Plus ça va, plus je suis persuadée que c'est impossible.
On peut ressentir de l'empathie pour quelqu'un, ça oui. Les mots s'entendent, les émotions se retrouvent, les larmes se mêlent. A moins que ce soit la joie franche et crue, la mélancolie profonde, l'émerveillement soudain...
On peut retrouver chez l'autre un comportement qui nous est familier. Ou qui nous rappelle quelqu'un qui nous est proche. Cela peut être plus ou moins rassurant, jusqu'à adopter symboliquement quelqu'un, le collant à un schéma qui lui est inconnu - terrain glissant - ; cela peut également être agaçant, jusqu'au rédhibitoire - dommage, ou pas.
On éprouve pour les autres une multitudes de sentiments, et heureusement. Par contre je vais tâcher de bannir la petite phrase assassine "Je ne le/la comprends pas".
Bien sûr que je ne le/la comprends pas. C'est une évidence. Faudrait-il que l'autre ait des bonnes raisons pour être ce qu'il est, et que tout cela soit lisible par son entourage en plus ? Si cela ne l'est pas, doit-il gentiment décortiquer les détails de ses choix ?
Très peu pour moi.
(Je suis qui je suis, je ne prierai personne de m'en excuser.)
D'abord, on ne saisit pas consciemment toutes les données qui vont nous pousser à tel acte ou telle parole. Ensuite on ne saisit pas non plus tous les mécanismes qui vont y aboutir. On peut donc dire qu'on se connait, qu'on se comprend, bien imparfaitement.
Et il faudrait comprendre les autres ? Ou bien leur jeter l'opprobre ? Qu'il est tenace ce penchant à écarter de sa vue les différences de l'autre, qu'il est pervers de s'insinuer en nous à chaque fois qu'on se sent menacé, qu'il est réducteur de nous couper de qui pourrait tant nous apprendre...
Et de l'autre côté... qu'est-ce que ça fait, d'être rejeté juste parce qu'on ne nous comprend pas ?
Pas que du bien, hein...
vos mots