
Albi, 8 février 2007

Albi, 8 février 2007
Nous avons décidé de couper le disjoncteur ce soir pendant les 5 minutes dites "de répit pour la planète". En réalité, le répit, c'est à nous qu'il faut l'accorder, à notre fragile espèce toute occupée à détruire la biosphère qui la nourrit.
Nous allons donc allumer les bougies.
Ce sera un moment d'échange, j'imagine que nous expliquerons à Mamzelle pourquoi tout est éteint. Nous pourrons à l'occasion dénombrer tout ce qu'il aurait fallu débrancher pour garder une lumière allumée. Lui expliquer qu'il fut un temps, pas si lointain, où tout le monde savait se passer d'électricité...
Cela fait longtemps, aussi, que je n'ai vu mon intérieur à la pâle lueur des bougies. Ce sera peut-être l'occasion d'une séance photos. Cet après-midi je vais disposer les bougies dans la pièce à vivre. Peut-être qu'elles y resteront, d'ailleurs. Pour les soirs d'éclairages différents. C'est important, les éclairages différents. On l'oublie complètement, et pourtant chaque journée nous offre des variétés infinies de lumières et d'ombres. Les rayons déclinants sont des merveilles aux yeux de qui observe (j'en ai déjà parlé, mais oui, souvenez-vous). De même, l'aube révèle des nuances insoupçonnées. Les éclairages chiches ne font pas que masquer certains contours : ils soulignent les distances et les courbes, modifient les couleurs, soulignent certains détails, en gomment d'autres, marquent nos rythmes, changent les reflets, aiguisent l'imagination, reposent la vue...
En fait je regrette presque que les 5 minutes de ce soir ne soient pas programmées plus tôt, entre chien et loup... il faudra qu'on remette ça !
J'ai ma clarinette sur le dos : je sors de mon cours. J'ai autre chose à faire en ville, mais je ne me presse pas. Je suis dans la rue où j'avais croisé la semaine dernière un accordéoniste virtuose, et cette fois j'entends une guitare. L'homme est dressé de toute sa hauteur, cheveu court, petite laine, mains nues (forcément, oui mais... brrr !). Il termine son morceau alors que je passe à sa hauteur. Je n'ai pas peur de le regarder. Nos yeux se croisent. Il sourit et me lance d'une voix claire et forte :
La vie est belle !
Je ris et acquiesce. Oui, elle est belle... Il faut juste réussir à la voir.

Ciel du matin
25 janvier 2007
Over-Blog bugge. L'espace de stockage est inaccessible. Donc, pour vous comme pour moi, aujourd'hui, pas d'images !
Aujourd'hui, justement, où j'ai la joie d'inaugurer un scanner... aujourd'hui où ma main s'est armée de mon appareil photo...
Aujourd'hui où des petits champs de neige dénudent les collines de mousse sur les murets.
Aujourd'hui où les dernières roses du quartier ont eu les pétales cramées.
Aujourd'hui où j'ai vu Yann Tiersen faire la manche dans la rue (mais il fallait surtout l'entendre, se laisser transporter, essayer quand même de marcher, finalement tituber, revenir pour écouter encore un peu, et oser voler une photo pendant qu'il se recroquevillait sur son accordéon...).
Aujourd'hui où mon prof de clarinette a chanté dans la sienne.
Aujourd'hui où, lisant certain commentaire de celui qui d'habitude se tait, de grandes ailes m'ont poussé.
~
Si je savais raconter l'indicible, continuerais-je à le photographier ?

L'hiver ?...
L'an dernier, mes pas m'ont menée jusqu'à un projet de création de centre culturel et artistique. Fort investissement pour une communauté de communes rurale, forts enjeux pour le territoire. Notre mission était de fournir aux maîtres d'ouvrage un cadre de référence sous forme d'enquête auprès des publics et éventuels partenaires.
Selon les personnes sollicitées, les entretiens étaient enthousiastes, cyniques, frileux... mais ma préférence allait aux utopistes qui construisaient le centre comme un petit monde à part entière, détaillant les réseaux, évocant les liens à nouer, les initiatives à mener, tout le savoir et la joie à partager... Ils n'éludaient jamais la question économique et les contraintes auxquelles le centre sera probablement confronté. Au contraire. Ces considérations participaient de la construction de leurs analyses et propositions. Chaque entretien pris dans son ensemble était absolument cohérent. Pris séparément, ils se complétaient avec harmonie.
Les résultats d'enquête étaient bien sûr hétéroclites. Les préconisations ne pourront être suivies sur toute la ligne, ni toutes en même temps. D'ailleurs on pouvait clairement discerner deux mouvances philosophiques, qui se vérifiaient par l'appartenance de leurs émetteurs à certains mouvements culturels.
Mais revenons à nos utopistes-réalistes. Après avoir remâché les quelques 150 pages de notre rapport, après digestion et assimilation, ce qui ressort lorsque je remets le nez là-dedans, c'est que non seulement ces utopistes-là ont bien les pieds sur terre, les racines profondément plongées dans ce sol qui est leur raison d'être, mais c'est probablement cela qui leur permet de garder la tête au-dessus des nuages, là où le soleil brille et où l'on voit loin, sans pour autant partir dans des voyages délirants ni perdre aucun repère.
Les utopistes ont souvent mauvaise réputation.
Pourtant, ce sont bien eux qui mèneront ce projet loin... en tous cas je l'espère.
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