J'ai entamé la lecture de Femmes qui courent avec les loups (Histoires et mythes de l'archétype de la Femme sauvage) de Clarissa Pinkola
Estès. Si on investit les différentes parties de son mental comme les pièces d'une maison, voici un livre qui montre les accès dérobés, les coins dissimulés et mal-aimés. Leurs portes sont ouvertes
depuis toujours. Une bougie à la main, il suffit de s'y aventurer. Certains seuils alimentent la flamme et on découvre alors des murs dont chaque pierre raconte les étapes de sa construction, un
plafond qui enferme, et de drôles de fantômes. D'autres endroits sont si grands qu'on n'y voit guère avec sa frêle lueur tenue à bout de bras... Dans certains autres, c'est un petit courant d'air
qui souffle votre flamme… demi-tour, la visite sera pour un autre jour !
L'auteur explore les symboles de contes traditionnels du monde entier pour nous livrer les messages puissants de ce qu'elle appelle la Femme sauvage,
archétype instinctuel résidant dans les tréfonds de chacune d'entre nous. La Femme sauvage renferme notre puissance de vie, notre créativité, l'immensité de nos possibles, notre guide
initiatique. Elle est la petite voix au fond de nous qui nous met en garde de temps en temps, le rire immuable et nos hurlements silencieux.
Chaque paragraphe de ce livre est intense, émouvant, drôle ou tragiquement triste.
Je ne vous donnerai pas plusieurs extraits, comme j'aime à le faire habituellement, parce qu'ils ne livreraient qu'un puzzle de l'architecture
de mon monde intérieur, et qu'il me semble réducteur de présenter ce livre ainsi. Il est bien trop riche pour cela. Toutefois, je ne résiste pas à vous en donner juste un, pour le
plaisir…
*
L'idée que se fait notre culture du corps en tant que sculpture et rien d'autre est fausse. Le corps n'est pas de marbre. Son but est de
protéger, de contenir, de soutenir, d'enflammer l'esprit et l'âme qu'il renferme, d'être un reposoir pour la mémoire, de nous remplir de sensations – c'est la plus haute forme de nourriture
psychique. Il est là pour nous élever, nous propulser, nous prouver que nous existons, que nous avons un poids et le sol sous nos pieds. On se trompe en le considérant comme un lieu qu'il faut
abandonner pour s'élever vers l'esprit. Sans le corps, on n'aurait pas l'impression de franchir des seuils, de s'élever, d'être délivré de la pesanteur. C'est lui qui nous le fait ressentir. Le
corps est la fusée de lancement et dans le nez de cette fusée l'âme, éblouie, contemple par le hublot la nuit constellée d'étoiles.
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Je l'ai d'abord dévoré d'une traite, il ya quelques années, pleurant par endroit, ne comprenant pas tout.
Je le reprends régulièrement, par morceaux, pour savourer ce qui avance, découvrir ce qui émerge.
Il m'accompagnera longtemps :-)