deuxième démarque et attentat à la pudeur

Publié le par Caco

Cette année, les commerces du centre ville déploient leurs articles soldés sur les rues piétonnes. Un remède aux effets de la crise, j'imagine. Planches sur tréteaux, grands parasols rectangles, cartons et prix rouge sur fond fluorescent. Les vêtemens mélangés, en vrac ou sur portants, les enseignes masquées par les parasols, les vendeuses saoulées de monde, épuisées de sollicitations... Ma ville ressemble au marché aux fripes du samedi, en plus grand. La place des pas sur le pavé des ruelles rétrécie d'autant. On trépigne plus qu'on avance, devant l'immense déballement.
La rue où j'essaie d'avancer s'agrandit soudain. Nous sommes devant une vitrine au nom chic, et qui n'a pas choisi de faire prendre l'air à ses produits. Et là, le contraste me saisit. Entre les vêtements que l'on met en scène dans une atmosphère choisie, et ceux qu'on expose à la lumière crue et à la juxtaposition peu flatteuse, loin de l'aura de la marque, et entre les mêmes vêtements que l'on regarde, bien rangés par style et par couleur, dans leur univers soigné.
Un peu plus loin, je reconnais de justesse la vendeuse sympa d'une boutique aux fringues toutes sympa comme elle. J'allais passer devant sans remarquer un seul article, alors que je la vitrine m'attire toujours l'oeil... et comme je me sens lorsque j'ose entrer dans cet endroit où je n'ai encore jamais rien pu acheter...
Et je me suis dit que c'est juste ça, la mode.
L'étalage obscène d'une surproduction, proposée à grands renforts de décors, de signaux de reconnaissance d'une population branchée, ou bourgeoise, ou populaire, ou très classe, ou ostentatoire, ou discrète, ou... Véritable magie opérant sur notre imaginaire et nous projetant dès que l'oeil plonge derrière la vitrine, dans la peau de celle ou celui que nous souhaiterions être. Et donc paraître, à tout le moins.
Peut-être qu'en ce jour de braderie effrenné, des individus approchaient des vêtements qu'ils n'auraient pas pu s'offrir le reste de l'année - comme je l'aurais fait il y a quelque temps de cela. Ce qui pourrait expliquer les exhalaisons troublantes qui se dégageait de tout ce monde réuni autour de quelques bouts de tissu. Certains dans la foule serrée ne touchaient les articles que du bout des doigts, alors que d'autres se jetaient entiers dans la fouille intime des cartons, pénétrant dans les rangs serrés des rayons de fortune. Tous tendus et vigilants.
J'avoue que pour ma part j'ai fui les couleurs criarde et la lumière aveuglante, les regards entendus et la chaleur de la foule. J'ai fui cette fête de la consommation qui semblait une grande orgie. J'ai fui, tous regards rivés aux arbres ou au pavé, atteinte dans ma pudeur de consommatrice réfléchie et méticuleuse, à ce stade de mon parcours où les choix et les contraintes se rejoignent pour me former à une autre façon de consommer.

Publié dans les yeux ouverts

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article