Samedi 15 avril 2006

 

 

 

Cette semaine qui se termine aura été marquée d'une dimension particulière.

 

 

 

 

 

Au commencement, la confirmation de ce pressentiment qui ne me quittait plus... ta présence chaude et douce, toute de surprise... bonheur au présent et au futur.

 

 

 

 

 

Puis les doutes : nous sommes fous, c'est sûr. Mais en même temps, puisque tu es entré, autant te faire une place. Nos coeurs t'étaient déjà acquis, de toute façon. Nos projets se seraient alignés tout naturellement.

 

 

Mais, doutes il y eut.

 

 

 

 

 

Ensuite les mauvaises nouvelles qui se sont déchaînées, juste à ce moment : la baby-sitter qui me lâche à un mois du stage - et comment je fais, moi ?

 

 

Maman qui plonge toujours plus loin dans sa maladie...

 

 

Cette invitation familiale que Vincent décline pour cause de non digestion de l'altercation de l'été dernier...

 

 

Son patron qui visiblement le prend pour ce qu'il n'est pas !

 

 

 

 

 

Bref, la vie quand elle a décidé de ne pas être toute simple.

 

 

Les décisions qui s'imposent - Ciao, Patron !

 

 

Et cet immense vertige... la peur de perdre connaissance dans la rue, seule avec Claudia. Et au retour, ces quelques gouttes de sang... puis d'autres, et encore. Mes rêves qui reviennent. Tu pars, tu es déjà ailleurs, je le sais.

 

 

Plus tard, une interne me dira que non, j'ai rien dans mon ventre, et que non, j'ai un taux au plancher qui indique que. Je sais ce que je sais.

 

 

 

 

 

Tant mieux si cette certitude n'appartient qu'à nous... c'est bien moi que tu as habitée, et je ne t'aurai partagé qu'avec mes plus proches...

 

 

 

 

 

Tristesse. La vie, encore...

 

 

 

 

 

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Mercredi 5 avril 2006

 

L'impression de porter un fardeau chaque jour plus lourd. Des sacs de pierre, sur mes épaules, qui me voient ployer sous leur charge.

Par moments, j'ai tellement besoin de m'en défaire, que je les pose là, sur le côté - je me sens alors si légère ! J'ouvre les yeux sur ce magnifique printemps, ses fleurs et son ciel pur, je ris, je respire sans contrainte... je me sens tellement légère... l'impression de ne plus toucher terre. Je flotte et c'est bon : je ne pense plus à rien.

Mais la terre m'appelle, m'aspire, et finit par me ventouser au sol... et me ramener à mon fardeau. Aussi sûrement que la nuit succède au jour.

Je reprends alors le chemin de mon labeur, dans un cri silencieux, et me remets, résignée et endolorie, à mon interminable marche forcée.

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Vendredi 24 mars 2006

 

J'avais déjà approché des piscines. Parfois de près - jusqu'à y faire trempette en me tenant au bord.

Alors je me disais : "Trop facile. Ya ka rentrer progressivement, ne pas rester sur place une fois qu'on est dedans, et voilà, ça flotte tout seul !".

Ca pouvait même être super agréable, une fois dépassé le premier frisson.

Et puis le printemps 2004 arriva en avance... et ce fut un élan irrépressible. Le grand plongeon. J'ai mis plusieurs mois à m'orienter dans ces eaux, à trouver puis à suivre la petite lumière, au fond, à vivre des bouffées d'oxygène entre deux apnées - à moins que ç'ait été le contraire ?...

Lorsqu'enfin je pus surnager, il me restait à affronter les nageurs expérimentés, ceux qui te bousculent sous prétexte de t'apprendre à barbotter (et je n'avais rien demandé ! menfin...). J'en ai pris des mauvaises directions. Heureusement qu'il y avait la petite lumière.

Et puis voilà... aujourd'hui, je ne regagnerais le bord sous aucun prétexte...

Mais... Waah ! l'aventure !!!...

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Mercredi 8 mars 2006

C'était la semaine de Noël.

Entre la fatigue, les exams et les maladies j'ai même pas eu le temps d'écrire sur ce séjour inoubliable...

De l'O2 100% pure, du bleu en haut, du blanc partout, un soleil comme ça.

Un chalet super luxe.

Une famille un peu barrée :-)

Les hostilités ont débuté sur une petite piste tranquille, où j'ai eu le malheur de doubler Papa (ne JAMAIS doubler Papa sur une piste ! comment ai-je pu l'oublier ??? ).

Du coup il m'a coupé la route avec son surf. Mort de rire quand je lui fais remarquer que, outre son manque de civisme, il a mis en péril l'équilibre de sa fille chérie à une vitesse intéressante compte tenu de l'étroitesse des planches qu'elle a aux pieds d'une part, et de la dureté du sol sur lequel elle évolue, d'autre part...

Il me répond "T'avais qu'à pas me doubler".

Ah bon, c'est comme ça !

Il a mis quelque temps à se regonfler et à élaborer une stratégie pour recouvrer sa dignité.

Et alors, toujours blessé dans son mâle orgueil de sportif, il nous a laissés partir devant, petits et grands, et puis il nous a tous doublés les uns après les autres.

Comme le rythme du groupe était plutôt soutenu, mon frérot (dont le niveau en ski a pulvérisé celui de Papa depuis longtemps, style compris, mais chut !) lui demande comment il a pu réaliser un tel exploit.

Réponse : "J'en ai eu marre, je suis allé tout droit" [tout schuss sur la totalité de la piste rouge donc :-o]

Bieeeeeeeeennnn, l'esprit sportif !!! de mieux en mieux !!!

Et ainsi de suite... ça s'est fini en "Le premier en bas il a gagné", les skieurs de cette petite station pyrénéenne familiale pépère (avant qu'on débarque à 10 en hurlant "JE T'AI DOUBLE, EUH" - "HEHEHE !!!!! JE SUIS DEVANT TOI !!! " etc) qui nous regardaient passer bouche bée de surprise.

Le pire c'est que j'en étais, et que je me suis bien marrée !!! :-D

On a (presque) tous fait preuve d'une immaturité rare, nous révélant têtes brûlées, mauvais joueurs, sans foi ni loi... Certaine mère (qui se reconnaîtra) a même égaré sa progéniture...

Quel exemple !!! Bravo !!!!

Sur le télésiège on se repassait nos prouesses en se disant qu'il fallait écrire la Joe Bar Ski.

Le soir, si notre physique - lourdement mis à l'épreuve par les fanfaronnades du jour - nous en laissait le loisir, on se vengeait au Tarot.

En général, celui qui avait mis son sillage dans le visage des autres toute la journée, était raide fracassé de fatigue-courbatures-mal quelquepart et perdait lamentablement le soir.

Et puis on dormait comme des souches pour se lever encore plus en forme, prêts pour de nouvelles performances, dès l'ouverture des pistes !

C'était chouette... C'était des vacances de rêve...

Une espèce de nuage isolé du temps et défiant les distances, que je me plais à aller visiter, souvent, avec une jubilation intacte.

Et puis je déborde de gratitude envers tous ceux qui étaient là. Pour tous ces moments précieux qui brillent encore au fond de moi :-)

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Mardi 7 mars 2006

J'ai regardé encore les photos... celles de ce week-end terrible, qui a fini par me blesser autant.

Paraît que Claudia avait très mauvaise mine. Que c'en était inquiétant. Pourtant je vois "juste" une bambinette splendide, ravie et sur-excitée de savoir marcher - et après tous les efforts déployés pour y parvenir, sa satisfaction et sa hâte de profiter de cette nouvelle compétence sont bien légitimes !

Paraît que nous aussi, ses parents, avions une tête à faire peur... Ah ben si ils avaient vu notre tête après leur passage, qu'auraient-ils dit ?

Pareilles têtes (même pas bronzées ! au mois d'août ! ) réunies dans une même famille, paraît que ça fait inquiéter le beau-père. Et un beau-père inquiet, ça gueule sur tout le monde, ça décharge ses nerfs sur le premier (ou la première) qui dépasse. Ca hurle n'importe où n'importe quand (voire n'importe quoi). Et si ça picole un peu pendant le repas, ça finit par invectiver une pauvre belle-fille qui a une sale gueule (paraît) et qui soudain se rend compte qu'elle est détestée non seulement de son beau-père mais aussi de toute sa famille (attendu que personne n'a jugé utile par la suite de lui accorder un mot de réconfort, hormis son cher et tendre).

 

Quand j'y repense (plus souvent qu'à mon tour), j'ai vraiment l'impression que je n'avais rien à faire là, au milieu de ces gens, avec le beau-père qui m'assénait ce qu'il pensait du caractère de celle qu'il se représente être sa belle-fille (dont il ne sait strictement rien, parce qu'il n'écoute pas et que donc je me tais). Qui me faisait la morale comme mes parents quand j'étais petite, avec aussi peu de respect et autant de jugements pré-conçus sur ma personne. Qui m'humiliait avec sa façon de me singer et de me menacer...

Paraît que j'aurais pas dû le foutre à la porte...

Ma colère comme ma tristesse sont intactes. Moi qui rêve de pouvoir un jour re-vivre ensemble, toutes générations confondues, dans le respect de ce que chacun est, goûtant la joie d'être si différents et donc de pouvoir tellement s'enrichir les uns les autres...

J'ai mal, physiquement et moralement, mal à ma fibre familiale...

Mais c'est pas grave, paraît que ça passera, qu'il faut que sois au-dessus de ça. Au-dessus... j'ai beau chercher, je vois vraiment pas comment être au-dessus. A moins d'être en-dehors, de me détacher une bonne fois, de décider que la nature humaine patati, et que les vieux patata...

Mais même ça je n'y arrive pas.

Ptête que je suis trop exigeante, que j'attends trop des autres...

Mais quand on demande juste à être traitée avec le respect minimum qu'on doit à tout être, c'est déjà trop !? Il faudrait que j'abaisse mon niveau d'exigence jusque-là ? Jusqu'à accepter qu'on me traîne dans la boue sans que personne prenne ma défense ni ne me permette de la prendre moi-même !!!??? Cela est au-dessus de mes forces.

Je continuerai toujours, je crois, de dénoncer les violences ordinaires qu'on se croit le droit d'infliger aux autres. Pour moi tout d'abord, qui ai été tant exposée à cette violence depuis si petite. Pour ma fille, qu'elle sache au fond d'elle-même qu'on peut ne pas accepter, si on ne peut y échapper.

Et puis, maintenant que j'ai pu déposer ma souffrance ici, je vais tâcher de retrouver "mes idéaux et mes illusiones"  parce que sans ça, comment je vais faire, moi, pour faire mieux que ce que je fais déjà ?!

Et je reviendrai ptête raconter mes rêves, tiens ! Tous les chateaux en Espagne que je bâtirai quand j'aurai terrassé tous ces moulins !

Caco-Don Quichotte !

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Dimanche 19 février 2006

Ma toute douce, ma petite fleur... (23 mois juste aujourd'hui, tiens !)

Je suis à l'ordi, tu dors au fond de notre lit. J'entends :

- Maman !

C'est l'heure de la première tétée nocturne. Je m'allonge à ton côté, tes petites mains soyeuses fouillent sous mon T-shirt, tu saisis goulument mon sein avec un grognement de satisfaction.

Quelques minutes plus tard j'essaie de le récupérer pour continuer à vaquer. Tu lances de ta petite voix un 

- C'est à ma !!!

[accent tonique sur le "ma"]

 

décidé, te retournes pour me faire face à genoux. Les yeux enfarinés de sommeil, les cheveux en bataille, tu me fixes, puis tes paupières tombent, tombent... tu vacilles... et décides qu'il vaut mieux se recoucher !

Sur mon épaule, au creux de mon bras, chaleur douce, légère comme un souffle.

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