Vendredi 20 juillet 2007
L'Education nationale éprouve des difficultés pour éveiller la conscience citoyenne, développer le goût d'apprendre et d'expérimenter, libérer la créatibité et l'imagination des enfants, des adolescents et des jeunes adultes. Elle a promu et continue de promouvoir l'individualisme, la mise en compétition et la valorisation des meilleurs. Les plus aptes à assumer ce régime sortent de la machinerie sans grand dommage apparent. Les autres se débrouillent et quittent le système plus ou moins meurtris. Celui-ci est normalisateur dans sa pédagogie et son architecture des parcours. Les élèves et les ensseignants souffrent dans un dispositif qui telle une machine folle s'est emballé et les dévore. Les résistances aux changements corsètent l'ensemble du système et le conduisent à l'immobilisme, malgré, ici et là, les initiatives d'enseignants et aussi de parents d'élèves qui refusent de sombrer dans le malaise général. Par leurs actions, ils apportent de l'optimisme et de l'espoir dans un milieu trop replié sur lui-même. L'Education nationale, en même temps qu'elle apprenait à lire, à écrire,  compter et à préparer à divers métiers des générations d'élèves, a transmis l'idéologie dominante, et tour à tour, elle a inscrit dans ses manuels et ses cours l'entreprise coloniale et l'ethnocentrisme, la défense du nationalisme et de l'esprit de revanche militaire, la distinction sexiste des rôles des hommes et des femmes. L'individualisme, l'élitisme et la performance, des valeurs dominantes de la société, ont été intégrés par l'Education nationale. Portant un regard critique sur le système, Albert Jacquard souligne :

"Pour être soi, en communion avec l'autre, cela suppose en particulier de lutter contre la compétition (...) qui consiste à dire : je te regarde et je vais te dépasser, je vais te détruire, je vais te dominer. Cela ne sert à rien, se ce n'est se détruire soi-même. Le ver est dans le fruit de la société occidentale, c'est cette prétention qu'il y a d'enseigner aux enfants qu'il leur faut réussir en tant qu'individu, réussir plus que les autres, courir plus vite, devenri PDG (...) A quoi cela sert ? C'est un suicide. C'est cela qu'il faut dire aux enfants".


Gérard Bonnefon, Penser l'éducation populaire (Humanisme et démocratie), Chronique Sociale, 2004

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J'aime l'éclairage de cet auteur, moi qui ai traversé l'école "sans grand dommage apparent". J'aime qu'il souligne ces entraves à la construction d'une société plus respectueuse de tous. Par contre je ne suis pas sûre qu'il soit juste de mettre l'esprit de compétition qui caractérise cette société, sur le dos de l'école... Je sais en être totalement dépourvue pour ma part, d'ailleurs je ne crois pas que l'école me l'ait transmis ne serait-ce que provisoirement. Par contre il me semble que la race humaine a toujours été un peuple de conquérants, et que les groupes humains ont bien toujours été menés par des "chefs de meute"... J'ai d'ailleurs déjà observé en groupe (amical ou de travail) un meneur se "détacher" (par le discours) à un moment donné, et les autres le suivre. Et quand il y en avait plusieurs, de ces "meneurs", l'affrontement avait généralement lieu, si les circonstances regroupant les personnes en présence devaient perdurer. Le plus charismatique parvenait alors à imposer son autorité à l'autre et à remporter l'adhésion du groupe. Par contre lorqu'il n'y en avait pas, l'immobilisme et le malaise semblait s'installer peu à peu - comme si le "meneur" était nécessaire à la cohésion du groupe...
Qu'en dites-vous ?
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Mardi 17 juillet 2007
Le dégagement des processus agressifs demande un considérable et inlassable travail éducatif pour intégrer les règles sociales et les valeurs humaines. Tout enfant, tout adolescent doit vivre dans un espace émotionnellement stable pour pouvoir croître et apprendre. Il s'agit de vivre avec, en soi, cette inestimable sécurité et tranquillité intérieure. Les violences reçues pendant l'enfance, la négation de l'autre, l'insécurité émotionnelle et matérielle sont à l'origine de traumatismes psychiques qui produisent une représentation négative du monde et compromettent la participation positive et dynamique à celui-ci et perturbent, parfois gravement, la relation aux autres.

(...)

Jean-Paul Sartre, dans
L'existentialisme est un humanisme rappelle la responsabilité de l'homme vis-à-vis de tous les autres. Responsable de lui-même, traçant son chemin, il dessine sa propre figure et sa propre histoire, sans oublier à aucun moment qu'il demeure parmi les autres et en a le souci :

"Ainsi, la première démarche de l'existentialisme est de mettre tout homme en possession de ce qu'il est et de faire reposer sur lui la responsabilité totale de son existence. Et, quand nous disons que l'homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu'il est responsable de tous les hommes".

Une manière d'être dans le monde est préconnisée avec l'ambition de ne laisser personne sur le bord du chemin. (...)

Travailler à la formation de citoyens qui seront soucieux d'autrui et de l'intérêt général, libres et créatifs, attachés à la liberté de conscience et de pensée est l'entreprise que mènent les acteurs de l'éducation populaire.

Vivre dans une démocratie et reconnaître l'humanisme en tant que valeur fondamentale ne sont pas innés et demandent un apprentissage, autant par l'acquisition de connaissances sur les fondements philosophiques que par la pratique concrète et la réflexion critique. L'éducation populaire prend son sens dans ce projet. Elle est une éducation à l'humanisme et à la démocratie.


Gérard Bonnefon, Penser l'éducation populaire (Humanisme et démocratie), Chronique Sociale 2006

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Que se passe-t-il aujourd'hui ?
Les financements vers les actions d'éducation populaire s'amoindrissent, les gouvernants successifs s'étant désintéressés de leurs oeuvres. Le bénévolat s'essouffle aussi : on nous répète assez que tout travail mérite salaire. Les consciences citoyennes tardent à s'éveiller, si tant est qu'elles s'éveillent un jour. La classe politique (entre autres) ressemble de plus en plus à une caste. La notion d'intérêt général est au musée...
Mais bon, il y a les cours d'éducation civique, passionnants, j'en ai eu deux heures en tout et pour tout dans ma scolarité - cette école qui ne m'a pas appris la démocratie, loin s'en faut ! Mais bon, je ne vais pas me plaindre, j'ai appris tellement d'autres choses ! Recracher mes cours, lire en cachette, tricher aux examens, mentir... Pourtant les valeurs qui me portent, elles étaient déjà miennes ! Je les ai donc reniées, avec l'aide bienveillante de l'enseignement autoritaire. J'ai bien peur de ne pas être la seule dans ce cas, et je crains que la situation dans les écoles, collèges et lycées ne se soit pas améliorée...

Et demain ?
Que sera notre précieuse et "inestimable sécurité et tranquillité intérieure" ? Nous avons tous ces besoins de sécurité émotionnelle et matérielle à combler, quel que soit notre âge, pour participer à la construction de notre société. Sommes-nous dans une société et époque qui nous le permet ?
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Lundi 16 juillet 2007

En pensant à mon expérience de psychiatre, je ne peux que confirmer ce que décrit Violaine Guéritault : dans notre société pourtant protectrice, les mamans sont soumises à rude épreuve, et beaucoup sortent de nos cabinets avec des prescriptions d'antidépresseurs supposés les aider à faire face à leur situation.

On s'interroge : pourquoi la maternité – après tout le plus naturel des états – peut-elle être si éprouvante ?

Les pessimistes diront que la sélection naturelle nous a optimisés pour assurer notre reproduction, mais nullement notre bonheur, option certes agréable mais non indispensable à la perpétuation de l'espèce.

Les plus perspicaces feront remarquer que, pendant des centaines de milliers d'années, les femmes et leurs ancêtres hominiennes ont élevé leurs enfants au milieu d'une communauté de sœurs, tantes, grand-mères et grandes filles, et qu'à l'échelle de l'histoire de l'humanité la famille nucléaire – des parents seuls face à leurs enfants dans un lieu clos – est une nouveauté qui vient d'apparaître, presque en même temps que les psychiatres ! (1)

*

La société attend une performance exemplaire de la part des mères sans que leur soient accordées les ressources nécessaires pour répondre à cette attente. Si elles sont épuisées, débordées, ou chroniquement en retard, c'est forcément parce qu'elles sont complètement désorganisées. S'il leur arrive d'être agressives, colériques ou à bout de nerfs, c'est sans doute à cause de leur émotivité exacerbée et incontrôlée ou bien encore à cause d'un cas de syndrome prémenstruel aigu. Si finalement elles s'effondrent, c'est parce qu'elles souffrent de dépression due à une nature vulnérable et qeu les médicaments devraient soulager afin qu'elles retrouvent une productivité capable de satisfaire les besoins de tous ceux qui les entourent. (2)

 Violaine Guéritault, La fatigue émotionnelle et physique des mères (le burn-out maternel), Odile Jacob 2004

 

(1) Préface de François Lelord
(2) Introduction

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On m'en parlait depuis longtemps, j'ai fini par me le procurer. Le livre, qui parle avec mes mots parfois, et qui met lui aussi en perspective les éléments de la vie des mères de familles par rapport à ceux de la vie professionnelle.

Un précieux compagnon pour cette période de transition...

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Jeudi 12 juillet 2007
L'obligation de subversion

Par quelque biais qu'on prenne la question, la conclusion s'impose: l'éducation populaire ne peut échapper à sa vocation profonde: la subversion.

Le mot peut faire peur.

La loi Sapin annonce l'arrivée du privé dans le loisir et dans la culture: si un maire est obligé (ou a le droit) de soumettre l'attribution d'un équipement d'éducation populaire (une maison de quartier, par exemple) à un appel d'offre, ou un marché concernant les loisirs, ou les vacances, ou le théâtre... comme pour n'importe quel marché public, on ne voit pas ce qui pourrait empêcher le privé de se mettre sur les rangs et de dire: je fais mieux et moins cher !

La seule réponse à ce défi, est dans ce qui fait depuis toujours la légitimité de l'éducation populaire et de l'associatif: sa faculté à subvertir.

Cela, le secteur marchand ne le fera jamais.

(...)


Jacques Bertin, pour le magazine Politis (Source)

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En effet. Je ne puis m'empêcher d'établir le parallèle avec la privatisation des structures culturelles que nous a promis Sarkozy dans son programme électoral. Parce que le propre de l'art contemporain est de susciter le questionnement, faire naître l'émotion, fût-elle désagréable, créer la rupture, remettre en cause nos représentations...
Certain artiste a un jour réuni dans une exposition les détritus ménager que produit une ville dans une journée. Un autre, sur le thème de la guerre, a exposé un cimetierre de mobilier saccagé à la tronçonneuse pour tracer des allées chaotiques entre les salles... Vous imaginez D*none, les établissements bancaires (la plupart investisseurs des fabricants d'armes) ou Av*ntis, parrainer les artistes dans leur production (il faut savoir que les plasticiens n'ont pas de statut à part généralement celui de RMIste, pas génial pour acheter ses matériaux) et sponsoriser de telles expositions ?

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J'ai un peu dévié du sujet initial, mais pas tant que ça : ces artistes, on essaie aussi de les promouvoir, de les aider à être visibles - et pourquoi pas, à vendre une pièce. Et puis la culture de toute façon ça n'a pas de limites nettes, comme le prouvent les 181 définitions admises du terme... et les difficultés que j'ai à classer les billets sur la culture dans une seule catégorie !


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Samedi 7 juillet 2007

Depuis le temps que je voulais vous en parler... Alors, l'éducation populaire, qu'est-ce que c'est que ce truc ?
Je vous propose pour commencer un rapide tour d'horizon historique.


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Une très vieille idée

Les fondements de l'éducation populaire remontent à la Révolution Française et notamment aux déclarations de Condorcet. Oui, les mêmes que celles qui ont donné naissance à l'école républicaine. Les personnes morales ou physiques qui se réclament de ce mouvement oeuvrent donc pour l'accès à la culture comme moyen d'émancipation de la personne, pour l'éveil citoyen, l'ouverture et l'échange, de façon parallèle et complémentaire au cadre scolaire et dans le temps post-scolaire.
Cet idéal englobe la confiance en l'universalité, la lutte contre l'inégalité d'accès à la culture, la progression vers une démocratisation culturelle indépendante du combat politique.

Les déclinaisons du thème au fil du temps

Son émergence a coïncidé avec les grands phénomènes d'industrialisation et d'urbanisation.
En effet, la fin du 19e siècle voit un élan bourgeois d'initiatives caritatives : touchés par la vie des ouvriers, et notamment des mineurs, dont les enfants n'avaient pour autre avenir (voire présent aussi) que les corons, des regroupements de particuliers ont tenté de donner l'accès à la culture aux personnes socialement défavorisées. La loi de 1901 relative au statut associatif a alors légitimé et encadré juridiquement leurs actions.
La "culture populaire" bénéficiera d'une reconnaissance officielle grâce au gouvernement de Front populaire qui accordera son soutien aux arts et aux artistes.
Après la Seconde Guerre Mondiale, les fédérations d'éducation populaire se consolident. Au fil des ans, une nébuleuse d'associations à vocation culturelle s'enrichit constamment autour d'un idéal d'égalité culturelle. Elles se nomment les Jeunesses Ouvrières Chrétiennes, la Fédération des Foyers Ruraux, les Maisons des Jeunes et de la Culture, les Francs et Franches Camarades (FRANCAS), la Fédération des Oeuvres Laïques...
Plus tard, avec l'avènement de la Ve République, l'éducation populaire se voit écartée du domaine de l'action culturelle au bénéfice du secteur éducatif.
Au début des années 70, le Ministre des Affaires Culturelles Jacques Duhamel, estime que l'élargissement de l'accès de la participation à la culture est la condition de l'adaptation des hommes aux évolutions techniques. L'intervention politique dans le champ culturel est redéfinie comme une obligation sociale globale, un besoin d'Etat. La perspective qui se dessinait là aurait pu donner à la culture un statut équivalent à celui de l'école aux débuts de la IIIe République. Pourtant, par la suite, ces intentions ne furent pas reprises par les gouvernements successifs.


Le péché socioculturel

Avec la crise économique à partir de 1974, une scission naissante entre les professionnels et les militants de la culture, le champ culturel va se diviser progressivement en deux branches : le socioculturel d'un côté, l'action culturelle de l'autre. La rupture sera constatée au début des années 80 : l'animation culturelle serait marquée d'un péché originel, par manque de contenu artistique fort. La création, véritablement mystifiée, se voit parée de toutes les vertus : tout producteur devient créateur en même temps que la médiation succède au concept d'animation, déplaçant le centre de gravité de l'action, le portant du culturel vers l'artistique, ce qui change radicalement la perspective de l'action, ponctuelle et développée autour de l'artiste et de son œuvre...
Ce qui explique, aussi, certains phénomènes autour de la sphère artistique.

Une vocation politique


Grâce à l'ouverture au débat et au maillage culturel au plus près de la population, de même qu'au fonctionnement associatif, les structures d'éducation populaire permettent à leur public de pratiquer l'expérience démocratique. Elles incitent à la formation, à la réflexion, à l'échange et forment un terreau propice à la naissance des vocations politiques.
Hélàs, il semblerait que l'Etat se soit désintéressé de l'éducation populaire, à commencer par le Ministère de la Culture qui refila le bébé au Ministère de la Jeunesse et des Sports, qui lui-même diminue d'année en année les maigres crédits alloués aux Fédérations.
Les torts semblent partagés, le mouvement s'étant peu à peu vidé de sa substance politique. Manque de moyens, défaut de coordination... qui de la poule, qui de l'oeuf ?
En attendant, demandez des fonds à l'Etat, il vous aiguillera vers les collectivités locales, ce qui en soi n'est pas incohérent, à la nuance près que les financements correspondants à la décentralisation, eux, tendent à rester dans les Ministères.


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Sources :
Wikipedia
La culture, un besoin d'Etat de Claude Patriat, Hachette Littérature, Coll. Forum, 1998
Penser l'éducation populaire (Humanisme et démocratie) de Gérard Bonnefon, Chronique Sociale 2006

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Mercredi 27 juin 2007
J'ai commencé un livre il y a quelques jours, un de ceux que l'on m'a offert pour Noël. Je l'ai parcouru tout d'abord pleine de doutes, puis en plissant les yeux tellement il m'a paru cru et décalé, et hier soir, dans mon lit, découvrant une vérité simple, enfantine, j'ai été comme foudroyée...  par le passage qui suit...

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Le silence se fait. Elle ajoute alors, d'une voix basse et rauque : "Il suffit parfois de fermer les yeux et d'écouter attentivement, et la magie se produit. Tu es prêt, Randall ?
- Prêt.
- Bon. Alors, écoute. Dans ton cerveau il y a un nuage tout blanc, comme une boule de coton... Tu le vois ?
- Oui.
- Et bien... il y a une ficelle qui sort de ce nuage, n'est-ce pas ? Et si tu tires doucement sur la ficelle, tu vois plein de petits rubans de couleur, comme sur la queue d'un cerf-volant... Les rubans sont attachés les uns aux autres... Ce sont des mots... Et si tu continues de tirer doucement - oh, regarde ce qu'ils t'apportent, de l'autre côté du nuage !"
J'ouvre les yeux mais Mercedes dit en souriant : "Non, quand je dis 'regarde' il s'agit de regarder à l'intérieur, et pour ça il faut garder les yeux fermés. Bon. Alors. Maintenant la magie va se produire. Les images vont glisser de mon cerveau dans le tien. Tout ce que je dis, tu vas le voir."
Elle continue de parler, d'une voix très basse, avec des pauses entre chaque mot : "Voici... un corbeau mort... Voici... Une fée aux ailes iridescentes... Voici... un bol de porridge... Tu les vois, Randall ?"
Je fais oui de la tête parce que c'est vraiment vrai. Le silence est long et plein et je peux m'y immerger complètement, je vois le corbeau immobile dont un oeil est à moitié ouvert et vitreux, je vois un diadème qui scintille dans les cheveux dorés de la fée, je vois la vapeur qui monte du bol de céréales chaudes que p'pa me fait parfois le matin en hiver, avec du sucre roux, de la crème et même des raisins secs parfois, c'est délicieux.
Quand je rouvre les yeux, les trois adultes me regardent en souriant.
"En fait, dit Mercedes, ça se passe tout le temps. La magie, c'est d'en être conscient. (...)"


Nancy Huston, Lignes de faille, Actes Sud, 2006
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Samedi 26 mai 2007
Céquoidonc l'identité française ? Réponsatout en décrit les composants essentiels. Ce qu'on en sait, de l'intérieur, comme son propre regard depuis son pays d'adoption, loin, très loin.
Pour ma part, en tant qu'individu, j'explique chez lui (assez longuement, ahem) que cette notion reste vague. En y réfléchissant de façon plus approfondie, en plus de ce qu'il a déjà dit, je me rends compte qu'il y a en effet quelquechose d'assez prégnant, que les professeurs m'ont poussé à cultiver et entretenir (l'an dernier encore), et que je pratiquais tambour battant déjà adolescente, et pire aujourd'hui : l'esprit critique.

Et à ce stade de la réflexion, je me dis qu'on le trouve partout dans le monde, l'esprit critique. C'est bien pour cela qu'on a inventé le droit d'expression, de même que l'inquisition...

Je tourne en rond !

Une identité nationale ne se résumerait-elle qu'à des traditions ?
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