l'éducation populaire /3 : en parlant de l'école...

Publié le par Caco

L'Education nationale éprouve des difficultés pour éveiller la conscience citoyenne, développer le goût d'apprendre et d'expérimenter, libérer la créatibité et l'imagination des enfants, des adolescents et des jeunes adultes. Elle a promu et continue de promouvoir l'individualisme, la mise en compétition et la valorisation des meilleurs. Les plus aptes à assumer ce régime sortent de la machinerie sans grand dommage apparent. Les autres se débrouillent et quittent le système plus ou moins meurtris. Celui-ci est normalisateur dans sa pédagogie et son architecture des parcours. Les élèves et les ensseignants souffrent dans un dispositif qui telle une machine folle s'est emballé et les dévore. Les résistances aux changements corsètent l'ensemble du système et le conduisent à l'immobilisme, malgré, ici et là, les initiatives d'enseignants et aussi de parents d'élèves qui refusent de sombrer dans le malaise général. Par leurs actions, ils apportent de l'optimisme et de l'espoir dans un milieu trop replié sur lui-même. L'Education nationale, en même temps qu'elle apprenait à lire, à écrire,  compter et à préparer à divers métiers des générations d'élèves, a transmis l'idéologie dominante, et tour à tour, elle a inscrit dans ses manuels et ses cours l'entreprise coloniale et l'ethnocentrisme, la défense du nationalisme et de l'esprit de revanche militaire, la distinction sexiste des rôles des hommes et des femmes. L'individualisme, l'élitisme et la performance, des valeurs dominantes de la société, ont été intégrés par l'Education nationale. Portant un regard critique sur le système, Albert Jacquard souligne :

"Pour être soi, en communion avec l'autre, cela suppose en particulier de lutter contre la compétition (...) qui consiste à dire : je te regarde et je vais te dépasser, je vais te détruire, je vais te dominer. Cela ne sert à rien, se ce n'est se détruire soi-même. Le ver est dans le fruit de la société occidentale, c'est cette prétention qu'il y a d'enseigner aux enfants qu'il leur faut réussir en tant qu'individu, réussir plus que les autres, courir plus vite, devenri PDG (...) A quoi cela sert ? C'est un suicide. C'est cela qu'il faut dire aux enfants".


Gérard Bonnefon, Penser l'éducation populaire (Humanisme et démocratie), Chronique Sociale, 2004

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J'aime l'éclairage de cet auteur, moi qui ai traversé l'école "sans grand dommage apparent". J'aime qu'il souligne ces entraves à la construction d'une société plus respectueuse de tous. Par contre je ne suis pas sûre qu'il soit juste de mettre l'esprit de compétition qui caractérise cette société, sur le dos de l'école... Je sais en être totalement dépourvue pour ma part, d'ailleurs je ne crois pas que l'école me l'ait transmis ne serait-ce que provisoirement. Par contre il me semble que la race humaine a toujours été un peuple de conquérants, et que les groupes humains ont bien toujours été menés par des "chefs de meute"... J'ai d'ailleurs déjà observé en groupe (amical ou de travail) un meneur se "détacher" (par le discours) à un moment donné, et les autres le suivre. Et quand il y en avait plusieurs, de ces "meneurs", l'affrontement avait généralement lieu, si les circonstances regroupant les personnes en présence devaient perdurer. Le plus charismatique parvenait alors à imposer son autorité à l'autre et à remporter l'adhésion du groupe. Par contre lorqu'il n'y en avait pas, l'immobilisme et le malaise semblait s'installer peu à peu - comme si le "meneur" était nécessaire à la cohésion du groupe...
Qu'en dites-vous ?

Publié dans lectures

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N
suis venue laisser une bise
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M
Moi aussi je suis sortie (tard...) de l'école "sans grand dommage apparent". Mais faut voir le résultat... <br /> <br /> Tiens, pendant ma dernière conf' à Toulouse début juin on a commencé à parler entre nous, jeunes docteurs, du fait qu'on l'on se moquait continuellement des querelles de pouvoir entre nos ainés, mais qu'il y avait toutes les chances pour que l'on devienne pareils à notre tour. On se disait que l'on voyait déjà dans les grandes lignes qui allait faire quoi. C'est bien une histoire de compétition, d'être le premier, le meilleur, le plus connu. Et si l'on sait que l'on n'est pas le meilleur alors on va chercher un autre terrain sur lequel on pourra avoir pignon sur rue. <br /> <br /> La compétition on est tous en plein dedans (nous, les jeunes docteurs). Parce que pour trouver un job il faut réussir un *concours*. Etre le meilleur, le plus convainquant. Sinon on disparaît. Avoir le plus de publis, de séjours à l'étranger, de contacts, de soutiens, le meilleur rapport de thèse, etc. Et on en est conscients. Certains tentent de dépasser ça, quelques-uns y arrivent. J'ai essayé plusieurs fois de me serrer les coudes avec d'autres, mais la plupart ne répondaient pas. Ne pas donner une info cruciale, ne pas aider les autres au risque de perdre son avance. C'est terrible, ça me fait froid dans le dos. <br /> <br /> Ça vient du fait qu'il n'y a pas de place pour tout le monde, en fait. Quand il n'y a pas cette pression, alors c'est moins difficile. Et c'est drôle parce qu'à l'école, pourtant, il est censé y avoir de la place pour tout le monde, par définition. Donc la compétition, l'élitisme et compagnie devraient y être complètement hors de propos. Mais non. Etrange. Désolant, parce qu'effectivement ça brise des paquets de gens. Bourdieu avait très bien expliqué la situation, et c'est toujours exactement la même chose (sauf exceptions individuelles). <br /> <br /> KaMaïa, je ne pense pas, de mon côté, que social signifie hiérarchisé. Une société c'est un ensemble de personnes, c'est tout. Par contre, dès qu'il y a volonté de "faire quelque chose" à partir de ce groupe de personnes, là on a tendance à mettre une hiérarchie en place. Mais ce n'est pas une condition sine qua non en soi. <br /> <br /> En résumé de ma tartine (si j'y arrive...), je ne crois pas que l'école soit responsable de l'esprit de compétition, mais je pense que cet esprit n'y a aucunement sa place, et ne comprends pas pourquoi on l'y maintient. <br /> <br /> Et merci Caco pour ce billet :-)
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C
Pourquoi on l'y maintiendrait en effet ? Le fait que les professeurs soient issus de recrutements de type compétitif les place en effet dans cette dynamique pour l'aspect professionnel de leur vie, comme tu le dis au sujet de la discussion avec tes "collègues" à Toulouse ? Et que du coup, ils fonctionnent comme ça dans les classe et forment les élèves dans ce sens ?Merci à vous aussi de ces commentaires passionnants... :)
M
Peut-être que l'école n'est pas responsable de l'esprit de compétition, mais elle l'encourage quand même, non ? Est-ce que c'est inhérent à l'être humain, je ne sais pas. Mais c'est assez répandu quand même, de vouloir faire mieux, être mieux, avoir mieux que son voisin. Avoir le plus gros tracteur même s'il faut pour ça s'endetter sur des années alors que le vieux suffirait...J'imagine bien quand même qu'aux temps préhistoriques on avait déjà envie d'être le meilleur chasseur... peut-être que l'être humain a besoin d'une motivation extérieure pour donner le meilleur de lui-même ? Mais pas tous les êtres humains :-)
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C
Ah non, pas tous ;)J'en parle souvent avec l'Homme des bois, un amateur de sports qui a aimé, et qui aime toujours, la compétition. Pour moi, sport et compétition sont antonymiques. Il dit que je ne peux pas comprendre, n'étant qu'une fille (il aime bien sacrifier aux vieux mythes éculés de ses ancêtres machistes lorsque ça peut lui éviter de discuter devant un match de foot ;) ).Mais je m'interroge tout de même : serait-ce un trait plus habituellement masculin ? Parce qu'il me semble que dès petits, certains garçons aiment bien les jeux compétitifs...Témoignages bienvenus !
K
Un meneur nécessaire à la cohésion du groupe ?Ca dépend si le groupe  a un projet, veut atteindre un but... ça dépend...Un meneur, un leader est, je crois, nécessaire s'il y a un but, un objectif commun à atteindre pour canaliser les forces en présence dans la même direction. Alors oui, je suis d'accord avec toi. Encore faut-il que tous, dans le groupe, acceptent et souhaitent atteindre le but commun.Sinon, pas besoin de meneur, chacun fait sa vie dans son coin... mais on sort alors de tout système d'organisation sociale ou politique. Ou plus exactement on rentre dans le système particulier de l'anarchie. Et les expériences historiques d'anarchie (au sens politique du terme) n'ont pas tenu sur la durée, ou tout au moins pas à l'échelle d'une population importante : http://fr.wikipedia.org/wiki/Anarchie#Exp.C3.A9riences_historiques Même en démocratie, il y a toujours un meneur.Après, il y a le besoin de reconnaissance de chacun... qui reste un besoin humain et qui peut pousser l'un ou l'autre ou plusieurs à vouloir occuper la place de meneur.L'homme serait parait-il un animal social... est-il également naturellement un animal hiérarchisé ? D'ailleurs, social ne signifie-t-il pas hiérarchisé?Quand mon Frérot, éducateur canin, dit que le chien est un animal social, cela veut dire que non seulement il vit en meute (la meute peut tout à fait signifier ses maîtres et leurs enfants) et qu'il occupe de fait une position plus ou moins élevée dans la hiérarchie de la meute.Tout le boulot de Frérot en rééducation canine consiste à faire comprendre tant au chien qu'à ses maîtres (plus difficile) comment remettre le chien à sa juste place dans la meute familiale, à savoir au plus bas niveau hiérarchique.
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C
Un meneur nécessaire à la cohésion du groupe ? Ca dépend si le groupe  a un projet, veut atteindre un but... ça dépend...Les remarques qui me viennent à te lire : j'ai remarqué en vacances (sur un week-end ou plus) que cela arrivait aussi. Les "projets" pouvaient se résumer là à "faire quelquechose de mémorable de sa journée". Et même parfois dans des groupes qui ne se réunissaient guère (sur des forums par ex). Souvent, quand une discussion devenait vive, une personne imposait son point de vue, sous couvert de propos moralisateurs.Le but commun peut être aussi de se regrouper par affinités pour ne pas être seul. Tiens d'ailleurs au travail on trouve aussi des gens qui travaillent parce qu'ils ne savent pas qu'on peut faire autre chose dans la vie...Je fuis souvent cette dynamique de groupe, peut-être parce qu'une place statique dans un système n'est pas une position qui peut me convenir. Un seul groupe m'a permis d'être moi-même chaque jour en la présence des autres, j'en ai déjà fait un billet ici il y a quelques mois. C'était le bonheur, j'avoue. L'anarchie, peut-être oui. Pourtant en vacances ça se passait bien aussi. C'était simple, et les tensions se désamorçaient d'elles-mêmes, en l'absence d'enjeux de pouvoirs.C'est super intéressant la psychologie canine. Des amis m'en ont parlé il y a longtemps, j'étais loin d'imaginer que cela puisse être aussi complexe, l'esprit d'un chien...
@
Je crois que l'on confond "dépassement de soi" avec "dépassement de l'autre", la différence entre les deux est assez mince, et facile à effacer. Et je crois que c'est dans les gênes de l'humain de se comporter ainsi, dans un système dominant-dominé (d'où l'échec du communisme?)Ca me rappelle une expérience faite avec des rats. Intéressante, mais longue à raconter. Je le fais quand même?
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C
Je veux bien oui :)