Pauvres lecteurs. Je vous ai laissé de longs jours dans un
suspens terrible, je suis vraiment une blogueuse sans pitié.
Comme promis, j'en reviens donc à ces séances de réunions en petit-moyen-grand comité, ça dépend des fois... Parce que, il faut le savoir, la vie d'un bénévole est celle de Madame-Monsieur
Toutlemonde en cela qu'elle lui laisse parfois peu de temps pour s'investir dans les projets personnels. Et les travaux associatifs s'inscrivent naturellement dans cette catégorie-là.
Mais les rythmes minimums des réunions sont en général prévues dès la fondation de l'association, alors les réunions ont lieu même si certains seront absents, et même si (au hasard) la Trésorière
broie du projet noir ou le Président est de méchante humeur. Charge aux autres membres de prendre le relais quand ils le peuvent, ou de se caser dans un coin de la pièce en prenant
consciencieusement des notes inutiles. La plupart du temps, toutefois, chacun vient pour travailler et y met du sien... Réflexions pertinentes ou redondantes, questions timides, avis tranchés,
tableaux nuancés et longues digressions de ceux qui ont besoin de parler.
Il n'est pas rare que les réunions s'étirent tard dans la nuit : elles commencent en général après les heures de bureau, à l'heure précisée sur les convocations (plus un quart d'heure).
Le/la Secrétaire a pour mission de prendre des notes. Le compte-rendu est LE document qui indique à tout un chacun les décisions concernant l'ensemble de la structure. Un rôle clé, et assez délicat
puisque la prise de note cohabite difficilement avec une éventuelle participation au débat.
Mais revenons-en à ces décisions cruciales, souvent prises entre 23h30 et minuit 10.
Supposons que l'ordre du jour est simple et que la situation de l'association n'est pas difficile (schéma qui se raréfie, mais supposons). Quelques questions, de longs quarts d'heures de digression
et tout le monde est d'accord à la fin, le compte-rendu comprendra une page recto, tout va bien dans le meilleur des mondes.
Maintenant, imaginons que l'ordre du jour est complexe mais que l'association n'est pas sous le coup d'une menace quelconque. Les Administrateurs se sentent confortable tout de même, posent
quelques questions, s'émeuvent de la difficulté d'appréhender certaines notions et illustrent copieusement le tout de leurs anecdotes personnelles. Il n'est pas rare que des petits groupes
discutaillent entre eux des nouvelles du petit dernier ou du copain qu'on n'a pas revu depuis, houla.
Un exemple de ce type de réunion : l'élection du Bureau.
Qu'es aquo le Bureau ? C'est un groupuscule d'Administrateurs qui se donnent pour mission de préparer le terrain des décisions.
Présence sur le terrain, analyse des situations, proposition d'outils ou de solutions... A minima, on y retrouve un(e) Président(e), un(e) Trésorier(e) et un(e) Secrétaire. Dans la troupe des
gentils bénévoles prompts à nous labourer un coin de terre qui fera la vie plus belle, ils sont un peu comme des experts supposés et généralement de peu d'expérience... quand ils en ont.
Et puisqu'ils se proposent de se rendre disponibles plus souvent que les autres, ça ne se bouscule pas au portillon !
Mais revenons à nos réunions de Conseil d'Administration et évoquons à présent le cas où l'association est menacée. La menace peut prendre diverses formes : suppression d'outils (subvention ou
local ou personnel détaché), conflits avec les employés (ou entre eux), missions qui ne sont pas remplies... Un nuage plane sur le coin de terre patiemment manié par toutes ces énergies conjuguées.
L'ordre du jour n'est alors jamais simple, les participants ne sont pas à l'aise dans leur place de décisionnaire, la peur se propage, les attitudes-réflexes se révèlent et les divergences
d'opinion apparaissent.
De ce que j'ai vu (en tant qu'Administratrice voire membre du Bureau, puisque les employés sont rarement conviés aux CA ou alors à titre consultatif, donc sans pouvoir voter les décisions)
l'opinion du Bureau est souvent suivie, pour peu que celui-ci prouve son expertise "terrain". Au mieux elle sera tempérée, on demandera un complément d'information et on diffèrera telle décision.
Mais on peut difficilement contrecarrer d'un bloc l'avis d'un Bureau au risque de voir les démissions tomber.
Et c'est là, amis lecteurs, que le
con-s'en-sus entre en scène.
Un tel est en désaccord mais son temps est compté et il ne peut prétendre faire le travail à la place du Bureau. Au mieux il le dira, avec forces précautions. Au pire, il se renfrognera sur son
fauteuil en acquiesçant à contre-coeur. Telle autre est ulcérée par des orientations contraires aux missions statutaires de l'association, mais ne veut pas affronter la personnalité ténébreuse de
la Présidente.
Alors un tel et une telle rongent leur frein, se disant qu'ils trouveront bien un autre moment où exprimer leur potentiel humain pour mener à bien ce qui leur semble juste. Tel autre osera
peut-être une idée audacieuse, qui fera peut-être son chemin dans les esprits, mais en attendant chut, on n'écrit rien, ça reste entre nous et on y réfléchit.
Le Secrétaire pondra, plus ou moins rapidement, un compte-rendu tout rond et sans nuance : le CA est réputé en accord avec ses propres décisions.
Et le CA, dans toute association, c'est le chef. Ce qui peut surprendre quand on connaît les autres structures du secteur privé : il n'y a aucun organigramme hiérarchique, les décisions relèvent
toutes de ce collectif d'Administrateurs.
Au jour le jour, pour les presque 2 millions d'employés du secteur associatif français, l'équation se résume donc à :
Administrateur = Chef
C'est là que ça devient juteux... On peut croiser un nombre considérable de chefs dans une même journée, chacun donnant des directions allant de difficilement conciliables à carrément
contradictoires. Et quand un chef met à mal notre travail et/ou la façon de le réaliser, il est inutile d'opposer la bouche en coeur "Mais Machin m'a demandé de faire ça c'est pour ça que je l'ai
fait !". On vous renverra au compte-rendu du CA du mois n-8, ou à l'absence de ce type de travail sur votre fiche de poste...
Pareil quand on veut vous voir réaliser un travail titanesque en complet décalage avec les moyens dont vous diposez pour ne serait-ce qu'y songer sans plonger dans un moment de pure panique. On
essaiera de vous avoir à l'usure avec force raisonnements, puisque tout ça c'est pour le bien commun, donc pour votre bien ; on fait appel à votre conscience du travail bien fait, voire à votre
militantisme... Un jour quelqu'un m'a même dit "On l'a pas écrit mais on l'a dit !".
La mauvaise foi est polymorphe et tu n'auras jamais raison, jeune Padavoine* !
Le CA ne lèvera pas les mauvais lièvres des
con-s'en-sus parce qu'il faut que le CA reste soudé, et tu en feras les frais !
Sus au con qui ne l'eût su !
Travailler dans une association c'est aussi fouiller les sous-sols peu ragoûtants d'une terre aux relents parfois nauséabonds, c'est suivre les sillons tortueux de qui ne veut pas perdre la face
devant son employé.
Travailler dans une association c'est être forcément plus compétent que tes chefs.
Travailler dans une association c'est avoir une bonne douzaine de chefs, voire plus, et être souvent tout seul, voire pire**.
Travailler dans une association, c'est tout ça. Tout ça,
aussi...
* (c) Mamzelle, qui a tout compris en quelques jours, elle.
** A titre d'exemple votre humble rapportrice cumule en ce moment les avantages d'un travail à temps partiel aux responsabilités élargies, d'un salaire rikiki et d'une collègue aussi délicieuse
qu'une moissonneuse-batteuse.
vos mots