Le changement de rythme est vécu différemment par chacun des membres de la famille. Soi-disant que tout doit aller bien lorsque les parents s'épanouissent, que ce soit
à la maison ou à l'extérieur. Soi-disant que la vie est simple, qu'elle enrichit au lieu de tout engloutir. Soi-disant que le temps arrange les choses, que tout se tasse, soi-disant que les enfants
grandissent, soi-disant qu'on grandit aussi à leur contact...
Je vais vous dire... j'ai entendu des confidences, j'ai vu les impasses des autres, leur souffrance, leur chemin de ronces parce qu'il faut bien avancer, parce que dans certaines situations on n'a
plus d'autre choix... C'est mon tour aujourd'hui, et depuis quelques années, je ne puis que cheminer, écorchée la moitié du temps, de cette souffrance indicible. Taboue. Barbelés et camisole.
Certains avancent qu'on ne regrette jamais le choix d'accueillir un enfant. C'est difficile de ne pas avoir tort lorsqu'on se risque à une telle généralité : il suffit qu'un seul jour, une seule
personne vérifie son contraire, pour que l'édifice si suffisant s'écroule comme un vulgaire chateau de cartes.
Il est autorisé d'avoir des rapports difficiles avec les autres, qu'on les ait choisis ou pas. On trouve toujours une oreille compatissante. Qu'un tiers vous accuse lorsque vous hurlez de
souffrance, et il sera taxé de cruauté, d'indifférence, de manque de coeur... Sauf si vous êtes une mère et que vous souffrez de votre relation à votre enfant. C'est à croire qu'on les choisit,
qu'on les instaure, ces relations, et qu'on les maîtrise suffisamment pour en assumer l'entière responsabilité....
Ça ne tient pas...
Alors aujourd'hui je me risque à évoquer les difficultés que je rencontre avec ma fille. Tant pis pour les critiques, les flèches, les cailloux, les mots qui font mal... Les rares autres fois où je
me suis confiée (cela n'est-il pourtant pas précieux, quelqu'un qui humblement se confie ?), j'en ai tellement pris dans la figure et dans le ventre... Vous pouvez y aller, certaines zones sont
devenues insensibles.
vos mots