enfant unique

Publié le par Caco

Au travail tout à l'heure se tenait une petite réunion avec une bénévole. Et avec sa lumineuse dernière-née, une toute petite de quelques mois. Elle qui aurait dû s'endormir dans la voiture fut tenue en éveil durant toute la séance par le spectacle de ces deux inconnus qui parlaient avec Maman. Et ensuite par une foule de sourires défilant devant elle, sourires auxquels elle répondait naturellement. Tout autour d'elle provoquait sa curiosité. Chaque imprévu était une surprise. Chaque surprise était une fête.
Et puis son regard a décidé de chercher le mien.
Mon sourire s'est effacé peu à peu pendant qu'elle continuait de me scruter.
J'ai dû détourner le regard pour ne pas fondre en larmes.
Là où elle était ravie de découvrir, mon bébé à moi avait rechigné ou copieusement protesté. Là où elle souriait mon bébé avait crié. Là où elle se réjouissait, mon bébé avait pleuré.
Là où l'une acceptait de vivre avec joie, l'autre s'était révoltée de tout son être...
Tout ce que cette petite fille semblait si heureuse de vivre avait plongé la mienne dans ce qui ressemblait à un abîme de douleurs.

Plus tard, mes larmes ont pu couler. Que n'aurais-je donné pour que simplement vivre soit une limpide évidence pour elle ? La réponse est claire : j'aurais, j'ai, tout donné, faisant tout ce que je pouvais humainement faire. Jusqu'à laisser notre couple se fendiller, jusqu'à me mettre en péril. En vain, bien sûr. Il n'est pas possible de faire le bonheur de quelqu'un sans lui demander son avis.

Aujourd'hui nous sommes sortis de ce chemin de ronces. Nos relations ne sont plus menacées, nous vivons ensemble sans trop nous blesser.
Mais il est toujours inacceptable pour elle de ne voir Papa que le week-end. Le soir une heure, ça ne compte pas. Elle ne surmonte pas non plus le fait que je n'aille pas la chercher à l'école, deux soirs par semaine. Elle souffre quand il est seul avec elle, elle souffre quand nous sommes toutes les deux.
Dans presque tous les cas, elle pleure, colère, crise et tempête.
Et au-delà de notre fatigue, chacun de nous doit essayer de l'accompagner. Mêlant parfois nos larmes aux siennes.
Parce que c'est bien nous qui avons tellement eu envie de la connaître.

"J'étais où, moi ?" demande-t-elle quand elle voit nos photos d'avant, avant elle, avant même que lui et moi nous rencontrions.
"Personne ne sait", lui répond-on. Et je me dis que ça devait être pas mal, quand même.

"C'est pour quand le deuxième ?" nous demande-t-on régulièrement.
Là où nous éludions méthodiquement (et très efficacement, on a eu le temps d'améliorer nos techniques), nous réfléchissons désormais quelques secondes avant de parler vrai, d'expliquer que rien ne fut simple, d'abord pour elle, ensuite pour moi et pour nous. Que notre situation précaire arrange bien nos indécisions. Qu'il nous serait impossible de donner deux fois plus que ce que nous donnons déjà.
Et je me dis qu'il nous manque l'envie aussi. Que ce qui nourrit celle que je suis, ce n'est pas les doux moments passés en famille. En fait, c'est plutôt l'accomplissement professionnel et l'engagement citoyen qui me donnent la force d'être présente et aimante le reste du temps. Avec quelques notes de musique qui ont ce don de me tenir debout. Et les autres arts qui ont celui de me donner envie d'avancer, inlassablement.
En attendant, Mamzelle reste unique.
Ce qui lui correspond, peut-être...

Publié dans un pas après l'autre

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zelda 31/01/2008 09:02

Caco ... Un billet qui touche profondément l'enfant unique que je suis ... pas plus unique que les autres sans doute, mais qui fut plus seule. J'ai trop blessé en livrant le message de mes tripes à ce sujet, comme si la solitude de l'enfant unique était inéluctable, ou forcément douloureuse, parce qu'elle le fut pour moi. Tes mots pansent un peu la vieille blessure en me permettant d'approcher la compréhension. Merci. Et puis j'avais envie de te donner ces mots, atteris il y a quelques jours dans ma boite aux lettres dans une carte de voeux, parce que je les trouve beaux plus peut-être que parce qu'ils feraient écho : "Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à la Vie. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous. Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées. Car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez héberger leurs corps, mais pas leurs âmes. Car leurs âmes résident dans la maison de demain que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves. Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, mais ne cherchez pas à les faire à votre image. Car la vie ne marche pas à reculons, ni ne s'attarde avec hier."(Khalil Gibran)

@tom 30/01/2008 01:29

c'est pas une fille facile, Mamzelle... mais je sais qu'il y a de l'amour entre vous. et ça, ça n'a pas de prix!

Caco 30/01/2008 21:41

C'est vrai. Même si pour l'instant ça ne suffit pas à notre bonheur...

zelapin 29/01/2008 20:32

Carole, il m'a fallu tout ce temps pour pouvoir écrire sur ce billet. Quand je l'ai lu, j'ai eu l'impression de ressentir ce que tu décrivais (la même sensation qu'à 10 ans quand j'ai lu "l'herbe bleue"), alors que je n'ai pas eu une relation semblable avec mes enfants.Le passage qui m'a interpelée est celui où tu dis que ce n'est pas les doux moments de vie de famille qui te nourrissent, j'ai pensé que ça devait être difficile de poser ce constat. Peut-être pas.J'ai l'impression que cette rencontre avec cette petite fille (celle du rendez-vous) arrive comme ça à faire ressurgir cette notion de deuxième enfant et te pousse à réexaminer la situation.Pour ce qui est de ne pas savoir planifier, je comprends.Bref, je n'ai rien à t'apporter en fait, sur ce billet, juste te dire qu'il a remué quelque-chose en moi. Quand on écrit, c'est plutôt rassurant de provoquer des remous chez le lecteur, non?

Caco 29/01/2008 22:24

Je ne sais pas répondre à ta question. Je ne cherche pas à provoquer quelque chose chez mes lecteurs. Je trouve déjà incroyable le fait d'en avoir, à vrai dire. Par contre une chose est sûre je suis très troublée de lire que tu as resenti ce que j'ai ressenti, sans que nous ayons un vécu similaire qui aurait pu permettre la transposition... Vraiment, ça me souffle...Merci de tes mots, Zelapin. Ils me travaillent ce soir (et m'évitent de ruminer, au passage ! ;) ).Potons

bergere 28/01/2008 00:15

Ah mais je n'ai pas dit qu'un couple heureux donnait forcement un enfant heureux. Non j'ai dit que si le couple n'etait pas heureux alors l'enfant ne le serait pas. L'axiome n'est (malheureuseme) pas réciproque. Tout ca pour te dire que le fait de faire de mamzelle une enfant unique ou non c'est votre decision, votre envie, votre vie. Ne surtout ne pas subir la pression exterieure... Rester forts, car a l'heure actuelle il est tres difficile de ne pas resentir de culpabilite en ce qui concerne notre maniere de vivre (d'ailleurs tu es parles tres bien dans certain de tes posts)Quand à Mamzelle, je n'ai pas (encore?) eu la chance de l'avoir rencontrée. Mais selon tes mots et tes photos, il me semble qu'il s'agit d'une enfant éveillée, pleine de vie et de répondant avec un sourire mutin ma foie. Je ne pourrais dire si elle est épanouie ou non, mais elle ne me semble pas respirer le malheur. Des enfants sont plus difficiles à vivre au quotidien que d'autres certes.L'idée essentielle de mon message était quoique vous fassiez, je le sens ce sera pour le meilleur...

Caco 28/01/2008 21:10

Ah ok j'avais mal compris ;)A vrai dire nous ne savons pas prendre une décision... nous avons toujours eu du mal avec les plans à long terme. L'envie est là, et le constat de nos possibilités aussi.Merci du message, Bergere... On espère, on doute, on souhaite, on est contraints... c'est la vie.Merci de tes mots :)

Cécile 27/01/2008 10:57

Caco, tu sais quoi ? J'ai quatre enfants uniques !   ;)

Caco 27/01/2008 11:09

Ben tu m'étonnes que ça soit pas facile tous les jours !!!(Allez, je dis ça parce qu'on a eu un réveil en fanfare, ça va me passer, hein !?)Bon dimanche à vous...