Lundi 31 mars 2008
Et puis un jour, on ose relever la tête. Enfin, pour moi, cela s’est traduit comme cela : j’ai commencé à arpenter la vie
en ne contemplant plus le sol, courbée que j’étais sous le poids de mon encombrant boulet, mais redressée, regardant les autres dans les yeux, et l’horizon vers lequel j’allais... Il était tel que
je l'imaginais, tel que je le voyais dans les films ou que les livres me le décrivaient - l'horizon. Aussi droit et stable que j'étais voûtée et tremblante. D'un coup, en me redessant de toute ma
hauteur, je le vis. Et lui, aussi. Il me dit que la vie était là, tout autour de moi, et qu'il ne servait à rien de regarder constamment ses pieds. J'avais tout à réapprendre. La couleur du ciel,
les bruits de la rue, le contact de la pluie sur mon visage... J'ai acheté un appareil photo parce que même en me tenant bien droite et les yeux grands ouverts, je n'arrivais à voir qu'une partie
de la scène qui se déroulait sous mes yeux. N'écoutant que mon instinct, je photographiais à la volée chaque instant qui m'arrêtait. Plus tard je découvrais sur un écran lumineux les mille détails
de cette vie que j'arpentais.
C'est ainsi que j'ai croisé un jour le regard de ma boulangère. Sur une photo floue, son visage apparaissait comme voilé d'une tristesse insondable. J'ai commencé à lui sourire dans les yeux, en lui commandant ma baguette. La première fois, elle ne répondit pas, gardant son visage triste et ses yeux un peu perdus. Mais déjà, j'avais envie de recommencer. Au fil des jours, elle se dérida. J'avais l'impression que nous nous offrions à chaque fois une minuscule étincelle de joie.
Je n'en avais pas tout à fait conscience, mais après l'horizon, les arbres et la ville, je commençais à voir les autres...
C'est à ce moment-là que tu m'es apparu, je veux dire, tel que je ne t'avais jamais vu. Quand avais-je cessé de regarder ces yeux ? D'un coup ils me transperçaient comme des rayons laser. Pourquoi t'imaginais-je si grand ? Je ne serais pas si perdue que ça entre ces bras. Il n'y a que tes mains qui me semblaient familières. C'est peut-être pour ça que ce fameux après-midi, j'en ai pris une dans la mienne. Ton regard m'a perforée. Je ne savais plus que sourire, pourtant j'ai dû arrêter, parce que tu étais en train de m'embrasser...
(Troisième participation au Sablier du Printemps de Kozlika, sur l'amorce 8 qui nous vient d'Agaagla. Merci à toutes les deux !)
C'est ainsi que j'ai croisé un jour le regard de ma boulangère. Sur une photo floue, son visage apparaissait comme voilé d'une tristesse insondable. J'ai commencé à lui sourire dans les yeux, en lui commandant ma baguette. La première fois, elle ne répondit pas, gardant son visage triste et ses yeux un peu perdus. Mais déjà, j'avais envie de recommencer. Au fil des jours, elle se dérida. J'avais l'impression que nous nous offrions à chaque fois une minuscule étincelle de joie.
Je n'en avais pas tout à fait conscience, mais après l'horizon, les arbres et la ville, je commençais à voir les autres...
C'est à ce moment-là que tu m'es apparu, je veux dire, tel que je ne t'avais jamais vu. Quand avais-je cessé de regarder ces yeux ? D'un coup ils me transperçaient comme des rayons laser. Pourquoi t'imaginais-je si grand ? Je ne serais pas si perdue que ça entre ces bras. Il n'y a que tes mains qui me semblaient familières. C'est peut-être pour ça que ce fameux après-midi, j'en ai pris une dans la mienne. Ton regard m'a perforée. Je ne savais plus que sourire, pourtant j'ai dû arrêter, parce que tu étais en train de m'embrasser...
(Troisième participation au Sablier du Printemps de Kozlika, sur l'amorce 8 qui nous vient d'Agaagla. Merci à toutes les deux !)



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