quatre plus quatre

Publié le par Caco

Huit semaines depuis la rentrée...
Au bout de quatre semaines, elle comprenait déjà tout ce qu'on lui disait en occitan, cette langue que jamais elle n'avait entendu précédemment.
Et aujourd'hui, au bout de huit semaines d'immersion, pour la première fois, elle a répondu à sa maîtresse en langue d'oc.
Elle n'a eu qu'à reproduire les mécanismes qu'elle utilise déjà en français, elle qui le parle comme un livre au bout de trois ans et demi (ne pas oublier le demi, c'est pas le moment ;) ), cette compréhension intuitive qui fonctionne à tous les coups, cette observation de chacune des attitudes de son interlocuteur, cette analyse fine du moindre changement de ton...
Parfois je ne m'étonne plus de ce qu'ils se croient tout-puissants...

~

Une minute occitaniste - mais pas que, cet extrait d'entretien me fait réfléchir sur plusieurs aspects de la langue française, personnellement...
Mais occitaniste tout de même, j'assume, et puis ça faisait longtemps, hein !?

Claude DUNETON : (...) Ce qui a été envoyé par l'école aux gens de toutes les régions de France, c'est la langue d'une classe sociale. Et c'est valable aux portes de Paris. Le paysan de la région parisienne a un tas de mots pour désigner les outils, qui ne sont pas reconnus, ils ne sont pas dans le dictionnaire.
Les hommes apprenaient le français à l'armée, enfin, une espèce de sabir, tous les parlers de la France brassés (c'est totalement abusif de dire que ces gens-là parlaient le français !), et ça n'avait aucune influence sur le reste de la famille. C'est au moment où les filles ont été scolarisées que tout change. Entre 1910 et 1920, avec la guerre de 14 au milieu.

OC.SEGUR :
Et après la guerre, les femmes ont beaucoup plus travaillé à l'extérieur, à la ville, et elles ont davantage parlé français.

Claude DUNETON : Oui, mais parler français comme une langue étrangère (...). Pendant très longtemps, les gens ont été bilingues : français-italien ou français-espagnol selon les époques. Maintenant, c'est français-anglais, ça risque même d'empirer. Ce refus du bilinguisme qui a été imposé aux enseignants occitans, bretons, etc. c 'est une régression culturelle. Il faut voir aussi qu'un certain courant progressiste a passé par le français : il y avait les bouquins, les premiers écrits socialistes l'ont été en français. (...)
Les enfants apprenaient très vite le fraçais. C'est un phénomène de colonisation, ça. Mais le plus étonnant c'est que ce phénomène en France n'est pas seulement une colonisation de classe, par rapport à une langue de classe, parce que les provinces franchimanes, les populations, ont été elles-mêmes colonisées, non pas par leur propre langue, mais le substrat de la langue devenu littéraire, bourgeois. (...)


tiré d'un entretien accordé par Claude DUNETON à la revue OC.SEGUR (1977)

Publié dans un pas après l'autre

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@tom 27/10/2007 21:03

Oui, c'est juste ce que dit Duneton. En même temps, imagine le bordel que ce serait si toutes les régions de France avaient leur propre patois toujours en vigueur, au lieu du français! Ceci dit, je suis pour les écoles occitanes, bretonnes, basques, corses...

Caco 28/10/2007 01:46

Ah oui !?Pourtant ces parlers sont en vigueur... la preuve ;)Ils sont officiels dans d'autres pays comme l'Espagne, pour parler d'un pays occidental, de culture latine aussi, et pas très loin de la France.Moi je crois que si les langues minorisées étaient réhabilitées et de nouveau transmises, on deviendrait "juste" bilingues. Et que ça serait pas mal pour l'ouverture des petits français aux autres langues, et tout à fait intéressant pour comprendre nos voisins immédiats !Toi qui parles un nombre impressionnant de langues étrangères... Trouves-tu que ça met le bazar dans ta tête ? Moi je trouve au contraire que ça donne des éléments de comparaison très concrets et de la profondeur à la réflexion... et au ressenti aussi...Qu'en dis-tu ?

bergere 26/10/2007 19:08

Dans un tout autre registre, puisqu'ici il n' y a vraiment aucun moyen d'avoir une ecole occitante ici... Mais une remarque concernant les petits bouts... J'ai un peu balisee pour Choupinou, de 1-2 and creche italienne, puis juste au moment de l'apprentissage de la langue voici qu'on la deracine et qu'elle atterri dans une ecole anglophone (oui car Choupinou va a l'ecole a 2 ans, c'est pas une creche mais une ecole montessorri) bref la voici confrontee a une 3eme langue (et meme pas latine). Que ca me faisait mal au coeur les premieres semaines de la voir paumee dans un monde ou elle ne comprenait rien. Et puis j'avais tellement peur qu'elle n eparle pas (tout le monde me disait qu'elle ne parlait pas assez pour son age etc...) Mais a present je vois ce petit bout de femme de 2 ans pas encore et demi qui parlent en anglais (avec un accent au combien plus classe que le notre) Si elle ne fait pas encore vraiment la separation entre l'usage des 2 langues, la comprehension est aquise. Je commence a croire que Montessori avait raison. C'est entre 0 et 6 ans que le cerveau est le plus performant... Moi je les trouve extraordinaire nos petits bouts. Lorsqu'on leur donne des possibilites ils les exploitent au max...

Caco 28/10/2007 01:41

C'est im-pres-sion-nant :oSont vraiment forts nos petitous...

zelapin 23/10/2007 22:20

c'est vrai que c'est un peu hallucinant (au vrai sens du terme) de les voir parler cette langue au bout de quelques semaines d'immersion (enfin, 24 heures par semaine, c'est pas tant que ça!).j'étais accompagnate d'une sortie la semaine dernière et tu aurais entendu (du cp au cm2) comment ça fusait, j'ai découvert mon loulou répondant, intervenant comme si il n'avait jamais parlé français (il est en cp)! en plus, c'était beau à entendre et ça allait bien avec le paysage (c'est bizarre ce que je dis, est-ce-que le norvégien est assorti aux fjords?).au fait, bien reçu ta réponse, on poursuivra l'échange?

Caco 23/10/2007 22:59

Ton commentaire m'a fait rire... et pourtant, c'est si juste : cette langue me paraît tellement proche du territoire qui l'a vue naître ! Et les différents destins de l'occitan, ces parlers multiples que l'on appelle encore patois*... autant d'accents subtils, rocailleux ou rieurs, coulés ou appuyés... autant de paysages linguistiques à explorer. Oui, je voyage aussi en écoutant l'occitan. Des terres rouges de l'Aveyron aux plaines nonchalantes qui m'ont vue grandir, des monts pyrénéens au vent littoral...On poursuivra l'échange si tu le souhaites, avec grand plaisir ! :)*dire que le mot, éthymologiquement, découle de "pataud"... Elitisme aveugle...