Notre toute petite est souvent prise pour un tout petit.
Je crois qu'il y a de ses cheveux courts... mais pas que. Ca tient aussi de sa façon d'envoyer sa voix, de sa démarche assurée, de sa posture affirmée. De ses éclats, hauts, bruyants, entiers.
Autant de traits de caractère qui rappellent nos normes masculines... et pas de petit noeud dans les cheveux (elle les enlèves systématiquement), ni de robes-socquettes (euh, j'aime pas trop... et puis la garde-robe, on la récupère ou on la reçoit en cadeau et on dit merci).
En tous cas, on ne passe pas à côté sans s'en apercevoir. A la maison c'est pareil : difficile de maintenir son attention ailleurs pendant plus de quelques minutes d'affilée (miraculeuses minutes glanées au bout de deux ans de vie commune...).
Bien sûr elle ne s'est pas cantonnée à la place qu'on lui a faite. Elle a choisi son endroit, s'est installée à son aise et a protégé cet espace, bec et ongles.
On apprend tous les trois à vivre ensemble, tous les jours. Ca commence tout juste à devenir harmonieux - pas tout le temps, mais la tendance se dessine nettement à présent.
Et pour ma part, je perds souvent de vue son âge, vu qu'elle comprend tout et sait si bien s'affirmer.
Sauf quand certains petits détails s'en mêlent.
Un col qui enserre son cou, si fin, si fragile.
Ses orteils minuscules qui dépassent, tout alignés, des nu-pieds.
Ses gestes brusques qu'elle jugule comme elle peut.
Ses mains toutes douces qui me caressent la joue lorqu'elle tète.
Je suis alors propulsée au jour de sa naissance, avec toute cette émotion, et cette profonde conviction que je ne serais jamais à la hauteur du miracle qui m'était confié.
Une telle fragilité d'un côté... une telle maladresse de l'autre...
Une telle perfection, dans les moindres détails... et moi, complètement manche dans mon nouveau rôle-de-mère...
C'est tout ça qui me revient en bouffées, avec en plus, maintenant, le sentiment profond qu'il ne saurait en être autrement...


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