Mercredi 7 novembre 2007

Nous sommes parties dans la nuit sur une impulsion, elle a démarré sans préméditation, nous avons roulé sans nous poser de questions. Au début du trajet, la lune nous clignait un minuscule bout de quartier. Presque pleine, comme pour nous indiquer la route. Lorsque nous avons glissé sur la nationale, elle s'est faite discrète, dans notre dos, éclairant chacune des grandes courbes de ce chemin en point d'interrogation.

Au long des kilomètres qui défilaient je me suis parfois demandé où nous irions en suivant ainsi sa lumière argentée. J'ai bien pensé à lui poser la question, elle qui tenait le volant. Mais il y avait toujours plus urgent à dire, à se rappeler, à relier, à narrer.

La frontière est arrivée. Et nous avons continué. Les panneaux jaunes annoncèrent ce que je devinais comme notre destination – Barcelona. La lumineuse, l'hyperactive, la colorée, la noctambule… Elle était l'évidence, cette ville qui lui ressemble tellement ! Les vitres grandes ouvertes, nous avons réussi à nous taire quelques minutes pour entendre pulser le cœur de la ville, respirer ses odeurs et deviner ses clameurs. Une fois la voiture déposée, nos pas nous guidèrent au hasard, du port et de ses bars aux Ramblas illuminés et grouillants de monde. Le catalan et le castillan chantaient partout autour de nous ; les noms des rues jouaient à cache-cache entre deux accents ; et nous ne cessions nos pépiements que pour mieux nous esbaudir de quelque spectacle inattendu, de la magie de la mer, et des reflets tremblants.

Entre la Casa Batllo et la Sagrada Familia, nos pas se sont faits plus lâches, nos mots plus lents et plus sûrs. La nuit nous avait gagnées. Le temps s'était arrêté.

Le chemin vers la voiture fut des plus intuitifs, de même que celui vers la sortie de la ville. La nuit était déjà à moitié finie lorsque nous la saluâmes une dernière fois. Le chemin du retour fut fluide et rapide. La lune nous avait attendue. Toujours clignant de son quartier manquant, elle promit de ne rien avouer à Celui qui, à l'Homme des bois ou à un enfant. De toute façon elle était trop fatiguée, elle partirait bientôt se coucher.

Lorsque nous sommes arrivées, rien n'avait bougé… Le plus silencieusement possible, nous avons regagné les quartiers du sommeil. Quelques maigres heures et de beaux rêves plus tard, le soleil s'est imposé par la baie vitrée, les gazouillis ont éveillé des elfes pressés de commencer la journée.

Et nous n'étions même pas fatiguées…
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