compris), de rester près de ta fille pendant ses 1° années, et personne n'a le droit de te juger pour cela, me semble t il.


mais je comprend tt à fait ce que tu décris (le manque de reconnaissance social)


 


si je peux me permettre un conseil, assume pleinement ce choix (s'il est vraiment un choix), prend de l'assurance et revendique le haut et fort.


j'ai connu des stages "retour à l'emploi" anpe aussi, où nombre de femmes (d'un certain âge souvent), devaient retourner bosser après des dizaines d'années "au foyer", elles avaient l'impression de n'être bonnes à rien... pourtant elles avaient de sacrées compétences (souvent investies dans des associations, elles avaient un bon sens de l'organisation, de l'efficacité, de l'écoute, du partage des tâches par ex. ...), sans en avoir conscience...


juste un petit bémol pour ta description du "supérieur hiérarchique" (idéal?)... j'en ai jamis trop souvent connu des commes ça dis donc (rires!!)!! :)


bonne continuation à toi, quel que soit la voie que tu prends.


 

Commentaire n°3 posté par laurette le 14/04/2007 à 17h53

Je me suis toujours sentie déchirée entre mes préoccupations d'avenir (professionnel) et mon goût pour le travail d'un côté, et ce que j'estime devoir faire, en toute conscience, de l'autre.

Depuis toute petite j'ai appris que dans la vie il fallait travailler parce que sinon c'était une infâme galère. Qu'on ne pouvait pas se reposer sur l'autre, parce que l'autre, parfois, il changeait (j'ai vécu plein de divorces, 5 pour mes deux seuls parents). Et aussi, bêtement, j'ai adoré travaillé, ça s'est presque toujours bien passé, et c'est un domaine dans lequel je semble compétente, adaptable... alors qu'en tant que mère, c'est brouillard, remises en questions permanentes, doutes... Bien plus difficile, bien plus riche aussi.

Ce n'est pas tant le regard des autres, mais les questionnements auxquels ils me renvoient, certainement. Ou peut-être que c'est l'inverse qui se produit : ils ressentent en moi cette tension, ou la devinent (ils me connaissent un peu quand même) et comme nous sommes affectivement très liés, ils vont s'engouffrer dans la brêche par inquiétude pour moi...

Reprendre le travail après une dizaine d'années d'arrêt, je crois que cela me ferait peur. Pourtant, nous voudrions bien avoir d'autres enfants, et pas forcément dans 5 ans... Toujours en tension, finalement ;)

Merci Laurette de me permettre d'exprimer tout ça :)

Réponse de Caco le 15/04/2007 à 10h05
Le plus difficle n'est-il pas le regard d'autour ?... Et ce genre de petites phrases assassines de ceux qui savent, forcément, et qui veulent dire sans dire vraiment :"tu n'as pas l'impression que... ? Si c'est trop dur, retourne travailler !". Ce n'est pas Trop dur, c'est juste un peu difficile et pas tous les jours, juste quand les heures dérapent sur ma fatigue et que personne ne semble content.
Ce qui est bon pour l'un, pour l'une, ne le sera pas pour l'autre... et souvent on trouve les solutions quand les problèmes ne se posent plus...
J'en connais un qui comprend tout ce que je dis et tout ce que je tais : c'est mon blog et je ne sais comment j'ai pu me passer de lui durant toutes mes années d'apprentie maman... Bientôt 10 ans de "congé parental"... J'aime bien le mot "congé" même si je ne le croise pas souvent...
Commentaire n°4 posté par cécile le 14/04/2007 à 20h03

J'ai remarqué aussi qu'on me proposait toujours l'acceptation d'un échec plutôt que des pistes pour mieux réussir ce que j'avais décidé d'entreprendre, coûte que coûte.

Et je te rejoins : vive les blogs ! :)

Réponse de Caco le 15/04/2007 à 10h08

Bonjour Caco, je trouve ton analyse très intéressante... Quand on est au foyer le regard des autres est parfois un peu critique, mais je crois qu'il faut dépasser cela...L'important est d'être bien dans ce qu'on fait, sachant qu'il y a des hauts et des bas dans chaque "métier". Nous ne sommes pas parfaites !

Commentaire n°5 posté par Enid le 16/04/2007 à 09h33

Bonjour Enid, et bienvenue par ici :)

Je crois que je n'ai jamais été "bien" au foyer. Je n'avais de cesse que de m'interroger sur mon avenir (le fameux "qu'est-ce que je ferai quand je serai grande ?"), et il y avait l'isolement, et ma petite qui a toujours beaucoup pleuré/crié...
Quant aux regards, réflexions et toutes les attitudes que je décris dans ce billet, ils datent d'avant même mon congé parental (qui n'était pas prémédité : je devais reprendre le travail aux 5-6 mois de ma fille). Juste après la naissance en fait. Et même, en y réfléchissant bien, ça a commencé pendant la grossesse. J'ai été réputée, semble-t-il, en perte totale de connexions neuronales et de maturité. Je me suis sentie infantilisée, on m'a sermonnée, on m'a même dit un jour comment je devrais vivre telle ou telle situation (comme si on choisissait, je suis morte de rire). Quand on est habituée à des responsabilités importantes, à travailler tous les jours depuis 10 ans dans une atmosphère respectueuse (dans l'ensemble), quand on a eu pour habitude de récolter les fruits de son travail, quand l'équité a régné, qu'on a donné et reçu, dans des rapports d'adulte à adulte... c'est super difficile de renoncer à ça et de voir ceux de ta (belle-)famille qui t'estimaient avant (pour ton statut social, peut-être, je ne me fais pas d'illusions non plus), soudainement te prendre de haut et te faire la morale... Je n'ai pas pu, je ne veux pas, le supporter. Et maintenant, ils sont au courant ;)

Tu parles très justement des hauts et des bas ; il est vrai que rien n'est linéaire dans la vie (ça serait moins drôle peut-être ? ;) ). Et il s'avère que je n'ai pas eu beaucoup de hauts dans les deux premières années et demie auprès de ma fille. C'est ainsi, j'ai fait de mon mieux et elle aussi, et nous sommes très heureux aujourd'hui, et c'est ça qui compte :)

Je n'ai pas trop de problèmes, je crois, avec mon estime personnelle. C'est peut-être pour cela que je refuse de me laisser traiter mal (pour ne pas dire maltraiter). Je n'en ai pas dit beaucoup ici (juste un billet, il y a longtemps), mais certains sont allés assez loin hélàs :(

Ce n'est pas, dans mon cas, qu'un regard à dépasser. Il y a eu tour à tour non-assistance à mère en détresse psychologique, mépris d'un épuisement profond, dureté incroyable dans une situation de grande vulnérabilité, et enfin, le pompon, propos insultants. (Parce qu'en plus, j'ose dénoncer ce qui ne me convient pas, j'ose me défendre et renvoyer à l'expéditeur ce qui ne me concerne pas. Impensable.)

La page se tourne, petit à petit. J'ai pardonné, mais mon affection est perdue pour certains. Pour les blessures, j'en prends soin. J'ai appris à faire cela toute seule, si besoin...

Merci de ton passage et de ton commentaire, Enid.

Réponse de Caco le 16/04/2007 à 22h10
Plusieurs réactions:

1) si ça ce passe vraiment comme ça quand tu travailles, tu as de la chance d'être dans un environnement professionnel très agréable

2) je me suis demandé si tu n'exagères pas un peu dans cette comparaison, mais après tout c'est ton expérience, et moi je ne suis qu'un mec sans enfant, donc je me dis que tu as raison

3) je me dis qu'il faut revaloriser le rôle de mère, pourquoi pas avec une aide financière? Une sorte d'Assedic pour la mère qui pourrait travailler mais choisit d'élever ses enfants (ou pour le père qui ferait la même chose). Après tout, l'éducation des enfants, c'est primordial pour l'avenir, mieux vaut le faire bien. Donc, dans une société basée sur l'argent, où tout se paye, je trouve que bien élever ses enfants devrait être rémunéré.

4) le nom même de "femme au foyer", je le trouve dévalorisant, vieille France. Ca implique que la femme, à l'inverse de l'homme, reste dans la maison, l'agréable cocon, tandis que lui va trimer.

Qu'en penses-tu?
Commentaire n°6 posté par thomas hawk le 16/04/2007 à 17h43

(Je suis désolée de ces réponses-fleuves, ça va, vous êtes toujours là ? ;) )

Pour te répondre dans l'ordre :

1/ J'ai travaillé 9 ans dans une entreprise auprès de directeurs humainement très riches et généreux (deux d'entre eux sont restés des amis. Dont un à qui je suis très attachée, une grande amitié). La question du respect ne se posait même pas. Tout n'était pas rose, bien sûr, j'ai notamment choisi des orientations qui ne me correspondaient pas, j'ai connu des conflits importants avec des collègues, mais pas avec des supérieurs. Et personne ne m'a jamais traitée comme ce que je décris plus haut, dans l'enceinte de cette entreprise. Ou alors pas longtemps.

2/ Disons que j'ai cité plein de faits choisis, et qu'entre deux, je me suis entourée d'amies qui m'ont soutenue, et au contact de qui j'ai appris beaucoup. D'ailleurs ça continue, elles sont tout près de moi, et elles se reconnaîtront :)
Mais je n'ai ni raison ni tort, c'est ce que j'ai vécu, comme je l'ai vécu, et l'expérience est à n'en pas douter unique.
Cela dit, pour en avoir discuté avec d'autres mères de ma génération, l'infantilisation se perpètre à bien des niveaux, notamment sur le plan médical. Entre autres extrémités traumatisantes, t'as intérêt à être une gentille fifille le jour de l'accouchement, et à pas faire suer papa docteur, sinon tu vas morfler :( (mais là je ne fais que rapporter de nombreuses expériences que l'on m'a confiées, je n'ai pas eu pour ma part à supporter cela)

3/ Je pense qu'il faut aider les mères proportionnellement à leurs besoins, ça oui. Mais aussi, surtout, les informer correctement sur tout ce qui fait qu'un bébé n'est pas forcément cher (allaitement, couches lavables, hygiène naturelle, ou même dire haut et fort que les couches bon marché sont moins toxiques pour les parties génitales des bébés, que celles qui absorbent 15h d'urine et ne font que 1 cm d'épaisseur, etc.).
Je ne pense pas (et cela n'engage que moi) que l'on doive rémunérer les mères sur le principe du salariat, d'abord parce qu'élever un enfant, ce n'est pas tout à fait un travail, c'est beaucoup plus de temps et d'énergie (et du coup pour mon cas, une rémunération "honnête", basée sur la valeur de mon travail salarié de base, dépasserait les 2000€ nets mensuels), ensuite parce que je ne suis pas sûre que la France, par exemple, puisse supporter plus que ce qu'elle donne déjà (500€ par mois pendant 3 ans, sous réserve que tu aies déjà travaillé je-ne-sais-plus-combien-de-temps avant, ce qui est très injuste pour les mamans très diplômées), enfin parce que c'est aussi ça le fond du problème : la valorisation du travail passe par ce qui tombe à la fin du mois.

Je ne suis pas d'accord. Pour moi, ce qu'il faudrait, c'est surtout faciliter le retour à l'emploi des mères qui ont arrêté longtemps de travailler pour préparer l'avenir de tout le monde (on fait des enfants, donc des futurs travailleurs qui cotiseront !). Et c'est une question de mentalité, parce qu'on s'imagine qu'une personne restée longtemps sans emploi a perdu l'habitude de travailler, ou qu'elle se déconnecte, part dans une autre planète, peut-être.  Alors que c'est tout l'inverse ! Les enfants, c'est du réel, bien plus que le boulot (en tous cas tous ceux que j'ai pratiqué !). Les employeurs ne voient pas les ressources multiples qu'on développe au travers d'une telle expérience. Et c'est dommage parce qu'ils pourraient les utiliser au service de leur entreprise.
Et ce qui est encore plus étonnant, c'est que ces personnes ont parfois à leurs côtés une femme qui a arrêté de travailler pour "élever les enfants" (on fait plus que ça en assumant aussi la logistique de sorte à préserver les fins de semaine aux loisirs).

Je connais des parents aux moyens très chiches qui ont pu - difficilement certes - accompagner comme ils le souhaitaient leurs enfants. Au prix de sacrifices financiers énormes. Je trouve cela injuste (et absurde) que cette mère ait du mal à retrouver du travail après tout ce qu'elle a appris à gérer entre-temps.

(Une petite précision au cas où, je ne dis pas qu'on ne continue pas à apprendre en travaillant au lieu de s'arrêter pour élever des enfants, je dis juste qu'on explore et qu'on développe aussi des compétences très riches en "ne travaillant pas".)

4/ "Femme au foyer"... il doit y avoir mieux, c'est sûr. Mais quand j'étais ado on disait "sans profession". Le déni total, le non-lieu, l'absence sociale. Il est clair que mon expérience (pour ne parler que de ce que je connais) n'a que peu de lien avec le lieu où elle s'est déroulée. La photo, je ne l'ai pas apprise dans l'appart. Les mondes à refaire, le travail sur moi, je ne les ai pas abordés depuis un cocon... par contre beaucoup de ces richesses me sont venues d'internet.
Donc pour ma part, je dirais "femme qui reste auprès de sa fille, et s'échappe sur le net" ;)

Réponse de Caco le 16/04/2007 à 22h39
merci caco pour cette note, elle me rassure bcp ...j'ai ce sentiment affreux de tt le temps être jugée pour ce que je fais mal avec mes enfants, il y a tjs une bonne âme (pour pas dire bonnasse) pour me dire comment faire ...ce n'est même plus du droit à l'erreur ...parce que pour moi il n'y a pas erreur, il y a différence, si je donne du chocolat à mes filles c'est mon choix et ça en fait hurler d'autres ...que soit dit en passant moi même je respecte ... chacun fait du mieux qu'il peut et avoir le droit de se plaindre sans recevoir une leçon devrait être inscrit au code de bonne conduite!! merci pour cette note encore!
je pourrais en prendre un extrait et le publier sur mon blog avec une photo? ce que tu dis tu le dis tellement bien et j'aurais tellement voulu l'écrire ...je ne sais pas écrire ...je sais photographier ....alors quand je lis des mots qui palpitent dans mon ventre parce qu'ils sont presque mien ...j'ai envie de crier ...purée voilà voilà ce que j'avais en moi, ce que je voulais dire!!!!
Commentaire n°7 posté par dine le 17/04/2007 à 11h38
Je suis émue de ce partage, Dine... Prends mes mots, je te les offre :)
Réponse de Caco le 17/04/2007 à 12h56
Waouh je ne m'attendais pas à une réponse aussi longue! (à part peut-être le troisième point, je savais que ça te ferait réagir) Intéressant tout ça...

Je rebondirais bien là-dessus, mais là j'ai le cerveau tout mou, alors je m'arrête là, sorry!
Commentaire n°8 posté par @tom le 18/04/2007 à 01h08
(Intarissable, j'avais prévenu ! ;) )
Bises
Réponse de Caco le 18/04/2007 à 08h28
C'est beau. Je lisais et je voyais le visage de ma mère. Merci.
Commentaire n°9 posté par MarcelD le 18/04/2007 à 14h41
Merci MarcelD...
Réponse de Caco le 19/04/2007 à 03h27


Salut Caco,

Je suis actuellement dans une situation qui est vivement critiquer par mon entourage. En juillet je recommence le travail, je décolle pour les US avec Choupinou. Mr Mouton lui va prendre des congés parentaux et sera avec nous 1 mois sur 2 et ce durant mon contrat de 2 ans aux US. Ce fut une décision mûrement réfléchit, car extrêmement difficile à prendre. Et puis nous avons réaliser que si cette situation était bien vécue par nous les parents, Choupinou la vivrait bien. Le plus dur fut de l'annoncer à notre famille. Certaines personnes ont osé dire que ma priorité n'était pas ma fille, ni ma famille... Ce fut difficile à digérer. Je me suis toujours dit que le seul moyen de rendre nos enfants heureux, c'était de l'être nous même. Comment puis je rendre ma fille heureuse si je ne le suis pas. Et non un enfant ne peut et ne doit pas être la seule source de bonheur d'une mère. Comment une mère peut donner du bonheur si ce dernier n'émane que de l'enfant?  A la fin ce bonheur s'amenuise, se ternis, et disparaît. Non je rêve de bonheurs colorés, infinis, odorants, chatoyants pour mon enfant. Je veux pouvoir lui offrir autre chose que le bonheur qu'il me procure. Je veux pouvoir lui raconter ce que je fais lorsque nous ne sommes pas ensemble, comme je veux qu’il me raconte ce qu'il fait. Je veux piquer sa curiosité, je veux développer son imagination.
Alors j'ai décidé de laisser causer les oiseaux de mauvais augures, car j'ai réalisé que ceux qui critiquaient ne le faisaient pas par soucis de faire le bien à mon homme ou à ma fille... Non ils ne s'inquiétaient que pour eux, ce n'était qu'une réaction égoïste... Alors nous partirons cet été tout les 3 vers un nouveau pays, vers un nouveau mode de vie. Certes Choupinou ne verra pas son père durant 1 mois, mais elle l'aura a plein temps l'autre mois. Ils pourront profiter pleinement l'un de l'autre et non plus 1 heure le soir lorsque les deux sont crevés de leur journée...


Bisous Caco
Commentaire n°10 posté par bergere le 19/04/2007 à 13h00
Je suis désolée d'apprendre que tu traverses ces difficultés :(
Mais oui, c'est ta vie, et personne d'autre que toi ne la vivras... tu parviens à concilier famille, enfant, travail et passion, moi je dis bravo ! C'est une belle aventure qui s'annonce, je serai heureuse de la suivre de loin si tu veux partager tes photos et tes mots.
Je t'embrasse :)
Réponse de Caco le 21/04/2007 à 09h36
caco, je decouvre ton blog et ton post via Dine... ton post me parle tant que j'en ai fait un enorrrrrrrrrrrme blabla chez elle.. Merci a toi par ton texte si troublant tant je m'y retrouve de m'avoir offert cet instant ecrit.. :))
Commentaire n°11 posté par bé@ le 19/04/2007 à 21h26
Coïncidence... j'ai découvert ton blog grâce à Dine il y a quelques jours aussi :) Merci à toi aussi...
Réponse de Caco le 21/04/2007 à 09h44

Coucou

J'ai transmis une copie de ton texte à ma petite soeur Christine. Elle l'a beaucoup apprécié et s'y est reconnue. Je vais lui transmettre ton email et l'adresse de ton site à sa demande.

Gros bisous à vous 3

TataPat

Commentaire n°12 posté par Pat le 09/05/2007 à 11h32
Tu as bien fait ! :)
(Bisous Christine, si tu me lis !)
Réponse de Caco le 10/05/2007 à 09h37
J'aurais pu écrire ce billet mot pour mot...
Envolé mon sourire depuis ce matin, je n'en peux plus, je suis épuisée, physiquement et moralement...
Pas vraiment par mes enfants qui s'ils sont pleins de vie, sans doute plus que d'autres enfants, s'ils sont parfois épuisants sont mes rayons de soleil et ma force...
Je suis épuisée de cette solitude que j'ai l'impression de vivre, des critiques, du manque d'aide et d'écoute.
Et pourtant je l'ai choisi ce "boulot" de maman au foyer.

Je me sens pitoyable à verser des larmes de crocodile et à livrer mon épuisement à quelqu'un que je ne connais pas sur un blog...
Mais je me suis tellement retrouvée dans ce texte si bien écrit.


Esther
Commentaire n°13 posté par Esther le 04/09/2008 à 14h35

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