Samedi 7 juillet 2007

Depuis le temps que je voulais vous en parler... Alors, l'éducation populaire, qu'est-ce que c'est que ce truc ?
Je vous propose pour commencer un rapide tour d'horizon historique.


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Une très vieille idée

Les fondements de l'éducation populaire remontent à la Révolution Française et notamment aux déclarations de Condorcet. Oui, les mêmes que celles qui ont donné naissance à l'école républicaine. Les personnes morales ou physiques qui se réclament de ce mouvement oeuvrent donc pour l'accès à la culture comme moyen d'émancipation de la personne, pour l'éveil citoyen, l'ouverture et l'échange, de façon parallèle et complémentaire au cadre scolaire et dans le temps post-scolaire.
Cet idéal englobe la confiance en l'universalité, la lutte contre l'inégalité d'accès à la culture, la progression vers une démocratisation culturelle indépendante du combat politique.

Les déclinaisons du thème au fil du temps

Son émergence a coïncidé avec les grands phénomènes d'industrialisation et d'urbanisation.
En effet, la fin du 19e siècle voit un élan bourgeois d'initiatives caritatives : touchés par la vie des ouvriers, et notamment des mineurs, dont les enfants n'avaient pour autre avenir (voire présent aussi) que les corons, des regroupements de particuliers ont tenté de donner l'accès à la culture aux personnes socialement défavorisées. La loi de 1901 relative au statut associatif a alors légitimé et encadré juridiquement leurs actions.
La "culture populaire" bénéficiera d'une reconnaissance officielle grâce au gouvernement de Front populaire qui accordera son soutien aux arts et aux artistes.
Après la Seconde Guerre Mondiale, les fédérations d'éducation populaire se consolident. Au fil des ans, une nébuleuse d'associations à vocation culturelle s'enrichit constamment autour d'un idéal d'égalité culturelle. Elles se nomment les Jeunesses Ouvrières Chrétiennes, la Fédération des Foyers Ruraux, les Maisons des Jeunes et de la Culture, les Francs et Franches Camarades (FRANCAS), la Fédération des Oeuvres Laïques...
Plus tard, avec l'avènement de la Ve République, l'éducation populaire se voit écartée du domaine de l'action culturelle au bénéfice du secteur éducatif.
Au début des années 70, le Ministre des Affaires Culturelles Jacques Duhamel, estime que l'élargissement de l'accès de la participation à la culture est la condition de l'adaptation des hommes aux évolutions techniques. L'intervention politique dans le champ culturel est redéfinie comme une obligation sociale globale, un besoin d'Etat. La perspective qui se dessinait là aurait pu donner à la culture un statut équivalent à celui de l'école aux débuts de la IIIe République. Pourtant, par la suite, ces intentions ne furent pas reprises par les gouvernements successifs.


Le péché socioculturel

Avec la crise économique à partir de 1974, une scission naissante entre les professionnels et les militants de la culture, le champ culturel va se diviser progressivement en deux branches : le socioculturel d'un côté, l'action culturelle de l'autre. La rupture sera constatée au début des années 80 : l'animation culturelle serait marquée d'un péché originel, par manque de contenu artistique fort. La création, véritablement mystifiée, se voit parée de toutes les vertus : tout producteur devient créateur en même temps que la médiation succède au concept d'animation, déplaçant le centre de gravité de l'action, le portant du culturel vers l'artistique, ce qui change radicalement la perspective de l'action, ponctuelle et développée autour de l'artiste et de son œuvre...
Ce qui explique, aussi, certains phénomènes autour de la sphère artistique.

Une vocation politique


Grâce à l'ouverture au débat et au maillage culturel au plus près de la population, de même qu'au fonctionnement associatif, les structures d'éducation populaire permettent à leur public de pratiquer l'expérience démocratique. Elles incitent à la formation, à la réflexion, à l'échange et forment un terreau propice à la naissance des vocations politiques.
Hélàs, il semblerait que l'Etat se soit désintéressé de l'éducation populaire, à commencer par le Ministère de la Culture qui refila le bébé au Ministère de la Jeunesse et des Sports, qui lui-même diminue d'année en année les maigres crédits alloués aux Fédérations.
Les torts semblent partagés, le mouvement s'étant peu à peu vidé de sa substance politique. Manque de moyens, défaut de coordination... qui de la poule, qui de l'oeuf ?
En attendant, demandez des fonds à l'Etat, il vous aiguillera vers les collectivités locales, ce qui en soi n'est pas incohérent, à la nuance près que les financements correspondants à la décentralisation, eux, tendent à rester dans les Ministères.


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Sources :
Wikipedia
La culture, un besoin d'Etat de Claude Patriat, Hachette Littérature, Coll. Forum, 1998
Penser l'éducation populaire (Humanisme et démocratie) de Gérard Bonnefon, Chronique Sociale 2006

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