Pistil m'a permis de découvrir avant-hier le concept de covoisinage. Une vie semi-commune (juste si on veut) dans une résidence où les relations de voisinage sont facilitées par l'implantation des lieux de vie et l'existence d'équipements communs pour partager un moment, un repas, des jeux... si et uniquement si on le veut. Les voitures sont garées à l'entrée de la résidence pour permettre des déplacements sûrs d'une maison à l'autre.
Cela m'a rappelé un moment de covoisinage qui s'est instauré de fait dans la résidence où j'habitais. Résidence, c'est beaucoup dire en fait : l'histoire se déroule à Paris 20ème, dans trois petits immeubles anciens et étroits, séparés par 2 cours (une seule façade, une seule adresse). Au rez-de-chaussée de l'immeuble de façade, un troquet de quartier un peu miteux, co-géré par deux patrons, dont l'un super sympa. Il faut croire que tout ce qui se rattachait au 96 boulevard de Ch. devait être collectif, hormis le propriétaire des lieux. Une seule et même personne pour 50 locataires. La plupart d'entre eux ayant eu affaire directement à lui pour visiter leur appartement et conclure le bail. Un lien peut-être ? Toujours est-il que 2 ou 3 se sont un jour appréciés à la faveur d'un petit café, au "bar d'en bas". Qu'ils ont visité chez l'un, chez l'autre. Décidé que le bar était vraiment un chouette endroit, compte tenu de l'exiguïté des appartements. Que d'ailleurs on pourrait bien organiser des petites fêtes de temps en temps.
Les patrons du bar furent d'accord pour prêter l'arrière-cuisine. Chacun(e) de nous prépara son meilleur petit plat. Nous frappâmes à toutes les portes pour prévenir chaque voisin. Invitâmes nos amis, les amis de nos amis et qui voulait venir. Descendîmes une sono, des disques... Et réveillé le quartier de nos éclats de joie :)
Je ne vous narrerai pas ici les petites fêtes qui devinrent tellement grandes qu'on dansait jusque sur le trottoir, ni les amitiés et amours qui se nouèrent, ni la nuit et ses lumières, ni les discussions et découvertes, ni les pas de danse, ni les célébrations.
J'en resterai aux faits, au groupe tel qu'il était et continue d'être.
C'est là que j'ai connu ces amis qui sont restés (alors qu'avec notre changement de vie, la plupart nous ont lâché la main), ce groupe qui me suit (de loin !) toujours aujourd'hui. Quelle magie me relie-t-elle, moi la sauvageonne accomplie, à un quelconque groupe !? Il y a bien sûr les sentiments que je porte à ceux qui constituent le noyau de ce groupe (qui va fluctuant, puisqu'il est ouvert). Mais cela ne saurait suffire au sentiment de bien-être que j'éprouve en leur compagnie.
En effet il est des choses assez ténues qui m'ont toujours mise mal à l'aise en groupe. Les "places" qui sont quasiment toujours attribuées à l'un(e) et l'autre. Les relations qui découlent, les courants qui en naissent. Le codage des conversations parfois (quasiment toujours la même personne qui lance les sujets de conversations, ou qui les clôt - souvent les deux -, toujours la même qui blague, la même qui conteste, etc). Or je ne sais pas tenir une place, je n'ai jamais su. Notez que j'aurais voulu, souvent. Mais ce langage-là m'est inconnu. Incongru même. Je ne peux pas le vivre, je ne suis pas étudiée pour.
Ce qui diffère donc avec ce groupe d'amis, c'est que justement, personne n'attendait de moi quoi que ce fût (et c'est toujours le cas bien que je ne les vois qu'une fois par an en moyenne). Ainsi je pouvais refuser de les recevoir, refuser de me rendre à un rendez-vous proposé ou une soirée, ou encore mieux, je pouvais les rejoindre et faire la tête si je voulais. Et même être désagréable, tiens, on m'aurait remise à ma place et c'est tout. Notez que je ne me permettais pas d'être désagréable, et du coup je trouvais ceux qui osaient le faire, vraiment gonflés ! Alors qu'ils passaient sûrement une mauvaise passe, et avaient besoin de la présence rassurante des autres autour d'eux...
C'était juste avant de rencontrer l'Homme des bois (à l'époque c'était l'Homme en costards :D). Peu après, lui et moi avons déménagé. Les plus beaux moments de ma "vie d'avant", c'est avec eux que je les ai passés ; ils m'ont beaucoup appris de l'acceptation, du partage, de l'amitié.
Je sais que vous vous le demandez : comment cela a-t-il tourné ?
Certains ont déménagé aussi - ces petits logis insalubres, on n'y reste pas 10 ans - et la plupart ont réussi à rester dans un rayon étroit autour des "voisins". Le bar a été repris par des copains, mais contre toute attente, ils ont voulu en faire un endroit branchouille décalé, la formule du moment - nous qui aimions tant discuter avec les ouvriers tôt le matin, les jours de travail, leur payer un apéro quand leur journée s'étendait trop... beaucoup sont déçus finalement.
Le groupe se retrouve dans des appartements à présent, puisque certains ont pu dégoter des habitations convenables à Paris (je salue la performance).
Quant à nous, à 600 km de distance, nous nous demandons bien comment serait notre paysage affectif sans eux pour y briller... Et j'avoue que je suis assez tentée par ce type de communauté.
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