la fin d'un blog

Publié le par Caco

Pieds nus, j'arpente la pente douce de la prairie tellement foulée. Nous sommes peu nombreux à  connaître cet endroit, à y avoir déposé nos sourires, nos soupirs, nos éclats de rires, nos mots enfin.
Mais aujourd'hui, mon pas ralentit, mon sourire s'efface. Ce n'est plus une prairie mais les pages d'un livre que je foule. Un livre vert qui retentit d'échos lointains, connus ou juste découverts, de musiques lascives ou déchirantes. Un livre magique qui nous avait permis d'oublier que tout comme il y eut un début, il y aurait aussi une fin. Mais j'échoue à le quitter, je le feuillette du bout des doigts, je fais jouer ses éclats, je pianote mes larmes. Les sistres résonnent, les violons chantent un air farouche et délicat. Je compulse les images tant vues, tant aimées. Penser à les regarder avec Mamzelle, ce soir, une dernière fois.
Parce que demain... Demain, je ne sais pas. Il n'y aura peut-être plus rien de l'herbe sur laquelle je me suis si souvent étendue. Les fleurs auront peut-être disparu, avec les gouttes de rosée, les clins d'oeil et les courses folles. Il n'y aura peut-être plus aucune ivresse à cette adresse. Juste une page blanche m'indiquant que j'ai dû mal composer, il faudrait réessayer. Coincé de l'autre côté du miroir, je me demande où j'irai ? Sûrement que je resterai là à tourner en rond comme un poisson dans son bocal, essayant d'oublier... oublier que j'ai peut-être tout rêvé...

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(Mes mots embrumés ont induit certains en erreur.
Ce n'est pas "ici" qui se termine. Je crois que je préfèrerais...)

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Depuis feu la "prairie"... 09/02/2008 04:30

Ah mais… moi non plus, je ne saurais me départir d'un livre qui m'a été offert   ;-)À plus forte raison s'il me vient d'une personne chère, cela tombe sous le sens.Sais-tu ce que cet échange ramène au premier plan de ma mémoire ?Cela va faire 3 ans qu'il y a dans notre bibli un livre qui t'appartient   :-oSi tu souhaites le récupérer avant une hypothétique rencontre, c'est possible, hein…Dans ce cas, sonne-moi les cloches… et je te l'envoie !

Lise 28/01/2008 22:55

Je vous contemple avec émotion, toutes deux devisant ici et là, d'un prairie à l'autre.Quelle chance j'ai d'avoir croisé vos pas !

Caco 02/02/2008 12:11

Et moi les vôtres... Je t'embrasse, Lise :)

Depuis l'encore "prairie"... 28/01/2008 04:42

C'est un mystère, cet écho que si souvent nos mots se renvoient… Avant que tu le relèves, je n'avais pas prêté attention au "timing"… j'en suis toute troublée. Que tu y repenses/repanses aujourd'hui n'est pas fortuit, forcément. À mes yeux, en tout cas. Car la connexion qui s'établit allume une lueur dans mon obscurité. Sans pour autant me permettre d'y voir comme en plein jour — ça, y'a aucun risque —  elle n'en éclaire pas moins quelque chose qui m'avait échappé. Moi non plus, je ne comprends pas ce qui se passe… et me dépasse. Je me vois simplement marcher le long d'une digue vertigineuse. Une digue qui va s'étrécissant. Je sais que je ne m'arrêterai pas. Et je ne sais pas, non plus, de quel côté je tomberai quand, tout au bout, le vide happera mes pas. Cela dit, tu vois juste : c'est profond, oui… abyssal, même. À un niveau que je crois bien n'avoir jamais approché (et pourtant…). Lorsque le désespoir veut bien relâcher un peu son étreinte, un souvenir… toujours le même… m'envahit : à chaque fois que je suis devenue mère, ce moment où je n'y crois plus… JUSTE AVANT de donner naissance. Cette impérieuse envie de mourir, là tout de suite, et quelques minutes plus tard… ce bonheur fulgurant d'accueillir le (la) naissant(e) qui vient d' "amèrir" de l'autre côté de mon ventre. L'association, en prise directe avec une telle expérience d' "éveil", est trop entêtante pour que je la botte en touche. Pourquoi dis-tu que "[tu] aimerais être là à [ton] tour pour [moi]" ? Ne l'es-tu donc pas, de fait ? Quant à cette histoire de "hauteur"… c'est un peu une vue de l'esprit, non ? La seule hauteur qui vaille, en effet, c'est… la tienne ! Celle que j'ai suffisamment goûtée pour savoir à quel point elle est tout SAUF en déphasage avec la mienne. Car la Rencontre met toujours de plain-pied… [Cela m'évoque, tiens, l'une des cartes postales que je t'ai envoyée récemment.] J'ajoute ce dont tu te doutes : notre "ado en herbe" accroche avec toi, elle aussi ! Je ne compte pas, d'ailleurs, le nombre de fois où elle me demande de tes (et vos) nouvelles. (Moi aussi, d'une certaine manière, j'offre les livres de notre bibli perso. Jusqu'à ceux que je sais pourtant épuisés et qu'un heureux hasard finit toujours par me faire retrouver… pour les offrir à nouveau !) Han… cette fois, tu as trouvé les mots pour réduire au silence la bavarde que je suis   :-o [Note la recette, hein… car il se pourrait bien que tu en aies à nouveau besoin   :-p    ] Une fois n'est pas coutume, j'arrête pourtant de déguerpir, je fais volte-face, je reviens vers toi, je tends les mains et je t'offre mes paumes pour que tu puisses les y déposer. Ils me brûlent bien un peu carrément, mais… je tiens bon. Par égard pour toi qui m'es chère, tellement…

Caco 02/02/2008 12:10

Cette désespérance, ce moment où tout bascule avant la naissance et dont nous nous étions plusieurs fois entretenues, j'y ai pensé aussi, lorsque tu as annoncé la fin de ton blog.Belle image que celle de la carte que tu évoques. Belle, et juste...Je crains de ne pas faire preuve de ta générosité (dont je suis bien placée pour parler d'ailleurs !), et de garder les livres précieux que je sais épuisés, bien au chaud dans notre bibliothèque ! (surtout si une amie chère me les a offerts... sacrilège ! ;) )Merci de ton geste, de l'accueil que tu as toujours réservé à mes mots, et à toute ma personne.Avec toi par la pensée...

Depuis l'encore "prairie"... 26/01/2008 02:35

Ces mots… Ils ne sauraient être le fruit du hasard, n'est-ce pas ? L'émotion qu'ils vont chercher, si loin et si proche à la fois, fait en moi sauter un verrou que je ne savais même pas. À croire qu'il les fallait pour que mes paupières se décillent sur l'enjeu qui m'échappe en partie… En me faisant réaliser, aussi, ce qui confine au tragi(comi)que : ce point auquel je ne sais, en toute chose, faire marche arrière… [Si le dicton dit vrai, alors je fais assurément partie de ceux que l'on peut qualifier d' "imbéciles"…] Mais bon… je l'accueille, ton invitation. Pas seulement parce que la date-butoir que je me suis fixé est encore à quelques encâblures du dernier "clic". Pas seulement parce que LA condition qui à l'ultime me l'autorisera n'est pas encore réalisée (mais elle le sera forcément tôt ou tard, c'est impossible autrement). Pas seulement pour tous mes schémas, quoi… mais aussi par égard pour les courants d'air qui seuls savent redessiner nos vies le temps d'un battement de cils. Jusqu'en se dérobant, tes mots approchent en effet l'Étoile qu'il nous est donné de décrocher pour peu que la Relation advienne. Cela sème chez moi une interrogation lancinante : pourquoi ce bien-là finit-il immanquablement par me faire si mal qu'alors je ne sais plus que le fuir ? Et disparaître comme pour ne pas… disparaître ? J'ai pensé à toi mercredi, lorsque notre ado en herbe est venue me demander de lui dénicher un livre à lire dans notre bibliothèque. [Pfiou… quelle confiance, hein ?!   :-o   ] Je me suis trituré les méninges, jusqu'à ce qu'il finisse par me tomber dessus tout seul, celui qui allait de soi : "Anna et Mister God"… raison de ma pensée vers toi. Elle a plongé dedans, donc, et… elle accroche ++ Et ça me replonge 20 ans en arrière… et je me dis qu'elle en a encore 10 de moins… et ça me fait un de ces effets, bon sang…

Caco 26/01/2008 21:34

Mon "invitation", en la formulant, m'a rappelé celle que tu avais posé sur mes maux, il y a... ouch, 9 mois...Ce passage, personne d'autre ne pouvait m'y accompagner mieux que toi. Je ne sais pas pourquoi j'y re-pense (re-panse ?) là, aujourd'hui. Je n'ai pas compris quel aboutissement en toi signait la fin de ton blog, mais je crois sentir quelque chose d'infiniment profond, et une tristesse qui sourd, et là les mots m'échappent encore. Je crois que j'aimerais être là à mon tour pour toi, et que j'ai peur de ne pas être à la hauteur...J'accroche à ce même livre, j'accroche à ton "ado en herbe", et je ne sais pas pourquoi j'y vois un lien ?(Je peine toujours à donner un livre à lire, moi aussi. J'ai même renoncé à acheter un livre pour quelqu'un, à moins que je ne l'ai lu au préalable. Du coup pour aller au plus simple, j'offre des livres de ma bibliothèque. Ce qui en outre se marie bien avec les marque-pages ;) ).Ta présence non plus ne me quitte guère, tu sais. Il y a eu comme un phénomène d'imprégnation, et tellement de choses à présent me rappellent toi, ton univers, les valeurs que tu protèges... une multitude de beautés indicibles que je porte en moi, désormais. Tu m'as rendue riche de ça, et j'ai envie que tu le saches, et que tu en sois remerciée.Je t'embrasse.

Depuis l'encore "prairie"... 21/01/2008 05:56

Je te lis, encore et encore… et je me pince, encore et encore. L'ai-je moi aussi foulée, cette "prairie"… vraiment ?   :-o Ou bien mes sens étaient-ils déjà fermés à ce point-là ? Tes mots me secouent, comme seuls ils savent faire. À m'en faire douter, presque. C'est comme un vertige qui n'en finit plus de m'étourdir… Alors, là tout de suite, je ne sais plus qu'une chose. Me souvenir encore de la magie que tu m'as offerte : comme tombant du ciel, cette connexion nocturne que jamais je n'oublierai. Cette aiguille en forme de "fil" que tu fus la seule — toi oblige — à tirer de ma botte de foin… Je t'embrasse.

Caco 23/01/2008 09:54

Je crois qu'il n'y a pas de décision juste sans une bonne dose de doutes... Je te souhaite de te donner le choix, jusqu'au bout.Quant à moi, je garderai toujours en mémoire le doux cliquetis de nos mots l'une chez l'autre, au même moment, une certaine nuit d'hiver :) Et à la peine que j'éprouve aujourd'hui, je me rends compte, de plus en plus, à quel point nos partages à tou(te)s nous marque, profondément, durablement. Ou plutôt je me rends compte que je ne sais rien, que ma seule mesure est mon ressenti, et qu'il me retransmet une sensation d'immensité, de réalité voilée, d'intuition partagée... à ce stade, les mots se dérobent. Juste, ils me laissent encore un message : le plus court chemin vers soi serait celui qui mène aux autres.J'arrête là, d'ailleurs je ne sais plus trop ce que j'écris ni si cela aura un sens pour quiconque.Et puis il faut qu'on parte acheter une bague brillante, alors tu vois ;)Je t'embrasse