Mardi 20 mars 2007

Aujourd'hui, tout s'est déroulé comme si nous travaillions tous les deux, l'Homme des bois et moi, à l'extérieur du foyer : lui en stage, moi en atelier.

C'est la première fois que cela nous arrive depuis ma reprise d'études fin 2005 (pour 4 mois de suivi des cours).

J'avais organisé au préalable la garde de ma fille : journées complètes à l'école, repas à la cantine. Je l'avais préparée à ça aussi (revenir pour la sieste à l'école - la 'antine c'est son rêve absolu, pas besoin de plus de préparation que ça ;) ).

2 jours par semaine pendant quelques temps, cela permet une acclimatation en douceur à un rythme de travail.

(Pensais-je innocemment.)

Premier jour : on m'apprend hier que l'institutrice de ma fille est malade, pour toute la semaine. Qu'elle ne sera remplacée que lundi après-midi et jeudi matin.

Le reste du temps, les enfants sont mis devant la télévision (vous lisez bien).

Bien sûr, nous avons choisi une autre solution et donc attendu le soir et le retour de l'Homme (et de la voiture) pour traverser le département et poser notre fille à ma mère, puis revenir à la maison pour enfin dîner avant de tomber de fatigue.

~

Je suppose que les parents qui travaillent sourient tristement en me lisant. Je suppose que c'est leur galère quotidienne que je décris.

Je revois aussi la mine compatissante de ceux qui suivent l'atelier avec moi. Des hommes et femmes occupant précédemment des postes de cadres. A 70h par semaine, en moyenne. A la question "Comment avez-vous fait ?", il m'a été répondu, en vrac :

C'est ma femme qui a élevé les enfants.
Deux mariages, deux divorces.
Ma fille hurlait les jours où elle me voyait rentrer du travail : elle ne me reconnaissait pas.
Un jour j'en ai eu marre, j'ai pris 1 an de congé sabbatique pour pouvoir connaître mes enfants.

~

L'Homme des bois et moi sommes deux travailleurs qui aiment ça : participer à notre façon (la plus "propre" possible) à l'édifice de la société, donner, recevoir, mettre en oeuvre, construire, rencontrer, suivre, finaliser, essayer, proposer, recommencer...

Mais depuis Mamzelle, nous nous sommes rendus à l'évidence : ce système parque les enfants (c'est-à-dire son avenir) dans des conditions inadaptées à leurs besoins les plus élémentaires : séparations précoces, collectivités bondées, service public-sévice public (désolée, j'apparente l'enfermement de 30 enfants de moins de 5 ans dans une classe devant une télé, à de la maltraitance).
Je vous assure que lorsqu'elle est née, je suis tombée des nues. Je n'ai pas pu retourner travailler. C'est donc nous qui nous sommes adaptés, en restant auprès d'elle, hormis ces 4 mois de cours, une séparation qui s'est d'ailleurs mal passée. Là elle a 3 ans, l'âge soi-disant béni de la rentrée à l'école, celui où les petits se tournent vers les autres, libérant le temps de leurs parents.

Le moment idéal de reprendre le travail !?

Tu parles ! Je me demande même s'il arrivera un jour. Dans ces conditions, je commence à douter !...

~

(Je vous laisse, j'ai 100 km à parcourir pour aller chercher ma fille. Je vous souhaite une soirée sereine ! et pardon d'être si peu présente chez vous, et sur certaines boîtes mail... c'est la course ces derniers temps.)

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commentaires (12)   
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Commentaires

déchirement perpétuel entre vie professionnelle, vie de parents. Culpabilité.
Mes enfants ont 11 ans et 8 ans 1/2, et je traverse toujours des périodes de doute.
Si j'avais à recommencer, je crois que je ferais différemment. Bien que je n'ai pas de vrais regrets. Mais une maturité, un regard différent sur la vie de l'enfance.
commentaire n° : 1 posté par : Emmanuelle (site web) le: 20/03/2007 20:34:57
Merci de ton témoignage... Comme il est dur, ce choix ! Le mot qui me vient, c'est "sacrifice" : soit on fait une croix sur ce qu'on veut faire de sa vie, soit on la fait sur ce qu'on veut offrir à ses enfants... pfff...
réponse de : Caco (site web) le: 21/03/2007 09:34:48
Ton post me "prend à la gorge"...

Bises

Lise
commentaire n° : 2 posté par : Lise le: 20/03/2007 21:48:32

Je suis désolée Lise :(

Je t'embrasse

réponse de : Caco (site web) le: 21/03/2007 09:35:06
Devant la télévision!!!!! mais c'est n'importe quoi! bon,  je ne veux pas lancer la pierre (ou la télé) sur les profs, ce n'est pas vraiment de leur faute, ils font souvent ce qu'ils peuvent avec les moyens qu'on leur donne... mais une  journée devant la télé!
Je me souviens que lorsque j'étais à l'école primaire, on étais réparti par petits groupes dans les autres classes quand l'instituteur(trice) était absent(e).
commentaire n° : 3 posté par : lepotdefleur (site web) le: 21/03/2007 00:29:06

En l'occurence, dans cette école maternelle, il n'y a que deux classes (de 30 élèves chacune). Réunir les 60 élèves dans la même classe, des petits de 2 ans et demi à 6 ans, c'est impossible ici... Donc l'ATSEM fait ce qu'elle peut, et les occupe devant la télé tout en organisant le goûter, accompagnant les enfants aux toilettes...

Sans vouloir jeter la pierre à quiconque, cette "solution" de télévision est inconcevable pour moi ! Ça doit bien être possible de leur donner une feuille et des feutres !? De passer une musique et de les faire danser, faire une ronde...

Bref... :/

réponse de : Caco (site web) le: 21/03/2007 09:42:03
Bon courage ... il est difficile le chemin juste, mais avez-vous le choix puisque vous l'avez vu ? (Heing ?)
Bises
commentaire n° : 4 posté par : Pistil (site web) le: 21/03/2007 07:31:57
C'est peut-être là que je souffre... devant le manque de choix :/
réponse de : Caco (site web) le: 21/03/2007 09:43:24
Toute la journée devant la télévision ? Je n’ai encore jamais vu/lu/entendu cela. J’ai juste vu une fois des maîtresses installer des enfants devant la télévision pendant la récréation parce qu’il y a avait une tempête dehors et déjà, je trouvais vraiment limite. L’institution est tenue d’assurer la continuité du service.
L’ATSEM n’a pas le droit de rester seule avec une classe, ce n’est pas son travail.
Bref, il y a de quoi téléphoner, écrire à l’inspection… Je comprends les parents quand ils disent qu’ils ne veulent pas de cette école-là. Aujourd’hui, c’est mercredi et je suppose que tu es avec ta puce, bonne journée à toutes les deux donc !
Bisous
commentaire n° : 5 posté par : Aventurine (site web) le: 21/03/2007 10:10:58

Il y a une télé dans la classe. A deux reprises je suis arrivée pour récupérer ma fille et j'ai pu voir que les enfants étaient devant, avec la maîtresse. Mamzelle m'a dit plusieurs fois ces derniers jours, indignée "Mais je voulais pas eudader le dessin animé de la maîtesse, moi !". J'ai l'impression qu'ils ont leur dessin animé tous les jours.

Et j'ai bien l'intention de tirer ça au clair... Juste après, j'appelle l'inspection académique. Voire j'y vais, ils sont en face de chez moi !

Merci de tes précisions... Mais une maîtresse peut-elle assumer (légalement, humainement) une classe maternelle de 60 élèves ? :(

réponse de : Caco (site web) le: 21/03/2007 12:17:14
"Je vous assure que lorsqu'elle est née, je suis tombée des nues. Je n'ai pas pu retourner travailler."

Et là, un seul mot : waou.
commentaire n° : 6 posté par : mirza (site web) le: 21/03/2007 11:29:06

C'est bien ce qu'il s'est passé... Sachant ce que je savais de ma fille, de nous, de moi, et de notre situation, c'était de loin la moins mauvaise solution ! Et pourtant, objectivement, j'ai saboté ma carrière en procédant ainsi (congé parental "surprise", l'employeur apprécie moyennement :/).
Hihi, je m'en fous ! :D

réponse de : Caco (site web) le: 21/03/2007 12:19:34
Tiens c'est curieux hier soir j'ai vu un bout de film sur le sujet, un père de famile tiraillé entre sa réussite professionnelle et sa petite fille. Devine ce qu'il choisit au final? En tous cas bravo pour ton choix courageux. Sincèrement, je sais pas si je serais capable de faire le même. Le temps n'est pas encore venu...

Sinon, la télé en maternelle, c'est aberrant. Malheureusement, ce genre de situation peut donner des arguments à l'Education nationale pour fermer les petites écoles...
commentaire n° : 7 posté par : Thomas Hawk (site web) le: 21/03/2007 20:39:15

Ce déchirement n'est pas le monopole des mères, en effet !

Cette école-là ne fermera pas : elle est chargée à bloc et surtout, elle se situe en ville...

réponse de : Caco (site web) le: 24/03/2007 08:32:24
Tu écris :

    "Je vous assure que lorsqu'elle est née, je suis tombée des
    nues. Je n'ai pas pu retourner travailler."


Tout pareil !
Lorsque notre première née à naître s'est annoncée, on a tout échafaudé soigneusement en vue de ma reprise de travail.
Et puis, elle a vu le jour… et puis, nos yeux l'ont vue, elle… et puis, patatras !

L'expérience qui a commencé de se dérouler alors tient en peu de mots : chaque projet où elle n'avait pas sa place a commencé par grandir jusqu'à pouvoir l'accueillir.
Dans ces conditions, exit le boulot qui m'attendait de pied ferme (ce qui me valut un harcèlement téléphonique en bonne et due forme de la part de mon employeur) !
Exit la place en crèche qui s'était miraculeusement libérée bien plus tôt que prévu !
Exit, aussi, une relative aisance matérielle (appelons un chat, un chat !), parce que lorsque mon congé maternité a pris fin, mon salaire n'a été remplacé par RIEN.

Mais c'est une autre richesse à laquelle nous avons alors accédé.
Celle d'être ensemble.
Celle de faire avec ce qui nous était donné et d'y découvrir rien moins… qu'une profusion !
Fallait-il donc ce changement de perspective pour que nous l'explorions enfin ?!

3 enfants plus tard, tout cela reste d'actualité (même si d'autres tournants se profilent immanquablement à l'horizon).
Et je me retourne sur une vie que je n'avais pas imaginée ainsi tant que les enfants à naître de nous ne nous avaient pas encore fait sortir des clous pour baguenauder en ces chemins de traverse…

PS (ben oui, quand même !) : je compatis fort, fort, fort pour votre galère quotidienne à tous les 3   :-/
commentaire n° : 8 posté par : Isabelle ! le: 21/03/2007 23:36:29

Merci de ton retour d'expérience !

Tu sais, on n'est pas les plus à plaindre, loin s'en faut... mais j'ai mal pour les parents qui n'ont d'autre choix que de travailler :(

réponse de : Caco (site web) le: 24/03/2007 08:34:02

voilà pourquoi je n'essaie mm pas de sortir travailler ! Sauf que je n'ia pas saboté de carrière : j'ai tout de suite après mes études, ou plutôt pendant la fin de mes études,  décidé d'avoir mes enfants et de rester près d'eux. Mais à presque 30 ans, sans CV qui voudra de moi? Et dans quel domaine? Et à l'heure de la retraite, je vivrai de quoi???


Quand tu dis que les enfants sont parqués tu dis vrai, la grossesse est valorisée partout, avoir un enfants qd on travaille et qu'o nest mariés ou en couple c'est comme avoir une fille après un garçon, ça tombe sous le sens. Mais après ces enfants emmmm : on en fait quoi? nounou crèche. Et les vacances? Et quand ils sont malades? Notre société maltriate ses enfants, ne respecte pas les mamans et se demande pourquoi il y a des ^pb de violences et de délinquances... J'exagère juste un peu hein? mais une enfance douce et comprise, donne des chances de devenir un adulte compréhensif et apaisé... non???


Clairette désenchantée


 

commentaire n° : 9 posté par : clairette (site web) le: 22/03/2007 10:48:35

"Mais à presque 30 ans, sans CV qui voudra de moi?"

Les mères de famille, avec tout ce qu'elles ont su gérer dans leur "carrière" familiale, devraient être plébiscitées par les employeurs. Il faut croire qu'ils ne sont pas vraiment perspicaces pour ne pas voir le potentiel que l'on développe dans le temps de la maternité.
Sinon il reste la possibilité de créer son emploi... Pas forcément aussi facile que d'être salarié, mais c'est possible quand même...

"Notre société maltriate ses enfants, ne respecte pas les mamans et se demande pourquoi il y a des ^pb de violences et de délinquances..."

Je te suis à 100 % :(
Mais bien sûr au moindre souci on va venir te dire que toi, tu ne fais pas ton travail de parent ! Je crois que c'est ce qui me révolte le plus : ok je veux bien prendre mes responsabilités, les prendre toutes, et assumer mon rôle capital de fondatrice de la société de demain (par l'éducation de ma fille) et actrice d'aujourd'hui (en me démenant comme je peux). Mais en contrepartie, j'exige que les institutions défaillantes et les systèmes irrationels se remettent en question et évoluent ! Sinon, et bien je finirai par approuver ceux qui se désengagent de cette société :/

"une enfance douce et comprise, donne des chances de devenir un adulte compréhensif et apaisé... non???"

Oh que oui ! Et ça, c'est quelquechose que tu offres à tes enfants, mais il ne faudrait pas oublier non plus que tu formes des futurs acteurs de cette société qui te mettra (peut-être) à l'écart des régimes d'assurance vieillesse, le jour tes petits cotiseront aux caisses de retraites... Cherchez l'erreur...

réponse de : Caco (site web) le: 22/03/2007 21:35:20
Et imagines la galère quand il n'y a pas de mamie disponible (et un papa artisan qui, quand il ne travaille pas..n'a pas de salaire)...raison pour laquelle j'ai fini par complètement craquer en mai 2003 après toutes les journées de grêve de l'EN...plus de congés (le mois de mai est un mois batard pour les congés payés), et un petitou qui n'avait personne pour le garder :-( c'était horrible comme déchirement. J'ai fini par jeter l'éponge avec 17° de tension.
commentaire n° : 10 posté par : pascale (site web) le: 25/03/2007 00:03:08
Je compatis :(
17 de tension ! Tu t'es arrêtée à temps je crois :o
réponse de : Caco (site web) le: 25/03/2007 07:07:18
Moi aussi, j'ai mal pour eux   :-/
Et aussi pour ceux — ce ne sont pas les mêmes — qui croient ne pas l'avoir, ce choix.
Et qui, chemin faisant, passent à côté de l'oasis sans avoir imaginé une seconde qu'il était possible d'y faire une pause pour se désaltérer…
commentaire n° : 11 posté par : Isabelle ! le: 25/03/2007 01:56:59

Ça me paraît impensable de ne pas le voir, ce choix. Connais-tu des gens dans ce cas ?

réponse de : Caco (site web) le: 25/03/2007 07:10:12
Euh… ça ne t'est jamais arrivé de rencontrer une personne qui, considérant tes/voschoix de vie, te dise que ça, c'est peut-être possible pour vous, mais pas pour elle parce que "ceci, cela" ?
Quand ça m'arrive, je constate simplement que nous traitons différemment des données qui peuvent ne pas être si divergentes que ça en réalité.

Là où la différence se fait, me semble t-il, tient dans cette double question :
    -    Est-ce qu'à la nouveauté qui surgit dans ma vie, je rétorque qu'elle ne doit RIEN y changer ?
    -   Corrélativement, est-ce que j'impose à cette nouveauté de faire comme si elle n'était (même) pas là ?

Dans tous les cas, rien n'est simple, bien sûr.
Certaines situations privent purement et simplement de toute liberté de choisir (ça, c'est indéniable).
Mais cette absence de liberté peut aussi se jouer dans l'impossibilité à ouvrir les yeux et poser un autre regard sur la réalité telle qu'elle se présente à nous…
Or, rien n'est pire, à mon sens, que de croire que tout est écrit alors qu'on a sous les yeux… une feuille blanche   ;-)
commentaire n° : 12 posté par : Isabelle ! le: 31/03/2007 02:31:38

"Euh… ça ne t'est jamais arrivé de rencontrer une personne qui, considérant tes/voschoix de vie, te dise que ça, c'est peut-être possible pour vous, mais pas pour elle parce que 'ceci, cela' ?"
Non, cela ne m'est jamais arrivé en effet ! Par contre souvent les gens nous disent "Oh là là si tu commences à faire attention à tout, tu ne t'en sortiras pas !" (ce que je ne manque pas d'argumenter, un pas à la fois, et on se sent toujours un peu mieux, etc)

Merci de tes explications ;)

réponse de : Caco (site web) le: 01/04/2007 09:19:03

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