Dimanche 6 mai 2007

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Charles Baudelaire

~

Aujourd'hui, l'attente plane. Sans que nous sachions comment nous détourner d'elle. L'un prend soin de son matériel, l'autre passe de blog en site web, sur des pages barbouillées d'inquiétudes et de crues réalités. Heureusement que Mamzelle apporte un peu de joie de vivre dans le panier familial, sans elle nous ferions triste figure. Déjà que...

(L'est si fait, avè sa trontronneuse ?)
(Dans le bureau de vote, elle choisit deux bulletins et une enveloppe, et se promène nonchalament le petit poing fermé brandissant ses bulletins, recto et verso "SEGOLENE ROYAL")
([répétant après moi, qui commente le budget de la Défense] C'est ramatique !)

Des idées pour tromper cette attente si lourde ? :/

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Jeudi 29 mars 2007

Celui qui sait comme aucun autre nous émouvoir, nous faire rire, avec qui nous renouons avec les bêbêtes qui s'habillent et parlent et font leurs courses comme des animaux de la race humaine version occidentale, j'ai nommé...

[roulement de tambours]

... L'ÂNE TROTRO !

("trop trop didolo !" dit Mamzelle en se trémoussant le générique - parce qu'il faut savoir que nous l'avons également en DVD)

(et on aime aussi, eh oui :D )

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Mardi 27 mars 2007

Nous ressemblons tous à des degrés plus ou moins variés à des diamants à l'état brut. Plus nous nous polissons, plus nous nous taillons, plus nous brillons et plus nous attirons. Efforcez-vous d'aller toujours vers la perfection. Cela vous aidera à vivre longtemps.

(...)

Décidez de votre vie vous-mêmes. Planifiez vos voyages, votre temps, dessinez vos vêtements... Utilisez vos capacités, votre imagination, votre conscience. Attachez-vous à un avenir potentiel plutôt qu'au passé. Devenez votre propre créateur. Nous pouvons habiter deux personnes à la fois. Le gentlement anglais, même s'il a des problèmes, porte toujours une fleur à sa boutonnière. Le bonheur de vivre dépend de la façon dont nous filtrons la réalité et dont nous l'interprétons. Nous pouvons nous créer un monde merveilleux et si nous ne le faisons pas, c'est parce que nous n'explorons pas assez nos capacités d'imagination.

Dominique Loreau, L'art de la simplicité, éd. Robert Laffont, 2005

~

Celles et ceux qui me suivent depuis quelques temps réaliseront peut-être à quel point ce passage me parle...

A mon tour de parler de lui ;)

Tout d'abord je n'aime pas le mot perfection utilisé ici. Trop de connotations s'y rattachent à mon goût : la quête désespérée de nos sociétés qui consiste à tout faire en même temps, tranchant dans le vif du temps nécessaire à l'accomplissement de certaines missions. Ou la déviance esthétique qui permet de se torturer à coups de régimes ou de salles de gym, ou bien encore le parcours sans faute dans tous les domaines (scolaire puis étudiant, professionnel, familial...). Bref le fameux diktat de réussite que tout nous rappelle, à grand renfort de gifles virtuelles - mais non moins cuisantes.
Je ne suis pas du tout sûre que l'auteur ait voulu exprimer cette perfection-là, j'en doute même fort. Mais j'avoue que c'est un mot aux contours flous pour moi, ainsi j'ignore la teneur exacte du message qu'elle a voulu transmettre là.

C'est le concept de l'entièreté qui correspondrait mieux à mes convictions. Le fait d'être soi partout où l'on passe. S'y attacher lorsqu'on rencontre une flaque d'eau, en traversant la rue, au volant de sa voiture, quand un inconnu nous demande son chemin, en attendant son tour à la sécu ou lorsqu'un conflit survient...

Par exemple, certaines personnes affirment "être différents" au travail de ceux qu'ils sont dans leur vie personnelle. Je les crois volontiers - mais comment fait-on cela ? Pourquoi ?
(témoignages bienvenus ;) )

Enfin, ce qui me parle fort, c'est ce monde merveilleux que l'on pourrait, que l'on saurait créer.

Bien sûr, j'en ricane cyniquement certains jours. J'en appelle à certains souvenirs, aux injustices subies, à l'absurdité de tel évènement, à la souffrance d'un enfant. Et j'en pleure aussi. De tout ce que dont je suis témoin, de ce monde qui ne tourne pas rond. Pourtant, humblement, je ne puis réfléchir en profondeur à une question que depuis mon insignifiante expérience.

D'où je viens.
Où je suis.
Où je me rends.

Ce paysage improbable que je gagne en douceur, sans l'armure encombrante d'un passé guerrier. Nue à la lueur des étoiles.

Et oui, je me dis que c'est peut-être bien possible. Que ce monde, on le crée. Et que notre éclat unique y brille de tous ses feux.

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Jeudi 15 mars 2007

Être seul se dit en anglais alone, ce qui signifie à l'origine all one, soit "tout un". Appréciez les moments en solitaire. En fait, être seule n'est pas un choix. C'est notre condition originelle. Nous sommes tous, au plus profond de notre être, seuls. Cela peut être douloureux pour une personne qui n'en a pas l'habitude, mais avec le temps, cela devient une précieuse commodité. Ce n'est pas la solitude matérielle qui est à craindre, mais la solitude spirituelle. Si l'on se sent perdu, seul, comment pouvons-nous avoir un contact avec les autres, quand ils sont présents ? C'est par la solitude que nous pouvons regagner de l'énergie. La solitude des vrais solitaires n'est qu'apparente. Leur esprit est un monde peuplé d'êtres et d'idées, une caverne secrète où se déroulent mille conversations.

Appréciez la solitude. Considérez-la comme une situation privilégiée, non comme une épreuve. C'est un don du ciel et la condition essentielle pour s'améliorer, traiter de sujets sérieux ou bien travailler. Les moments de solitude sont faits pour planter des graines qui pousseront et s'épanouiront sur l'inconnu, sur des parties encore non découvertes de la vie.

Apprenez à apprécier votre compagnie avant d'y être acculée. Il y a de fortes chances que chacun de nous ait plusieurs années de sa vie à passer seul. Autant s'y préparer, et bien. Vivre seul est un art qu'il faut apprendre et cultiver. Il y a tant de choses que nous ne pouvons réaliser que dans le silence et dans la solitude ! Méditer, lire, rêver, imaginer, créer, se soigner...

Apprenez à être heureuse pour vous seule : cuisinez, jardinez, récoltez, embellissez votre corps, votre logis, vos pensées... Partez de temps en temps passer la nuit dans un petit hôtel, emportez un roman dans un café ensoleillé, allez pique-niquer au bord de l'eau. Vous pourrez ensuite doublement apprécier la présence des autres et leur apporter plus que vous ne l'avez jamais fait. La solitude rend la vie tellement plus riche !

L'Art de la simplicité, Dominique Loreau, éd. Robert Laffont, 2005

~

Voilà qui parle... aux heures de lecture de mes années collège, à l'adolescente chenille dans le cocon, à la jeune adulte qui souffrit d'avoir laissé ses amis si loin, à la maman envahie du besoin de proximité de sa toute-petite, et enfin à celle aujourd'hui qui retrouve ses précieux moments de solitude avec délices.

Loin de l'obligation sociale de "voir du monde".

Je refuse absolument de voir du monde. Je ne veux voir que ceux que j'aime. L'éparpillement, la valse des obligations sociales réciproques... merci, mais non merci.

Je passe peut-être pour une sauvage, et m'en accomode fort bien ! C'est que j'ai beaucoup de chance : mes moments de partage favoris se déroulent chaque soir et chaque fin de semaine, à trois.

Après, je vis des moments inoubliables de communion, de surprise, de joie immense et brute, au contact (parfois virtuel) de mes amis et de ma famille élargie. Beaucoup de chance, je vous dis...

Je laisse les différentes sphères relationnelles et tuages de temps collectifs à ceux qui y trouvent leur bonheur. Ils se passent d'ailleurs très bien de ma personne ! ;)

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Samedi 24 février 2007

La systémique, science des systèmes, nous apprend que tout système tend d'abord à se perpétuer, à se maintenir. C'est la loi de l'homéostasie. Dans un système comme la famille, le couple ou beaucoup d'autres relations, la différence et la divergence font peur parce qu'elles représentent le risque de compromettre le système en le déstabilisant. Face à cette peur, la tendance sera souvent de tenter de rétablir d'urgence l'unanimité soit par le contrôle, soit par la soumission. Ainsi, souvent, pour retrouver l'osmose familiale, conjugale ou autre, soit l'homéostasie de notre système, nous imposons nos solutions en contraignant tout le monde à être d'accord, ou nous nous soumettons d'emblée sans discuter. Il y a fuite ou agression, il n'y a pas rencontre.

Thomas d'Ansembourg, Cessez d'être gentil, soyez vrai, Ed. de l'Homme, 2001

~

Homéostasie. Alors c'est comme ça qu'on dit.

Quand on voulait mater ma rébellion adolescente (qu'ils croyaient).

Quand on nous agresse pour la simple raison que l'on vit différemment (pourtant pas assez à notre goût).

Quand on nous questionne trop, cherchant manifestement une contradiction.

...

~

Et vous, quels systèmes menacez-vous ?

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Mardi 20 février 2007

Mangez beau et dans un bel environnement

Quand un plat est parfait et bien présenté, pris dans un cadre enchanteur, vous n'avez pas besoin de grosses portions pour vous sentir satisfait. Quelques bouchées suffisent. La qualité nous nourrit de tant de façons... !

Bien vivre signifie trouver un sens à chacun des moments de sa vie. Si vous mangez dans un endroit laid, vous compenserez votre besoin de beauté par un excès de nourriture. Parez-vous pour vos repas : changez de tenue, recoiffez-vous, rafraîchissez-vous. Vous vous sentirez mieux dans votre corps et vous mangerez moins. Essayez aussi de servir les repas les plus esthétiquement possible : pas sur un coin de table dans la cuisine ! Evitez tout ce qui est en plastique ou en papier. Si vous bannissiez ces deux matières de votre table, votre vie n'aurait plus le même aspect. Les Japonais des générations précédentes ne connaissaient que les céramiques faites à la main, le bois et le laqué et c'est, je crois, ce qui les motivait à servir le moindre morceau de navet avec un sens de la beauté inégalable. Depuis la guerre et le développement de l'industrie de masse les enfants grandissent dans le monde du plastique et ne distinguent plus les matérieux nobles des autres. Le plastique ne devrait avoir sa place que dans le réfrigérateur. Des détails futiles, me reprochera-t-on, mais c'est grâce à ces détails que nous pouvons enrichir notre vie au quotidien. Ce sont aussi ces détails qui nous rappellent que vivre est un plaisir. La satiété ne dépend pas de la quantité, mais de la qualité : celle de la nourriture, celle de l'environnement et celle de notre esprit.

(...)

Si vous servez à vos invités quelques asperges, un poisson grillé et du bon pain complet sortant du four, suivi d'un fromage fait à point, ne vous excusez pas de la simplicité de votre repas : nos sociétés ne connaissent plus assez les plaisirs d'une alimentation saine. Nous habillons trop nos aliments parce qu'ils ont justement trop été "déshabillés" et qu'ils n'ont plus leur saveur naturelle.

Dominique Loreau, L'art de la simplicité, éd. Robert Laffont, 2005

~

Le choix de cet extrait a été guidé par les points soulevés dans vos commentaires (plaisir de manger, repas rituels sociaux). Selon l'auteur, il n'y a donc pas contradiction mais complémentarité entre frugalité et plaisir.

Je ne vous livrerai pas d'avis-tout-fait, parce que je n'en ai pas, comme la plupart du temps. Et aussi parce que je ne prépare pas de prêt-à-consommer (et si cela arrive, chers invités, je vous sauré gré de me rappeler les bases de la simplicité).

Par contre je vais partager un souvenir avec vous. Il me revient à l'esprit pendant que je restitue ces lignes. J'ai alors 19 ans. A cette époque, je mange compulsivement, je suis même assez proche d'un comportement boulimique. Rien ne me repaît, j'ai toujours un creux à combler. Je le sens dans mon ventre. C'est comme si j'étais tout le temps affamée, sauf que je n'ai pas faim. Pourtant mon corps se tend, à l'affût de toute nourriture...
A cette période je passe du temps en Touraine, chez ma tante bien-aimée. Nous nous découvrons après 13 ans de séparation, et c'est très fort... Un soir elle vient me chercher à la gare, et me propose un repas léger arrivée chez elle. Je me revois dans le fauteuil, près de la cheminée, avec sa toute-petite qui joue sur le tapis. Je suis baignée de leur sérénité de vivre, je m'apaise sous les regards bienveillants d'elle et de son mari, et au bout de trois bouchées, je suis déjà rassasiée...

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Samedi 17 février 2007

L'idéal en matière de diététique, est de prendre une variété limitée d'aliments par repas. Les nutriments sont alors plus facilement assimilés et digérés.

Certains peuples restent en excellente santé jusqu'à un âge très avancé grâce à leurs habitudes alimentaires. Les habitants de l'Himalaya se nourrissent de riz, de deux ou trois petits poissons grillés à la cendre et de quelques légumes de leur jardin. En Chine, les centenaires vivent de bouillies de maïs broyé à la pierre, agrémentées d'un ou deux légumes sautés au wok.

Pour mes repas quotidiens, j'utilise un beau bol en bois. Il représente le volume de nourriture qui me suffit physiologiquement (on dit que l'estomac a la grosseur de notre poing) et me permet de limiter mes choix : un peu de riz, une cuillère à soupe de légumes verts, un petit morceau de poisson (ou un oeuf, du tofu...) assaisonnés de sésame, d'herbes et d'épices ; une soupe consistante en hiver, une salade composée en été.

Les Orientaux, excepté les jours de fête, se contentent souvent d'un bol de riz, de soupe ou de pâtes pour leur repas.

Le bol en bois est symbole de pauvreté, de frugalité chez ces mystiques qui vivent en accord avec leurs idéaux et leur éthique. Contestation muette contre les excès et l'opulence de nos sociétés aux dépens de millions d'autres êtres humains que nous exploitons.

Dominique Loreau, l'Art de la Simplicité, éd. Robert Laffont, 2005

~

Mes échos à cette lecture sont confus et de toute façon je les ai déjà évoqués ici... alors je vais juste attendre de lire ce qu'elle provoque en vous.

Merci par avance :)

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