Le moment de se quitter... Cette année je ne l'ai pas vu arriver. Pourtant il précède de peu l'espoir du repos mérité... C'est peut-être que je n'ai pas envie de décroiser mes mains autour de
certains doigts. Peut-être que je ne veux rester dans les couleurs de cette année-là qui aura tant vu grandir ma petite fille. Peut-être que j'ai un peu peur, aussi, des bousculades de la classe
d'après, après le cocon du premier cycle qu'elle dépasse sans un regard en arrière, traînant sa mère qui se serait bien attardé, elle, juste un moment, une minute, s'il te plaît... Pouvoir entendre
encore les bâillements de chatons des plus jeunes après la sieste, pouvoir m'asseoir un moment
al canton quand on arrive un peu en avance et décrypter devant un parterre d'yeux écarquillés
un livre en
lenga nòstra... L'imaginer encore, à l'heure des repas séparés, entourée de livres et de gros coussins dans la pièce à part qui sert de cantine aux plus petits, loin du fracas
des couverts et des hèlements du réfectoire où se groupent les autres enfants, juchés sur des chaises de grands, sur ces mêmes tables où l'on prend des notes lors des réunions de parents...
Laissez-moi ce pincement au coeur qui ne durera pas devant ce mot tout neuf à déballer, juste avant le mot "section", celui qui peu à peu collera à celle que je verrai toujours comme "ma petite" et
à qui va entrer dans une classe dite "de grande...", nantie de bureaux et d'un grand tableau, juste à côté des copains et copines, pas tout à fait les mêmes, pas tout à fait différents, et qui
apprendront à lire et à compter dans deux langues. Garder un peu en bouche le goût de rose passée de la nostalgie, avant de laisser la vie pétiller de nouveau sous la langue et nous entraîner dans
sa vie joyeuse de bientôt "grande".
vos mots