L'humanité se divise en deux camps bien distincts que tout oppose irrémédiablement.
La ligne de fracture passe très précisément au milieu de la table de ma salle à manger...
D'un côté, on parle fort, on rit à gorge déployée, on bouscule les convenances, mais c'est parce qu'on est si contents, pas vrai ?
Pas tout à fait pour l'autre côté de la table, où l'on s'évertue à faire passer les plats chauds en ramassant ce qui tombe par terre avant que Bébé ne s'en saisisse pour le manger, à débarrasser la
table en même temps qu'on sert le dessert, à laver les douze assiettes du service en retenant du pied droit le chien affamé qui veut se servir directement dans la poubelle. Cinq ans qu'ils se sont
installés près de chez nous "Pour pouvoir vous décharger avec les petits". Ce qui semble signifier qu'ils doivent s'obliger à venir tous les dimanches déjeuner autour de notre table, articuler
trois gouzi-gouzi et se faire servir un repas gargantuesque.
Ils se re-servent trois fois pendant que mes nerfs vrillés par tout ce bruit nouent mon estomac qui ne me permet plus qu'une feuille de salade.
Ils rient du chaos de jouets que les enfants profitent de joncher dans le salon pendant que les adultes sont occupés ailleurs, alors que le désordre nous donne le bourdon.
Après ces agapes, ils n'attendent plus que la promenade digestive, là où le regard de mon mari me parle de cette poignante envie de solitude, de rangement, et peut-être, avec de la chance, d'une
petite sieste. Ça ne sera pas pour cette fois : là, on part se geler dans les bois.
Ce n'est pas que je ne les aime pas. Ils sont drôles et pertinents, vivants, aimants. C'est juste qu'à force de ne pas voir la vie du même angle, on finit par vivre, eux et nous, sur des planètes
différentes. Leur dictionnaire ne contient pas les mêmes définitions que le nôtre. Les valeurs, les couleurs diffèrent dans leur monde.
Un jour je me mettrai avec eux, de l'autre côté de la table. Bébé aspirera les miettes, ce sera toujours ça de moins à nettoyer. Les assiettes seront en carton, ou bien on mangera à la mode
tunisienne, comme ils nous l'ont racontée, un plat unique au centre de la table et chacun qui y va de son coup de fourchette. Le plat sortira du four un peu carbonisé ou déjà trop froid, et ce sera
bien quand même. J'effectuerai le moins de trajets possibles à la cuisine, celui qui énoncera le premier l'objet manquant sur la table aura pour mission d'aller le chercher. Pour passer la barrière
de playmobils on pourra se jucher sur le camion en plastique de mon fils aîné. Et je ne m'absenterai plus, à moins que le sujet de conversation qui m'intéresse soit épuisé.
La table de ma salle à manger va devenir un bon moyen de voyager à moindre frais...
(Seconde participation pour moi au Sablier du printemps deKozlika, aujourd'hui c'étaitl'amorce
7.)
réponse de : Caco (site web)
le: 31/03/2008 17:18:42
si on parlait à ceux qui sont de l'autre côté de la table, de nos définitions différentes, c'était l'idée. Maintenant, c'est vrai que ça a l'air plus rigolo de leur côté...