de nuit et de neige

Publié le par Caco

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Nous avons attendu le crépuscule avant de nous mettre en route. Deux d'entre nous ne pouvaient suivre, elles sont restées ensemble, la plus jeune et la plus âgée. Les deux extrémités de la chaîne familiale allaient se tenir au chaud loin de nous, ce soir.

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Nous espérions la lune mais elle ne blanchissait qu'une lointaine nuée. Les deux accompagnateurs ainsi qu'un vaillant montagnard du cru familial se munirent de frontales. Ils ne les utiliseront qu'en cas de nécessité, nous prévinrent-ils.
Nous attachâmes nos raquettes avant de plonger dans la nuit.
Abandonnant les frêles lueurs humaines, le seul spectacle entier devint peu à peu la voûte céleste qui se dégageait des denières traînées nuageuses. Leur scintillement annonçait un lendemain ensoleillé. L'on s'arrêta quelques instants pour admirer certaines constellations , et l'immense Voie Lactée.

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Nous longeâmes le bord d'une piste avant d'arriver dans la forêt de résineux. On distinguait leurs ombres démesurées et le blanc de la neige, sous nos pieds. La sensation de froid se dissipait. Nous descendions en parlant un peu, riant de Laure et Titilou qui s'emmêlaient toujours un pinceau dans l'autre, et avaient le chic pour dénicher le moindre trou de rivière. Certain valeureux aventurier racontait ses nuits en montagne. Les abris naturels qu'il trouvait, les nuits entrecoupées qu'il y passait.

Ils ont allumé leurs lampes pour que l'on puisse voir les forêts de cristaux qui s'étalaient à nos pieds.

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Au pied d'une belle rouge, près de la lueur de la même teinte, l'ascension a commencé. Les voix se sont tues, les oreilles se sont tendues, la vigilance de chacun s'est accrue. Le chemin était serré et incertain. L'effort physique inhabituel pour beaucoup. Après un dernier éclat de frontale, les rangs se sont serrés.

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Le chemin sinuait entre les sapins. La pente était douce mais constante. La rivière toute proche approchait de ses minuscules méandres. S'y mêlaient parfois des racines, offrant un pont léger à nos pas hésitants. A mots comptés, l'on murmurait les pièges à éviter à celui qui suivait.

Après deux bifurcations rapprochées, les grands arbres se sont rangés et l'on s'est trouvés au milieu d'un grand passage au bout duquel l'on distinguait la lumière du refuge. Et les jappements empressés de la maîtresse de céans, Cannelle, un énorme dogue brun.

Nous entrions avec joie dans le cercle de lumière, et pourtant, en ôtant les raquettes, un vertige m'envahissait. Je cherchais dans les yeux vagues des autres humains du troupeau, et il me semblait lire le même dans leurs évitements.
Les lambeaux de nuit s'accrochaient à nous, tentant vainement de reflouer les sensations habituelles que la vue nous procuraient. Finalement, nous n'étions pas si heureux que cela de retrouver la chaleur d'un abri et la douceur tamisée de sa lumière. Nous étions au chaud aussi, dans cet univers tissé de nuit et de neige. Nous y voyions de toute notre ouïe, de toutes les vibrations de nos pas. Jusque tout au fond de nous.
Nous sommes restés un peu sur la terrasse gelée, remerciant nos guides en goûtant une liqueur de genépi. Les vapeurs de la nuit se sont dissipées. Nous avons cédé aux feux langoureux de la cheminée.

Après un repas copieux, nous sommes repartis. Cette fois, dame Lune s'était dévoilée et éclairait la scène de ses rayons argentés. On voyait presque aussi bien qu'en plein jour, et nous étions trop occupés à faire les idiots dans la poudreuse sous cette rare luminosité, pour prendre une ultime photo de ce désert de neige, de ses dunes étincelantes et de ses oasis de piquants.

C'était ma première randonnée en raquettes. On a recommencé, après :)



Publié dans les yeux ouverts

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mirza 08/01/2008 07:03

Le rêve :-)

Caco 08/01/2008 21:29

:)

@tom 08/01/2008 01:29

Waah c'est chouette! ça donne énormément envie: tes photos, ton récit... Et une raclette pour terminer?

Caco 08/01/2008 21:28

Une tartiflette ! :)

Pat 07/01/2008 10:24

Quel beau récit, j'ai l'impression d'y être ... tout cela devait être magique.

Caco 07/01/2008 18:13

C'était inoubliable.Magique, oui... et bien réel, en même temps. Je ne peux pas m'empêcher de penser que l'on doit ressentir des émotions similaires en se promenant de nuit et sans éclairage... où que l'on soit !Tiens, puisque l'heure est aux résolutions, voilà que j'en forme une : me promèner encore de nuit au clair de lune...

Lise 06/01/2008 00:02

Yeux écarquillés, sens en éveil, le corps qui travaille, et ces liens si forts dans la nuit entre compagnons de route, la magie est si sensible à travers tes mots...

Muriel 05/01/2008 19:57

Quelle expérience ! Je t'envie !