Bon anniversaire, dame soeur.
Et à tout à l'heure...
(Je vais te voir cheveux au vent. Je vais parler avec toi, avec Celui qui, avec les enfants. On va marcher sur la plage, encore parler en gloussant
comme des adolescentes. On courra et on se mouillera peut-être. J'oserai peut-être jouer un peu de clarinette. J'attendrai le dernier moment, une hypothétique fatigue qui ne viendra pas, pour une
fois, et à la fin le crépuscule nous jouera la partition de toujours, celle qui sait nous bercer loin des bras l'une de l'autre.
Je ne sais pas comment je saurai m'arracher à la promesse d'heures à remplir de nous ? Peut-être avec l'horaire du stage de Mamzelle à respecter...
bien après l'aube ? Peut-être ta lassitude, peut-être... ?)
Depuis quelques semaines, mes lundis soirs sont habités des films de Pedro Almodovar. J'aime ses couleurs, ses ambiances, je reconnais la vie comme
il la décrit. Je m'attache à ses femmes. A la fois proches et inaccessibles, faillibles et entières, sages et déjantées. J'ai l'impression que cet homme aura passé son temps à observer et
restituer chacune de nos déchirures, et chaque menue reprise qu'on aura dû opérer pour continuer de vivre. Et c'est comme si j'avais, un instant au moins, été chacune d'elles. Dans ce que j'ai
pour habitude de nommer "d'autres vies" – pas si lointaines que cela en fait, à peine quelques petites années, des vies dans lesquelles moi, je n'étais pas "autre".
Ainsi, ces femmes m'habitent… il m'est d'autant plus troublant de les voir s'aimer, se consoler, se laisser découvrir et se déchirer. Le tout dans
une grande scène bigarrée et mystérieusement orchestrée, un chaos qui finit par se révéler édifice là où on veut bien lui donner du sens, une souffrance qui se révèlera belle, à l'endroit où un
voile se laissera soulever.
J'ai l'impression qu'il nous dit que la réalité est crue, sévère, impitoyable… Et que le sens de nos vies est beau parce que bordé de notre
humanité.
... A moins que ce soit de notre féminité ;)
Mercredi 19 septembre 2007
En gravissant l'escalier extérieur, les doutes me revenaient. Et si elle n'était pas là, finalement ? Et si j'allais perdre mon temps ? Heureusement,
notre récente rencontre avaient démenti les premières impressions, ces nombreuses conversations téléphoniques qui ne nous avaient pas apporté grand-chose d'agréable.
Malgré cela, je n'avais pas confiance.
La petite porte d'entrée s'ouvrait sur une vaste salle. Des restes de décors de scènes
agrippaient un mur entier, jusqu'au plafond immense. Les tomettes cirées inégales supportaient quelques palettes, vestiges démontés d'une scène miniature pour élèves intimidés.
Elle était là, comme le clama sa voix claire, depuis une autre pièce. Encore plus grande, encore plus encombrée : deux étages de portants couraient tout autour. Du clinquant au fané, du sage à
l'excentrique, costumes de fête ou des champ, offraient leurs tranches à mon regard. Au milieu de la pièce, de grandes planches sur trétaux, et d'innombrables boîtes d'accessoires ou de boutons :
nous sommes dans les coulisses, apparemment.
C'est là qu'après une visite commentée, nous nous installâmes devant un café. Occupant nos mains à l'une des tâches urgentes à entreprendre, laissant nos mots se délier et nous raconter. L'une en
cascades de phrases, m'offrant autant de bouts de sa vie, l'autre toute en silences et questions brève - ma position de repli lorsque je ne suis pas encore tout à fait à mon
aise.
Parce qu'une quasi-inconnue qui m'offre avec son café la chaleur de ses mots, et me transmet en une paire d'heure la passion de son métier et quelques-unes des plaies de sa
vie de femme, c'est un cadeau tellement beau et inattendu que quelquechose en moi se cabre... pour s'incliner juste après et caresser des yeux celle dont jusque dans ma sauvagerie, je reconnais des
bribes.
Nous nous sommes croisées cet après-midi, au travail. Je ne suis toujours pas à mon aise sous son regard clair et son sourire franc...
Que je lui renvoie, pourtant, presque à mon insu - tout naturellement.
vos mots