rentrés

Publié le par Caco

Je crois que c'est en refermant la porte d'entrée de la maison refroidie d'une semaine d'absence, que la peur m'a saisie la première. J'avais le courrier dans les mains, cet amas de papier journal dont je fuyais des yeux les gros titres, quelques lettres blanches au format réglementaire, et trois coupons jaunes où apparaissaient nos noms et adresse tapés par une machine à écrire rétrograde. Trois recommandés en une semaine à nous deux, probablement sorties du greffe du tribunal, et soudain j'ai eu l'impression qu'ici nous avions perdu les clés, que les portes ne ferment plus qu'à moitié, laissant des interstices changeants où savent se couler tout un tas d'emmerdements.
La soirée s'est dissipée entre les douces réminiscences des vacances déjà à mi-parcours, et ce sentiment glacial de ne pas être complètement abritée de la pluie qui cliquetait sur les toits, et la cloche de l'église qui égrennait nos longues et tardives heures de jeux et de discussions.
Et une journée blanche a suivi, baignée d'une lumière blafarde, aussi mal réveillée que moi de cette nuit trop étirée à espérer que s'arrête la pluie de tomber.
La grisaille pour transition, après les jeux riants sur la plage, le vent têtu qui dressait chaque pore de la peau, les petits exercices réclamés par Mamzelle et exécutés sur la table en bois de la cuisine, les vignes alignées dans une sagesse que dément leur nudité post-hivernale, figées qu'elles sont dans leur beauté brute de statue de bois, presque humaines dans leurs corps noueux aux vrilles gracieuses sous leurs supports de métal.
Il y a eu un peu de pluie aussi, peut-être parce qu'on était dans ce pays-là, à promener nos coeurs remplis des paysages de verts vallons, de forêts dressées qui cachent l'horizon et de cailloux gigantesques comme des oeufs de dinosaures que la dernière saison a garnis d'une mousse riche, comme tous les ans, depuis la nuit des temps. En tous cas c'est sous une pluie battante que nous avons pris le chemin du retour vers une dernière étape toute d'espoirs et de sourires. Le muret longeant la vigne m'est paru plus bas que l'an dernier, le lierre plus souple et mieux garni, la terre gorgée d'eau, plus molle et fertile que les meilleurs terreaux. Ils nous ont accueillis avec le soleil dans le coeur, et les discussions à bâtons rompus dans la maison toute rajeunie des travaux hivernaux, nous ont portés plus tard qu'il était raisonnable de le faire, avec une petite à confier à son père le soir même. Mais la vérité, qui a éclaté dans la boue du poulailler et que je n'ai plus eu le coeur de me cacher quand nous avons foulé l'herbe grasse près du potager, c'est que personne ne voulait voir l'instant se terminer. A commencer par la demoiselle toute triste à l'idée du départ, elle qui a pourtant dû encaisser à l'aller l'absence des enfants qu'elle se faisait une joie de revoir. Les mains se sont agitées, et l'image d'eux m'est restée longtemps sur les rétines, alors que la plaine se vallonait et que les parcelles de vignes se muaient en forêts de résineux. Sur mes genoux, six oeufs précieux, la conscience aiguë de ce moment fugace autant que beau, comme l'amie sur sur le point d'éclore au beau milieu de ce printemps prodigieux.
...
Forcément, redescendre dans le quotidien barbare de notre ville, se faire éclabousser  par la peur panique qui noue le coeur de certains concitoyens, mesurer que l'on ne s'acquitte chaque jour que de l'injuste prix à payer pour résister, et s'avouer qu'on en contracte aussi la peur en retour, c'est dur à  ne plus reconnaître le chant des gouttes et la paix du foyer. C'est dur, et pas qu'un peu.

Publié dans les petites histoires

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Mema 13/04/2009 11:43

je voulais te dire mille et une chose, me poser mille et une heures avec toi, regarder le soleil se coucher et revoir le monde ensemble... tous cela je l'accroche au bout d'un fil et je le lance à la volée... dès que tu le ratrappes, on joint nos agendas et l'on se donne rendez vous pour un long week-end sous les platanes... à 8 cet fois-ci...Et mille bises pour clôturer cet entretien dont les rayons de soleil viennent effleurer les mots!

Caco 14/04/2009 11:22


Et hop ! j'attrape le fil :)
Gros bisous à vous. Et plein de pensées !