l'attente

Publié le par Caco

Il est parti au tout petit matin, encore plus tôt que d'habitude. Cette fois ce n'est pas le bruissement des vêtements qu'on enfile qui m'a réveillée, mais la tasse de café qui claquait avec douceur et régularité sur le plateau du bar. Ce petit-déjeuner qu'on s'était promis de prendre à deux avant son départ, avant la longue soirée qu'on n'avait pas prévu de passer à envisager une sortie digne pour l'asso qui prend l'eau. Alors je suis restée dans notre lit, bercée par ses petits bruits, rêvant à la journée qui s'annonçait, si différente pour lui du quotidien tracé, rigoureusement cadrée pour moi. Ainsi que je l'avais voulue d'ailleurs. Il y aurait eu trop de solutions à trouver pour partir avec lui, et puis Mamzelle n'aurait pas pu être du voyage, et aussi les habitudes que j'aime fuir me rassurent,ces temps-ci. Alors avoir toutes ces journées à moi, même dans cette ville amie, avec tous les bonheurs que je sais pouvoir visiter exactement quand j'en ai envie... J'ai eu peur de tous ces possibles, peur de ne pas savoir y retrouver mon chemin, peur de me diluer encore un peu plus dans le gris, peur de trop voir ressurgir mes doutes à tous les carrefours.
Il est venu m'embrasser, fort. Toujours ce pincement quand on se sépare, à cause de toutes les fois où l'on ne savait plus quand ni si on allait se revoir. Il savait que je préférais rester dans la relative stabilité des horaires connus, des rendez-vous de proximité, du prévisible ennuyeux. La facilité ronflante du quotidien, le coin des fourneaux, le petit espace de toile... j'ai eu besoin de rester au chaud. Il m'a laissée me couver.
Et depuis mon cocon je ne puis m'empêcher de l'imaginer, ses pieds battant les pavés, les yeux rivés aux lumières de saison, ou bien attendre dans ces stations blanches et noires, cerné par l'odeur du caoutchouc chauffé, à observer comme il sait si bien le faire les autres qui attendent aussi, tous ceux qui vivent un peu là à force d'attendre une rame, ou quelqu'un qui ne viendra pas, ou qu'il se passe cette chose qu'ils ont oubliée, enfouie au fond de leurs prunelles avinées.
Je le vois descendre les marches de la Grande Arche, j'espère qu'il pensera à le faire en tous cas, c'est le meilleur moment, quand la nuit est là et que les bureaux sont encore éclairés... Il dînera peut-être dans un de ces bistrots que j'affectionnais. Il entendra peut-être la pluie tomber sur les toits. Il verra peut-être cette lumière jaune-orange des fins de journée qui glisse sur l'ardoise des toits pour éclabousser les pierres claires des murs... Je le vois se détacher au milieu de la foule, je le vois rire avec ses amis, je le vois travailler d'arrache-pied, je vois ses yeux qui s'émerveillent ou qui se voilent. Et j'aime ces moments où je suis presque là mais tellement loin, où mon espace solitaire est rempli des étoiles de son ciel, où je m'ennuie doucement, où je l'attends, patiemment, amoureusement...

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Muriel 14/12/2008 19:20

Oh la la oui, tu es amoureuse !Je viens de remarquer que la photo de ta bannière était celle de toits. Jusqu'à présent, j'avais (trop rapidement) pensé à un bateau !

Caco 21/12/2008 11:46


Muriel : Oui, et gravement même !!!
Un bateau !? tiens donc ! ça me plairait bien, aussi :)


Théobald 13/12/2008 23:20

Cet escalier, sous l'Arche, est un personnage a lui tout seul. Nul doute qu'il aura parlé de vous à votre solitaire d'un jour.Oui, attendre doit faire partie d'aimer.

Caco 13/12/2008 23:58


Cécile : Il faudra que je lui demande, quand il rentrera !

Mema : Merci ! Et oui !! :)

Théobald : Il faudra que je lui demande quand il rentrera ! ;)
Je crois que pour la première fois de ma vie, j'aime attendre. Peut-être parce qu'au début, lui et moi n'avions presque que cela...


Mema 13/12/2008 10:21

Serais ce le reflet d'un coeur enseillé que je lis là?dans tous les cas... c'est beau.

Cécile 13/12/2008 05:23

Et, sans aucun doute, ton parfum plane autour de ses pensées...