s. francisco

Publié le par Caco

En postant mon pli, je me demandais s'il arriverait à la bonne destination. L'adresse m'avait pourtant été confiée par une source sûre... Je doutais certainement plus de mon audace, et de cette étincelle qui m'avait poussée jusque-là. A me souvenir de sa date de naissance, à montrer patte blanche pour obtenir une adresse, à croire qu'un bout de papier et la promesse d'une envolée l'extirperait d'un quotidien si exigeant.
A moi, cela me suffisait. Largement. C'est ma folie, ma douce folie ordinaire. Ma plaie et ma salvatrice.
Pas sûre de la partager à ce point-là avec elle. Elle qui m'a toujours paru si sage, si douce.


Evidemment, arrivée à l'aéroport je ne la trouvais pas. Je guettais les visages à l'enregistrement. Hommes d'affaires fringants, expatriés des deux bords de l'atlantique, voyages de noces, quelques baroudeurs friqués... Mais d'elle, pas de visage. C'est au duty-free que je me souvins que je n'avais jamais voyagé seule. Mais aussi que j'avais fait pire, seule avec une petite soeur mineure à qui il n'arrive que des histoires impossibles.
De toute façon, j'ai toujours su au fond de moi que cette ville me réserverait un éventail de surprises. C'est ainsi que j'embarquai le sourire aux lèvres. Tè, si ça se trouve, elle était déjà là-bas. Les yeux dans le vague et le sourire flottant, je laissai les films des possibles se dérouler dans ma tête.
C'est alors que je la vis. Les yeux pétillants et le rire au bord des lèvres. A la fois improbable et évidente, c'était trop drôle ! Nous avons commencé à discuter, mimant les attitudes d'une voisine bruyante, simulant le scandinave, le mandarin ou l'arabe devant un stewart un peu pincé. Goûtant à l'ivresse des hauteurs, nous avons supposé ce qui nous attendait, là-bas, là où je l'emmenais, à San Francisco.

En sortant de l'aéroport, l'éblouissement. La lumière, les couleurs, les mouvements tous ascendants... la musique d'une banda, que nous suivîmes quelques rues...
Pour les détails pratiques du périple, l'une choisissait les phrases que l'autre devait prononcer. Quand le jeu menaçait de nous lasser, nous choisissions aussi une autre langue. Finalement, nous ne pûmes articuler un mot sans rire à gorge déployée. Les autochtones ont dû nous trouver sacrément barrées. (Et pourtant, là-bas, vous savez...)
Fortes de nos exploits de la journée, nous nous offrîmes de quoi nous sustenter. A San Francisco, ça veut dire des choses à manger, à boire et à respirer ! Comme si nous avions besoin de vertige, encore. Mais que voulez-vous, il nous fallait bien sacrifier à quelques-uns des clichés du voyage.
La nuit sur la plage m'apparut peuplée de grenouilles, méduses multicolores et autres feux follets. Je crois qu'on a encore parlé. Les yeux dans les étoiles, la main dans la main, nous nous sommes détachées de nos dernières heures sombres. C'est pour cela qu'elle dure si longtemps, la nuit : en rêves ou les yeux ouverts, tout ce qui s'envole de nos vies, elle l'ensevelit.


Quand l'aube a commencé à griser le paysage, un coup d'oeil à nos mines pâles et sereines nous informa que l'heure du retour pouvait sonner. Nous avions fait un petit tour de notre monde, parcouru tout un cadran ensemble. Les pieds nus et les cheveux au vent, nous avons remonté le courant. Offert nos dernières grimaces dans le dos à des douaniers bougons. Lorsque les nuages furent trop loin pour qu'on les photographies, le sommeil nous gagna, enfin.

Ça faisait tellement longtemps. J'en avais tant besoin !
Merci pour l'escapade...



Publié dans les mille et une...

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cecile 10/05/2009 20:55

je savais bien que c'était pas un salaud !!

cecile 10/05/2009 15:13

des nouvelles de John ?

Caco 10/05/2009 20:54


:D
Dommage que tu ne puisses pas me voir rigoler, là tout de suite !!
Alors oui, je l'ai vu l'autre nuit !
Il t'embrasse, mais moi d'abord !! :D


c�cile 05/11/2007 23:32

Tu as réussi... et c'était fort beau et touchant...Merci, Caco.

Caco 06/11/2007 07:58

J'ai rarement eu auditoire si attentif... Merci ma Cécile :)

C?cile 05/10/2007 10:05

Ce sera forcément plus doux et plus beau que ce qui m'entoure chaque jour...

Caco 06/10/2007 06:26

On va essayer ! ;)(ça va être dur de jouer sans rigoler...)

C?cile 04/10/2007 22:17

Et moi donc !

Caco 04/10/2007 22:25

Tant pis pour tes oreilles ;)