une élection sans campagne

Publié le par Caco

C'était ma première réunion en tant qu'administratrice. Ayant à peu près tout à apprendre du fonctionnement de la structure, je m'étais promis d'y faire un saut en touriste, au milieu de mes vacances. J'en profiterais même pour laisser Mamzelle chez GrandMamie, et pourquoi pas faire un tour à Toulouse juste avant, ou prévoir une sortie en amoureux juste après... voire même les deux, chiche !
C'est ainsi que j'arrivai sur place, dans la douceur nonchalente de ces soirées orangées qui m'ont fait abandonner, il y a quelques années, une petite vie bien rangée. C'était presque dommage de s'enfermer dans la salle de réunion, mais nous avions tous besoin d'élire le Bureau, de parler du quotidien de l'association, des projets... Pendant que chacun prenait la parole, j'observais et faisais mentalement mon marché. Celui-là serait parfait comme Président. Je me demande bien qui osera se proposer à la Tréso, ce poste mal-aimé. S'ils insistent un peu, peut-être que je me laisserai tenter par la place de Secrétaire adjointe...
Les conversations allaient bon train. Les membres de droit, certaine récemment élue municipale, d'autres partenaires de longue date de l'association, présentaient leurs points de vue. Au fond dans le coin, les Anciens nous contaient l'Histoire de la structure, avec force détails. Des digressions courante, peut-être même incontournable, de ce que j'en vois - tous nous sommes bénévoles, il faut parfois autre chose qu'une soirée orange pour donner l'envie de rencontrer, de réfléchir, de décider. On décide au bout de plus d'une heure de procéder à ce pour quoi nous étions réunis : l'élection du nouveau Bureau, la précédente équipe ayant démissionné en masse.
Celui que je pressentais Président se lance Secrétaire. Ce qui plait beaucoup à l'élue municipale qui attend, regards appuyés, qu'une Présidente se lance après ce beau départ masculin. Je souris à ce concept simpliste et balaye la table du regard. Les nez pointent vers la table et les mouches volent. Plus un Ancien pour dire quelque chose, d'un coup. Un Vice-Président sort poussivement sa candidature. Puis il demande, personne par personne, tu ne peux vraiment pas !? Qui a un emploi trop prenant et trois enfants, qui habite trop loin et a d'autres engagements, qui n'y connaît encore rien à ce qui s'y passe (ça c'est moi)...
Plus personne ne rigole : on a un problème. Une association n'existe pas sans, au minimum, un(e) Président(e), un(e) Secrétaire et un(e) Trésorier(rière). Et cette association-là, si elle ne trouve pas une solution, licenciera le lendemain 15 personnes. Sans compter les projets d'insertion, le lien social, la dynamique du quartier, la médiation, le soutien scolaire, les ateliers, les groupes de parole... qui passeront à la trappe. Aïe.
Le candidat Secrétaire que je pressentais Président, ajoute un mot sur notre responsabilité. Et puis il se lance. Il veut bien monter Président. Qui l'aime le suive...
Le temps de tourner trois fois la langue dans ma bouche, et ma voisine me dame le pion en se proposant Secrétaire. L'élue municipale ne pipe mot : un Président c'est moins bien qu'une Présidente, un Secrétaire ç'aurait été mieux qu'une Secrétaire, mais l'essentiel n'est-ce pas, c'est d'avoir les deux. Quoi que, on s'en fiche un peu, si on n'a pas de Trésorier(rière).
Là les choses se gâtent un peu, les fronts perlent et les gestes nerveux se multiplient. Chacun répète ses impossibles. La feuille d'inscription du Bureau commence à circuler. Elle échoit dans mes mains, alors j'annonce que je me serais sentie plus à ma place comme Secrétaire adjointe, mais que je ne veux pas voir la fermeture de l'association. Et que je me propose donc comme Trésorière.
Le vote fut des plus rapides : l'unanimité soulagée. Pour les quatre élus, un peu d'inquiétude, une vague conscience du temps à consacrer, et une certaine lucidité sur nos limites... Et malgré tout, une grande motivation.
Je suis même plutôt contente d'avoir suivi le mouvement, en fin de compte...

Publié dans un pas après l'autre

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Mema 06/05/2008 21:33

Oui, mais en même temps c'est immuable... dans ces structures tu as l'avenir à faire en prenant en compte le passé. Ce qui a été fait est fait, il faut toujours en prendre son partie, faire avec et que vogue la galère. PAs souvent évident, surtout si l'antérieur a été mené par une gestion très différente de ce que l'on conçoit. Mais le challenge est là justement ;-)

Caco 07/05/2008 12:56


Qu'est-ce qui est immuable ?
Oui, ce qui a été fait, on ne peut qu'essayer de le défaire pour repartir sur des bases solides :/
Il y a du challenge dans l'air, pas de doute, mais ce qui me motive c'est de réaliser des projets pour l'insertion et l'environnement, et on est loin de pouvoir commencer à les monter à cause du
passé douteux justement. Mais pas de problème pour la motivation, et là du coup mes petites connaissances en gestion seront les bienvenues ! :)



Mema 06/05/2008 09:20

Tu me plonges là dans des scéances que je ne connais que trop bien... Face aux responsabilités, la crise des vocations règne. Félicitation! Prendre la décision de faire partie d'un bureau c'est engagement pour l'avenir; BRAVO!

Caco 06/05/2008 20:12


Merci beaucoup Mema ! J'espère vraiment qu'on va parvenir à sauver les meubles, pour ensuite pouvoir rebondir dans les missions de la structure. Rien n'est gagné,
c'est à peu près la seule certitude. En fait, en lisant ton commentaire j'ai l'impression qu'on est aussi passablement engagés sur le passé et la façon dont il a été géré, pour parler
vrai...