Mon statut de nomade est avéré : même sur mon lieu de stage, je dois constamment changer de bureau !
Hier matin, je suis à la boutique, sombre et humide mais où je peux passer la musique que je veux. Je me sers donc dans la médiathèque et voyage avec de la musique cajun.
Hier après-midi, le bureau lumineux de L. : bureau de passage, dépersonnalisé, sobre, peu accueillant finalement. Trop ouvert à tous vents.
Ce matin, le cocon d’A. Photographies au mur, dessins de sa fille, cartes postales, numéros utiles et raccourcis clavier… le tout sous la bienveillance d’épis de blé qui portent chance. Accrochés à l’écran, des personnages en plastique ou en pâte à sel. Sur le bureau, sous-main, pots à crayons agrémentés de plumes multicolores… Ce matin, A. m’accueille chez elle.
Seulement voilà, la pièce comporte deux bureaux, et ma voisine provisoire apprécie peu la compagnie. Au bureau d’I., on attend avec enthousiasme le mercredi pour pouvoir travailler tranquille, sans les bruits et mouvements qui entravent la concentration…
Et ce matin, horreur malheur ! la stagiaire s’est incrustée ! On grommelle, on souffle, on fronce les sourcils (qu'un violon, au loin, se fasse entendre et c'est l'indignation !).
Je suis contrainte de regarder le bureau d’I. de loin : on dit qu’elle craint que l’on tombe sur les salaires des autres employés. C’est un peu étrange, quand on sait que tout le monde ici (je suis dans une association loi 1901) est payé au SMIC. Et surtout que je me fiche éperdument de qui gagne quoi !
Avant-dernier étage : je m'assois au bureau de V. D'un coup, je me retrouve au cinéma, premier rang. Peu d’autre choix que de plonger dans l'écran gigantesque qui occupe toute la place : même la pauvre souris peine à se frayer le chemin de ses minuscules tribulations. Juste derrière, dans la même pièce, celui de N. est plus éclectique, matériels divers, sources d’inspiration graphique, brouillons d’une créativité débridée, restes d’éclats de rire, à l'étroit entre ces quatre murs.
Enfin, la pièce d’en face abrite les bureaux des chefs.Ambiance feutrée et confortable, mobilier et boiseries sombres. Même s’ils sont absents, on est toujours un peu dans ses petits souliers lorsqu'on pénètre dans l'antre.
Les objets conservent la trace des hommes.
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