Vendredi 23 mai 2008
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Il paraît qu'on peut les porter avec grâce...

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Vendredi 23 mai 2008
(Ma contribution à l'histoire en Matriochkas - retrouvez le premier et le dernier chapitre ici !)

Chapitre 2

Elle se prit la tête entre les mains. Se dirigea en fulminant vers son bureau, hésita devant la porte puis fit volte-face. Pas la peine d'insister, elle ne voulait pas répondre. Cette histoire n'aurait jamais dû s'inviter dans sa vie, elle voulait la fuir encore un peu, pour se rattraper peut-être de ne l'avoir fait avant... avant qu'il ne soit trop tard...

Sans comprendre comment elle y était arrivée, elle se retrouva dans la rue. Elle marcha comme une automate, avec la clé de sa porte dans la main. Un film se rembobinait dans un coin de sa tête. Ses yeux tournés vers l'intérieur ne voyaient pas les passants ni la rue ni les voitures. Pendant que son corps se fondait dans le mouvement de la foule, ses yeux regardaient l'intérieur de la petite salle obscure dans le méandre de son cerveau où se déroulait en accéléré chaque scène de cette sordide histoire. La rencontre incertaine, la conversation qui se débride, les confidences qui se pointent. Pourquoi diable avait-elle accepté de donner son numéro de téléphone ? Il n'avait pas pris la peine de le noter. "J'ai la mémoire des chiffres", avait-il annoncé. Comment aurait-elle pu deviner ? Plus tard elle s'étonnerait de ne pas réussir à lui soutirer le sien. De l'abonnement en cours de résiliation au portable perdu puis retrouvé mais en réparation, tous ses amis semblaient avoir un téléphone à lui prêter. Il n'appelait jamais avec le même. Mais quand les doutes commencèrent à la titiller, il était déjà trop tard. Sans qu'elle s'en doute, il l'avait embarquée dans un de ces plans obscurs dont lui seul avait le secret. Petit à petit elle avait appris ses combines, ses ficelles. Il avait fini par lui faire confiance et même par lui donner son numéro, au moment où elle comprenait qu'elle n'en voulait plus. Ah, comme elle aurait voulu ne jamais le connaître !

Elle marchait toujours, avec l'impression que c'était tout le paysage autour d'elle qui avançait, comme dans ces dessins animés d'un autre temps dont elle aurait été le personnage immobile. "Une image qui résume bien ma vie" se dit-elle avec amertume.
Elle décida de chasser ces pensées parasites et de rentrer chez elle en profitant du timide rayon de soleil qui pointait, des devantures colorées et des sourires des voisins qu'elle croisait. C'est au moment où elle s'y attendait le moins que la nouvelle la cueillit. Tout près de sa porte d'entrée, alors que ses yeux papillonnaient, elle se figea soudain à la vue de la photo en gros plan du visage honni. Juste à côté de son visage, une mariée en larmes, la robe tâchée de sang.
"Mariage funèbre" titrait le journal à sensation. Elle déglutit avec peine. De deux choses l'une : soit elle nageait dans un délire paranoïaque, soit la situation était encore pire.

Hébétée, elle inséra sa clé dans la serrure. Puis elle se figea. Un frisson glacé courut dans son dos : si ce n'était pas lui, alors, qui essayait de la joindre avec autant d'insistance ?

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