Dimanche 11 mai 2008
Je l'ai décidé un soir, en visitant le fond de mes reproches : la personne à qui il incombe de prendre soin de moi n'est autre que moi-même. Au stress des cris, au manque de compréhension qui déçoit, j'opposerai une petite escapade, tout bientôt. Les jours ont continué de défiler et je doutais de réussir à le faire. Je ne suis pas malheureuse avec eux, même s'il me manque les promenades solitaires, les temps de recherche et de documentation tous azimuts, les musées et les expos... Mais ne pas être malheureuse, est-ce vraiment un cadeau enviable pour mes compagnons du quotidien ? Pour moi-même ? La peur accompagnait toutefois mon attente, faisant germer le ressentiment et les petites phrases assassines. Pardon Mamzelle. Ta mère n'est qu'humaine.
Les jours d'absence prévus au nombre de 4-5 devinrent 2-3 pour cause officielle de travail urgent à continuer, puis finirent 2, par un obscur acte manquer qui me fit embarquer un seul lot de vêtements de rechange.
J'ignorais comment occuper ces journées. Tout au plus disposais-je de quelques pistes de rencontres souhaitées. Et l'envie de semer mes pas dans cette ville, laissant le hasard et le temps me guider. Au risque de m'ennuyer, me disais-je. Mais Toulouse avait d'autres projets pour moi. Après la friperie où j'ai déniché d'adorables tennis pour Mamzelle et le passage au CROUS pour ma quête éternelle de formation, elle a guidé mes pas chez le papetier magicien de la rue des Lois. D'un coup plus rien ne comptait plus que Le carnet qu'il me fallait absolument posséder. Je connaissais ses dimensions, son lignage et le grain de ses pages, comme si j'avais de longtemps envisagé sa présence au fond de mon sac. Or il n'en est rien... Il est finalement tombé dans mes mains et j'ai passé une bonne partie de l'après-midi à laisser ses lignes guider ma plume, au fond d'une librairie-café. Et puis vite vite, le musée, avant qu'il ne ferme.
Le lendemain a prolongé cet élan. Après un intermède avec ma petite soeur place Saint-Sernin, il y eut une recherche de manuel dans les librairies, des découvertes surprenantes en forme de livres de vulgarisation scientifique, un petit tour en touriste du côté des boulevards (les photos viendront), et une longue pause dans un superbe bâtiment de bois et de verre qui abrite un escalier de métal cylindrique magistral - la Médiathèque.
Le temps de me perdre dans le quartier derrière la gare, il était temps de rejoindre mon train. Heureuse après tous les peut-être de ces deux jours, de retrouver mes douces évidences. Je me souvenais de ses larmes sur le quai, la veille au matin. Entre deux sanglots, la voix assurée, elle me poussait de sa petite main : Maman, monte dans le train !!! de peur que je ne le manque. Ce soir elle m'attendrait en riant contre son père, et nous nous laisserions tenter par une promenade crépusculaire pendant qu'elle danserait de joie. Depuis le début de la semaine elle me répète qu'elle m'aime et que je suis tellement belle. Peut-être qu'elle m'aime égoïste, solitaire, pensive, peut-être qu'elle m'aime quand je prends le temps de lire et d'écrire. Peut-être qu'elle m'aime moi-même...


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