Un soir de solstice, des petits élèves donnaient un spectacle pour célébrer les saisons qui s'éteignaient. Il y eut des déguisements délicats, un voyage imaginé, raconté ensemble et illustré dans
un recueil merveilleux, des chants de fête en quatre langues, un théâtre d'ombres chinoises. Et au milieu, des saynettes pour raconter avec la voix et avec le corps, des petits poèmes de
l'Avent.
Au moment où un enfant de blanc vêtu lançait son bras vers le ciel, mon souffle s'est suspendu. Je suis partie sur une aile du vent, dans une bourrasque de neige, funambuler en bordure de flocon.
La nuit est tombée, le froid m'a pénétrée et avant que je ne redescende, une étoile m'a indiqué un feu de joie. Je suis allée m'y réchauffer les doigts, admirant ses couleurs scintillantes et les
sourires des enfants. L'étoile était là qui clignait dans leurs pupilles. Je crois bien qu'elle illuminait les miennes aussi.
Au loin, les applaudissements ont crépité, et la lumière s'est rallumée. Je suis revenue dans le public, émue à ne savoir plus parler.
Ce sont les vô tres qui me l'ont tout d'abord rappelé :
Les mots allument des bougies dans l'obscurité.
A Muriel, Agnès, Bergere, Pat, Isabelle, Cécile, Nath, Mema, Sérénissime...
D'aussi loin que je remonte, il ne m'a pas été donné d'explorer certains aspects de ma personnalité. Dans la vie, j'ai pris la place que j'ai pu, celle qu'on m'a laissé surtout. J'ai hérité aussi
de certaines responsabilités. Il en est résulté une voie que l'on appelle "toute tracée" - vous savez ? Et autour, les ronces et les pierres qui roulent sous les pieds. Oh, avec un peu de
pugnacité, on arrive à serrer les dents et on avance, en se rêvant insensible. Et en pensant à autre chose...
Jusqu'à ce que d'autres vous voient dans votre chemin de traverse, vous encouragent dans ce que vous-même considériez - non sans une légère condescendance - comme un égarement passager.
Il y a des mots comme des caresses sur mes mains écorchées. Des idées qui me frappent et que je nie.
Je le pensais révolu, le temps où je restais à ma place. Ces barreaux derrière lesquels je tourne aujourd'hui sont des vestiges d'un temps passé. Celui où ce n'était pas à moi de créer, celui où
j'étais l'intello rebelle de service, et lui le talentueux artiste.
Et pourtant...
Je vais vous assurer que je ne sais pas tenir un crayon, que mes photos n'ont aucun style, que mon écriture est pompeuse. Et je vous
promets que je serai sincère.
D'ailleurs je l'ai déjà fait, pas vrai ? Pourtant, ce soir, je n'ai pas réussi à esquiver vos mots une énième fois supplémentaire. Un pan du rideau a consenti à se lever. Une clarté m'a éblouie et
j'ai eu froid, si froid.
A dire vrai, j'en tremble encore...
vos mots