bafouer

Publié le par Caco

Il compte et recompte, les jours, les semaines et les années. Son image de l'équité qui lui ferait presque croire, quand il se laisse aller, qu'on peut tout partager en deux, même un enfant. Il compte les biens qu'il possède, ceux qu'il n'a plus mais qui ont dû se muer en montagnes dorées sur lesquelles il imagine qu'il s'assoit, à la fin de ses journées de travail, pour compter et recompter les petites pièces, et les paysages qu'on voit de là-haut et qui sont peut-être plus gais. Alors il s'agrippe à sa calculatrice, compte et recompte froidement ce qu'il a et qui parfois appartient à l'autre, mais chut ! C'est pas sa faute. Il faut le comprendre. Son bonheur est parti en claquant la porte, dans un fracas étourdissant. Il en ressent encore l'onde de choc, tous les soirs en rentrant.

Peut-être qu'il essaie mesurer ce qui lui a échappé, entre cet avant et cet après qu'il voudrait figer. Peut-être qu'il a besoin de cette rigidité pour regarder le passé une dernière fois avant de l'envelopper dans son blanc linceul.

Il ne voit pas le masque effrayant qu'il enfile pour pratiquer l'autopsie financière de ces années parcourues ensemble. Le rictus satisfait qui lui vient malgré lui quand je lui rappelle le vol dont il s'est rendu coupable. Il ne peut deviner mon cœur qui se rétracte et mes souvenirs qui frissonnent. Si seulement il avait su compter avant ! Compter le nombre de nuits sans sommeil où lui dormait sur toutes ses oreilles, les ombres inquiètes qui passaient dans le regard de mes proches, le nombre d'hommes qui ont traversé ma vie comme dans un songe alors que notre couple se délitait, tous mes accès de larmes, le nombre de soirées passées côte à côte et chacun dans un monde à part, bien délimité, le nombre de celles que j'ai passé à cuisiner, pour un nombre de repas à produire chaque soir après ma journée de travail, le nombre de discussions qu'il a refusées, le nombre de dénis dont il m'a frappée, le nombre d'enfants que l'on n'a pas eu, le nombre de fois où je les ai fui.

Je m'en rends compte en l'écrivant : auparavant, c'est moi qui faisais les comptes. Moi qui reprochais. Moi qui souffrais.

En regardant bien en face toute la vie qui hurle derrière les petits chiffres sages, il aura peut-être une chance de comprendre, de ne pas enterrer vivant ce passé à la fois si fragile qu'il se laissera faire sans broncher, et si grand qu'il saura revenir le hanter. Et le cauchemar de revenir s'inviter dans sa réalité.

Ce que je suis à deux doigts, certains jours, de lui souhaiter.

Publié dans les mille et une...

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Agnès 06/02/2010 07:51


J'ai ouvert les bras, parce que je sors de mon lit tout chaud et que je porte une veste en mohair.
Et je te fais un ENORME calin, parce que des fois les mots...


Pat 11/01/2010 14:11


Merci à toi, très bonne année aussi ainsi qu'à tes proches !
Bisous


Pat 19/12/2009 10:27



Paroles Marie Laforêt Cadeau
[parlé : Marie Laforêt]
Hier soir, dans la cuisine,
je préparais le dîner, quand mon petit garçon est entré.
Il m'a tendu un morceau de papier griffonné.
J'ai essuyé mes mains sur mon tablier,
et je l'ai lu. Et voici ce qu'il disait :

[parlé : Enfant]
Pour avoir fait mon lit toute la semaine, 3 francs
Pour avoir été aux commissions, 1 franc
Pour avoir surveillé le bébé pendant que toi tu allais aux commissions, 1 franc
25
Pour avoir descendu la corbeille à papiers, 75 centimes
Pour avoir remonté la corbeille à papiers, 1 franc et 10 centimes
Pour avoir arrosé les fleurs sur le balcon, 25 centimes
Total, 9 francs et 85 centimes.

[parlé : Marie Laforêt]
Je l'ai regardé, il se tortillait en mâchant son crayon
et une foule de souvenirs sont revenus à ma mémoire.
Alors j'ai repris son crayon, j'ai retourné la feuille et voilà ce que j'ai
écrit :

[Chanté Marie Laforêt]
Pour neuf mois de patience et douze heures de souffrance
Cadeau
Pour tant de nuits de veille, surveillant ton sommeil
Cadeau
Pour les tours de manège, les jouets, le collège
Cadeau
Et quand on fait le tour, le total de mon amour,
C'est Cadeau

[parlé : Marie Laforêt]
Quand il a eu fini de lire, il avait un gros chagrin dans les yeux.
Il a levé la tête et a dit :

 


"M'Man, je t'aime très beaucoup"

Il a repris son papier, l'a retourné, et en grosses, grosses lettres,
a marqué :

"Cadeau"

[Chanté Marie Laforêt]
Et quand on fait le tour, le total de l'amour,
C'est Cadeau



Caco 11/01/2010 10:10


Merci Pat. J'espère que tu vas bien, je te souhaite le meilleur pour cette nouvelle année :)
Bisous


Pat 16/12/2009 16:32


Doucement sur la pointe des pieds ... j'ouvre la porte ... je commente


Je connais ça ... c'est une chanson de Marie LAFORET qui s'appelle "Cadeau" je crois ...

Doucement sur la pointe des pieds ... je referme ...
Groooos Bisous


telle 20/06/2009 00:22

Caco, je doute de la retrouver mais c'est en substance cela : un enfant donne une liste à sa mère "pour  avoir mis les couverts, deux francs, pour avoir plié ma serviette, un franc, pour avoir.... etc." et il y a la somme totale à la fin et la mère écrit "pour les nuits sans sommeil, 0 franc, pour la préparation des repas, O franc..."Je t'embrasse