On décroche silencieusement l'exposition "Mémoires photographiques" de la salle communale. Au passage, je jette un œil aux instruments de musique traditionnels, aux barques à fond plat qui traversent la rivière, aux enfants tout de blanc vêtus.
Un à un, chaque cadre rentre dans son compartiment de bois. Les murs blancs se dépareillent peu à peu de ces visages expressifs, des paysages d'autrefois. Il revient à sa position neutre de mur blanc pour disparaître à présent derrière le nouveau décor de la salle.
Déjà, tables et chaises sont en place, attendant leurs nouveaux visiteurs. D'autres objets ont pris possession des lieux – des cartons de jeu vert et blanc un peu fanés, de jetons de bois sagement disposés sur un pupitre et des paniers garnis.
Dans quelques instants les joueurs arriveront, parlant fort, riant et se tendant dans l'attente du nouveau tirage. On plaisantera, on hurlera des "Quine" et "Carton plein" jubilatoires, on s'invectivera d'avoir volé la victoire, enfin on se félicitera des chances éphémères.
Pour l'heure, les lourdes caisses chargées de souvenirs nous attendent. Entre passé et présent, nous les chargeons dans le fourgon. Entre présent et futur, nous replaçons les chaises indisciplinées.
Enfin nous refermons derrière nous, la tête emplie de clichés anciens et les oreilles résonnant du silence de la salle des fêtes.





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