éducation populaire /1 : art, culture et subversion

Publié le par Caco

L'obligation de subversion

Par quelque biais qu'on prenne la question, la conclusion s'impose: l'éducation populaire ne peut échapper à sa vocation profonde: la subversion.

Le mot peut faire peur.

La loi Sapin annonce l'arrivée du privé dans le loisir et dans la culture: si un maire est obligé (ou a le droit) de soumettre l'attribution d'un équipement d'éducation populaire (une maison de quartier, par exemple) à un appel d'offre, ou un marché concernant les loisirs, ou les vacances, ou le théâtre... comme pour n'importe quel marché public, on ne voit pas ce qui pourrait empêcher le privé de se mettre sur les rangs et de dire: je fais mieux et moins cher !

La seule réponse à ce défi, est dans ce qui fait depuis toujours la légitimité de l'éducation populaire et de l'associatif: sa faculté à subvertir.

Cela, le secteur marchand ne le fera jamais.

(...)


Jacques Bertin, pour le magazine Politis (Source)

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En effet. Je ne puis m'empêcher d'établir le parallèle avec la privatisation des structures culturelles que nous a promis Sarkozy dans son programme électoral. Parce que le propre de l'art contemporain est de susciter le questionnement, faire naître l'émotion, fût-elle désagréable, créer la rupture, remettre en cause nos représentations...
Certain artiste a un jour réuni dans une exposition les détritus ménager que produit une ville dans une journée. Un autre, sur le thème de la guerre, a exposé un cimetierre de mobilier saccagé à la tronçonneuse pour tracer des allées chaotiques entre les salles... Vous imaginez D*none, les établissements bancaires (la plupart investisseurs des fabricants d'armes) ou Av*ntis, parrainer les artistes dans leur production (il faut savoir que les plasticiens n'ont pas de statut à part généralement celui de RMIste, pas génial pour acheter ses matériaux) et sponsoriser de telles expositions ?

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J'ai un peu dévié du sujet initial, mais pas tant que ça : ces artistes, on essaie aussi de les promouvoir, de les aider à être visibles - et pourquoi pas, à vendre une pièce. Et puis la culture de toute façon ça n'a pas de limites nettes, comme le prouvent les 181 définitions admises du terme... et les difficultés que j'ai à classer les billets sur la culture dans une seule catégorie !


Publié dans lectures

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M
Subversion ? OuiMais à ne pas confondre avec un contre-pouvoir. Ce fut entre autres, la dérive des MJC à une époque.Contre-culture également l'éducation populaire, à l'image de ce qui se fait en Italie.Si l'envie te dit de venir enrichir mon site que je dédie justement à l'éducation populaire, ne pas hésitez !
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C
Je n'hésiterai pas ! Je vais bientôt être coupée d'internet pour quelques semaines, mais je te rendrai visite avec plaisir dès mon retour ! Et merci de ton commentaire :)
A
Je me dis, mais je montre peut-être pessimiste, que pour être atteint par la subversion telle que tu la décris, il faut déjà être ouvert à la transformation, donc déjà en partie subverti, non? ;)Quand je parlais d'idéal, je pensais aussi à ce que j'ai lu dans l'article de wikipédia sur l'école, ou plutôt sur l'instruction pour tous. L'idée était en effet très subversive, permettre à TOUS de s'instruire, avec tout ce à quoi cela permet d'accéder. L'école aurait dû avoir une portée immensément subversive. Très dangereux pour le pouvoir en place qui y a vu, lui, l'opportunité de lever une armée de "citoyens" tous formatés de la même manière (même valeurs comme l'obéissance, la compétition, etc.), même connaissances (programmes élaborés par l'Etat), etc.Je reconnais que c'est une vision un peu noire ;), mais pas loin de critiques qui reviennent très souvent dans le débat sur l'école.Restent alors les structures à proprement parlé d'éducation populaire "reléguées" à la jeunesse et au sport. Quant à l'art contemporain, j'y ai été longtemps réfractaire, car les oeuvres sont très souvent particulièrement difficile d'accès et demandent un bagage culturel et intellectuel que je n'ai pas toujours, et du coup je passe souvent à côté de la compréhension de l'oeuvre.Mais pourtant, je suis une amatrice de la peinture de la Renaissance, qui, en dépit de son caractère figuratif, demande en fait elle aussi, un important bagage culturel et intellectuel. Donc un jour je devrais pouvoir m'en sortir avec l'art contemporain aussi, lol.Voilà une réponse très brouillonne!
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C
Merci Apprentie pour tes commentaires si riches...Pour ma part, ce que j'ai trouvé à l'école : le pire (quoique non, le pire je le trouvais à la maison, alors disons du "pas très brillant")... et le meilleur - de mon point de vue donc, des outils pour m'orienter dans la vie, la connaissance de certaines ressources, et des rencontres aussi. Certains de mes profs étaient clairement subversifs. Je leur en suis reconnaissante : ils m'ont montré qu'on pouvait remettre en question une information, ils ont éclairé un chemin de traverse que je suis heureuse de parcourir à mon tour.De par mon expérience, je peux donc dire que l'école m'a subvertie. Alors peut-être, certainement même, étais-je dans un moule déjà suffisamment atypique pour que la comparaison de différents types se soit déjà fait, et donc que mon esprit critique était déjà en gestation... Mais finalement, quand on est dans une famille et qu'on fréquente l'école, on doit bien s'adapter à deux systèmes qui ne peuvent être complètement en adéquation, si ?En fait tout au fond de moi je crois que la responsabilité de l'autonomie de pensée ne peut reposer que sur l'individu. Que c'est trop en demander à l'école, aux profs, au système... d'être responsable, en fait, de la vie des hommes.Je voulais rebondir aussi sur l'art contemporain. Il me touche, souvent, pour ma part. Jusqu'à il y a peu, je n'avais pourtant aucune culture sur le sujet (aujourd'hui je n'en ai presque aucune, il n'y a donc pas une énorme différence tu me diras ;) ) mais il me touche, même si je ne le comprends pas : je le ressens. Il en va de même avec les primitifs italiens, les portraits de l'époque Renaissance ou un Gauguin. C'est en tirant le fil de l'émotion que je vais me cultiver sur une oeuvre, une époque, pour affiner ma perception et vibrer encore différemment.C'est chouette de discuter des différentes approches qu'on peut avoir de l'art et de la culture. Merci encore à toi :)
T
Ce doit être son grand ami, le "mécène" Bernard Arnault, qui lui avait soufflé l'idée de la privatisation de la culture...Sans commentaire!
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C
Comme tu dis :/
A
Je viens de lire l'article de Wikipédia sur l'éducation populaire. Passionnant! et complexe... :)L'idée "d'obligation de subversion" marque bien un paradoxe, j'ai l'impression: l'éducation populaire (et l'art en général) est-elle intrinsèquement subversive ou la subversion serait-elle comme un idéal à atteindre?
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C
A mon sens, la subversion nous guette tous, même en-dehors de ces champs-là : en échangeant avec quelqu'un d'autre, on accède à une autre perception du réel, tout en aiguisant la nôtre... Les discussions de groupe sont de formidables empêcheurs de penser en rond. Il y a là une puissance phénoménale de réflexion et de remise en question. Les démarches d'éducation populaire favorisant les rencontres et les débats... Je crois que la subversion est inévitable ;)De ce que j'en perçois, l'idéal de l'éducation populaire serait de contibuer à la construction des hommes, tout au long de leur vie, pour qu'ils puissent se dépasser et participer à la construction collective de notre société, et ce en toute conscience.Quant à l'art, je ne suis pas sûre que l'on puisse généraliser en aucune façon. Il faudrait voir avec les artistes, déjà ;) Il est toutefois un mouvement qui me paraît proche d'une obligation de subversion : celui de l'art contemporain. Il s'agit de produire quelquechose de tout à fait original (du "jamais vu") dans une démarche précise (en donnant un sens particulier à l'oeuvre). Si l'artiste fait passer, dans son oeuvre, sa vision d'un thème précis, grâce aux mécanismes subtils qui font que son talent touche le spectateur, l'habite et le bouleverse, alors oui, il a peut-être atteint son but, celui de subvertir.Qu'en dis-tu ?
L
ouhh!! ça y est!! je peux poster à nouveau!! chouette!!moi aussi, je ne peux m'empècher d'être inquiète, très inquiète... 
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C
Ouaiiiiis ! Chouette nouvelle :) (sais-tu ce qui s'est passé ?)Je me dis quand même qu'il ne pourra pas faire tout ce qu'il a dit qu'il ferait. Et ce qui me rassure c'est que, comme la culture est devenue la cinquième roue du carosse, le dernier % des préoccupations chiffrables de nos dirigeants, on passera peut-être entre les mailles du filet.En fait je n'arrive pas à être inquiète. Il ne pourra rien faire contre les rassemblements spontanés, les actions bénévoles et la solidarité. Et plus il montrera les dents, et plus les consciences se lèveront...