Vendredi 16 novembre 2007
Un atelier pour calandrons au musée. Dès que je l'ai su, je me suis portée volontaire pour les accompagner.
Cet après-midi, je me suis donc munie du cadeau d'anniversaire de mon perspicace Homme des bois : mon carnet de croquis, encore vierge... Faute de temps pour renouveler certain essai.
Nous avons donc cheminé en ville, traversé le jardin à la française, gravi les marches de l'édifice de pierres blanches et pénétré dans les salles blanches, bois et marbre de l'ancien Evêché. Ils chuchotaient à voix presque haute, essayant tant bien que mal de respecter ce silence, et la présence de tous ces portraits qui les contemplaient de haut.
Point de visite cette fois : les pièces glissèrent sous nos pieds pressés. Quelques esquisses au fusain accrochèrent mon regard, ma tête, mon buste et le reste de mon corps dut consentir à se laisser gagner par la contemplation. Mais point trop n'en faut : les vingt-deux loupiots commençaient déjà à prendre place autour des grandes planches sur tréteaux.

Les consignes de l'exercice du jour furent expliquées. Nous travaillerons sur les portraits, et plus particulièrement sur les regards. Puis réexpliquées, sur les marches d'une enfilade de pièces immenses. Chacun déambula ensuite à sa guise, repérant les portraits qui l'attiraient le plus. Ils ne se déplaçaient plus en petits groupes mais faisaient face aux toiles. Je les vis concentrés, impressionnés, joyeux, indécis... et silencieux. Prenant leur place, qui assis en tailleur, qui à plat ventre sur le parquet, qui adossé à un mur...

Alors je m'enquis à mon tour des habitants de ce quartier chic. Et j'ai vu les toiles comme je les vois toujours. Les visages expressifs semblaient bouger. Des timbres de voix se détachaient. Des accents inconnus se faisaient entendre. Un professeur rigide m'expliquait le pivot de Gauss. Un verre de cristal tintait. Un maraud moqueur traversait une scène tragique en courant. La douleur d'une agonie traversait un homme. La même qui, juste à côté rendait un éphèbe extatique... Cela ne dure qu'un instant mais recommence de plus belle dès que je pose mon regard de nouveau sur la toile.

J'ai bouclé un dernier tour et me suis attaquée au portrait qui magnétisait le plus mon regard...

Caco3.jpg
d'après Portrait d'une Femme (Federico de MADRAZO Y KUNTZ)
 
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