blackbird

Publié le par Caco


C'était il y a un an. Une mère qu'on assassine de mots crus. L'adieu au monde bleuet de la chambre d'enfant. Une fille fendant la nuit de sa bicyclette, son instrument sur le dos. Le combat d'heure en heure, récupérer ses affaires avant qu'il ne soit trop tard. Une femme qui pleure ici, une femme qui vibre là.
Là où l'attend l'aventure, l'inconnu, le fil ténu du ressenti. Ce qui ne peut qu'être. Parce que dérouler sa vie. La guitare joue Blackbird. La clarinette s'étrangle, trop noire la nuit, le choc trop violent. Il faudra la réparer.
L'heure blanche, au tout petit matin. Les éclairs de lumière dans les yeux. La mère aux genoux écorchés et au visage d'insomnie.
Le corps souple mais pas assez pour la bourrasque. Les douleurs, la fièvre, la peur. L'hôpital et le repos forcé.
Et la petite, toute petite fille. Dans l'oeil du cyclone, elle a peur d'avancer, peur de reculer, peur de rester sur place. Poser les repères de la compréhension. Les mots qui jaillissent tout seuls, les jeux qui les remplacent lorsqu'ils viennent à manquer. Jongler avec les doudous pour explorer le besoin de maîtrise, les évènements qui vivent leur vie propre, loin, bien loin de là où on pensait qu'ils pourraient nous emmener. Essuyer ses "Non" fermes et définitifs. Répondre humblement "D'accord, mais...".
N'être que soi, sans armes, sans camouflage, en face de cette autre, si petite et si grande. Comme elle nous a enseigné à l'être, de toute façon. Depuis 4 ans. Depuis toute sa vie.
Réaffirmer "Maman sera toujours là". Encore. Encore. Même un an après.
Maman ne serait jamais partie. Pas comme ça. Pas sans sa fille. Jamais.
Mais on ne lui a pas laissé le choix...
Et chacun, à son heure sonnée, aura le fardeau d'assumer cela. C'est promis.
La guitare joue Blackbird et on n'avait rien anticipé. Au jour le jour, qu'on vivait. On se disait les chants de nos nuits, nos douleurs impossibles, nos ailes traînant dans la poussière et nos yeux brûlés, et toutes ces étoiles arrachées au ciel trop haut. On se touchait comme jamais personne n'avait jamais pu nous toucher. Sans projets d'avenir, parce qu'on n'en savait rien, de l'avenir. Se connecter à soi, chaque minute agir au plus juste, au plus près de soi. Se cacher, investir les espaces et les heures désertées. Découvrir un peu plus cet ici, s'immerger dans la vie... Assumer ses doutes, s'accompagner l'un l'autre dans nos méandres. Les paroles urgentes, les secondes inoubliables. Toutes.
Il y a un an, il fut temps de parler. J'ai parlé, et c'est le soulagement qui m'a prise, dans le faux calme d'avant la tempête.
Il y a un an, le temps s'est accéléré soudainement devant un ultimatum dérisoire, décalé.
La folie a emporté un homme et abîmé une femme et une enfant. Celles qu'il disait siennes. Mais on ne possède jamais un autre. Evidence qui s'est diluée au cours des années communes, et qu'il a rejetée sans ménagement, il y a un an.
Et l'homme à la guitare et moi, on s'est rapprochés encore. Ce qui ne pouvait qu'être, parce que.
Il y a un an, la guitare jouait Blackbird, et maintenant on peut chanter avec elle. On a volé avec ces ailes-là, vu avec ces yeux, et on a fait la lumière dans la nuit. Et on apprend tous les jours. Juste à continuer. Ce qui ne peut qu'être parce que. C'est beau, c'est tout.

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Théobald 23/07/2009 20:52

C'est beau, c'est tout.Et écrit.De larmes et de vouloir, de l'Aigle noir à Blackbird.

Nadael 21/07/2009 14:56

Bel envol à vous.