la dernière assemblée générale

Publié le par Caco

Je suis arrivée en retard, chargée de récupérer les sandwiches oubliés. Peut-être un acte manqué, parmi d'autres, pour me rappeler combien il m'en coûtait d'aller annoncer cela aux habitants. Pourtant ce n'était pas moi qui allais le mettre en mots. Cruelle formule à élaborer, comme je l'ai constaté dans l'ombre de nos discussions aux sourcils froncés. Pour cette ultime réunion nous avons préféré nous grouper dans la salle de réunion du local de l'association, celui-là même qui, le 14 mars, fermera la porte au nez de tous ceux qui avaient besoin d'un coup de main dans ce quartier. La salle était comble, j'ai dû remonter les rangées une à une pour trouver ma place parmi des membres du Bureau. L'essentiel avait déjà été dit, et l'explication portait à ce moment-là sur les détails du procès que l'on espère pouvoir mener à son terme. Au presque terme de ma course quotidienne, ces détails juridico-administratifs m'ont paru un instant superflu. Les habitants semblaient pourtant ne pas en perdre une miette. Et notre valeureux Président était clair et percutant, comme toujours. Au terme de cette explication-là, les questions ont commencé à fuser. Une voix délicate et chancelante comme une vieille dentelle un peu grise de temps a demandé qui récupérerait les déchets verts que son mari de 88 ans ne pouvait plus transporter. Puis un professeur bénévole a évoqué l'accompagnement scolaire de tous ces enfants qui vont devoir se débrouiller. Une employée a rappelé les montagnes de mandats postaux qu'on remplissait pour ceux qui n'écrivent pas notre langue. Une habitante conseillère municipale (de l'opposition bien entendu) a témoigné du travail exemplaire des salariés, de l'absence de réponses de la part du Maire aux questions posées, de la volonté manifeste autant qu'inexpliquée de couler la structure, du désintérêt et même pire de l'équipe municipale de la majorité vis-à-vis des habitants des ZUS.
La consternation se lisait sur tous les visages.
Heureusement que j'avais Mamzelle juste en face, assise au premier rang dans l'assemblée, à côté de l'enfant d'une employée. Je leur passais des jus, des fruits et des biscuits en douce, sous la table. Entre deux bouchées, la petite coquine me regardait avec des grimaces pitoyables, rendez-vous compte, être ainsi à 58,5 cm de sa Maman, alors qu'elle pourrait aussi bien dessiner sur ses genoux, ce qui est autrement plus confortable tout de même ! Lorsqu'elle a feint l'évanouissement de détresse je lui ai finalement permis de venir me rejoindre. Et bien c'est incroyable comme on se remet vite à cet âge-là !
Bien sûr je me réjouissais en douce de cette diversion, planquée sous mon masque d'administratrice sérieuse. En m'engageant bénévolement pour favoriser les actions d'insertion, je ne m'attendais pas à me retrouver non seulement dans l'incapacité la plus totale d'agir, ni à devoir licencier les 9 personnes dont nos prédécesseurs et nous-même avions réussi à pérenniser les emplois, et encore moins à liquider la structure. Le journal de quartier, dernière édition, n'attend plus que mon article pour être bouclé. Mais pas un mot ne me vient. D'ici au 15 mars, j'aurai les funérailles silencieuses, je le crains.

Publié dans les yeux ouverts

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Théobald 01/03/2009 21:01

Ce "coulage" m'écoeure. Le procès, de surcroît, est toujours un long effort.Neuf salariés ... chapeau bas. Bravo à vous.

Caco 03/03/2009 13:56


François : Je vous souhaite le bienvenu sur ces pages ! Peut-être que les forts taux de chômage ont fini par miner toutes les générations, je ne sais pas. Mais l'impasse dans laquelle se trouvent
certains de mes concitoyens, je l'ai connue aussi. A tellement intégrer que quoi qu'on fasse on sera chômeur à la fin (ou alors il faudra tout quitter pour partir loin, et tout le monde ne peut pas
faire ça), on finit par ne plus croire en rien. Et si on n'y croit pas, qui va le faire à notre place ? qu'est-ce qui va nous tirer vers notre vie ?...

Merci Théobald. Et merci pour vos précieux conseils aussi, qui nous ont aidés, qui nous ont guidés. La page se tourne, dans un vertige, dans la douleur, dans le rejet des courtes vues, dans la
nausée du sens commun. Ne pas oublier que c'était une belle aventure. Et se raccrocher au présent, et aux projets...
Voilà que je me mets à écrire, s'pas trop tôt, tè ! ;)


Francois 01/03/2009 13:10

Une partie de ma famille paternelle vient de cette région: vignerons depuis 1700 et quelques, artisans,commerçants jusque dans les années 70....... ce sont des lieux et des habitants que je n ai jamais vraiment compris et je me demande si ce n est pas tous ces territoires qui sont dans une recherche d insertion et ce depuis longtemps........on dirait une clé carrée pour une serrure ronde......depuis toujours, ça ma donné cette impression et ce malaise.....et dans ma famille, je ne suis pas le seul......