Je tiens un livre fabuleux entre les mains. Il relate l'aventure sauvage et pénétrante de quelques lapins en mal de garenne, chassés par l'homme et ses
lotissements de parcelles.
Voici le premier extrait que je voulais partager avec vous.
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La pleine lune, déjà bien haut à l'est dans le ciel sans nuage, enveloppait de sa clarté les solitudes du coteau. Pour nous, le jour
n'est pas ce qui chasse l'obscurité. Le jour, lors même que le soleil n'est voilé par aucun nuage, nous somble l'état naturel de la terre et de l'air. Quand nous pensons aux collines, nous les
voyons en plein jour, de même que nous ne nous représentons jamais un lapin sans sa fourrure. Le dessinateur Stubbs imaginait le squelette qui se trouve à l'intérieur du cheval, mais la plupart
d'entre nous oublient son existence : de même, nous concevons rarement les collines sans le jour, alors que le jour ne fait point partie des collines et que le cuir fait partie du cheval. Le jour
va de soi. Mais non le clair de lune. Le clair de lune est inconstant. La pleine lune décroit et puis revient. Les nuages peuvent l'obscurcir bien davantage qu'ils n'obscucissent la lumière du
jour. Nous ne pouvons nous passer d'eau ; nous nous passons de la cascade. Celle-ci, lorsque nous la rencontrons, est un surcroît, une parure. Il nous faut le jour, chose utile de ce fait, mais non
le clair de lune. Celui-ci, quand il descend, ne satisfait aucun besoin. Il transforme. Il se pose sur les talus et les prairies, et sépare la longue tige de sa voisine ; d'un seul monceau de
feuilles roussies, toutes couvertes de givre, il fait une myriade de pétillants éclats ; il file son trait tremblant le long des ramilles humides comme si la lumière elle-même était ductile. Ses
longs rais blancs et durs versent entre les hêtres leur clarté qui pâlit à mesure qu'elle s'éloigne, la nuit, dans le coeur des futaies voilées de poudre et de brouillard. Au clair de lune, deux
arpents d'agrostis, dont les tiges rugueuses, hirsutes comme le crin des chevaux, ondulent à hauteur de cheveille, semblent un golfe houleux tout creusé de replis et de trous ténébreux. Le tapis
est si dru et si serré que même le vent ne peut l'agiter, mais c'est le clair de lune qui paraît le pétrifier. Le clair de lune ne va jamais de soi. Il est comme la neige, ou la rosée des matins de
juillet. Il transforme ce qu'il recouvre, et ne le révèle pas. Sa pâleur même, tellement plus blême que celle du jour, nous invite à penser qu'il s'est surajouté à la colline pour lui donner,
l'espace d'un instant, une propriété singulière et merveilleuse que nous devons nous empresser d'admirer, car elle est vouée à disparaître en peu de temps.
Richard Adams
Les Garennes de Watership
Down
Rex Collings Ltd., 1972
Flammarion, 1976
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J'ai redécouvert le clair de lune à la faveur de cette promenade, et je ne suis pas loin de penser qu'il s'agit d'une des plus belles choses qui me soient arrivées l'année dernière. Je
souhaite renouveller l'expérience cette année - guetter le prochain clair de lune, et m'aventurer sous sa lumière argentée, les yeux écarquillés. Même si je suis fatiguée, même si j'ai des choses à
préparer. Cette beauté n'attend pas. La vie n'arrête pas de passer, pendant que je me croûle sous la répétition des mêmes gestes, jour après jour, clair de lune après clair de lune. Une course
éperdue qui n'a aucun sens, si je ne vois qu'elle. La beauté du monde me guide depuis des années. Cela doit continuer...
Bonne promenade sur les traces du lapin visionnaire et de ses copains. tiens, si le le relisais !